
M. Robert-Claude Bérubé, p.s.s.
(1929-1991)
né à Montréal, le 11 août 1929
ordonné prêtre à Montréal, le 27 juin 1954
professeur au Collège de Montréal 1954 - 1956
admis à Saint-Sulpice en 1957
professeur au Collège André-Grasset 1957 - 1960
directeur de lOffice diocésain des techniques de diffusion 1960 - 1966
adjoint au directeur du Service information-cinéma de lOffice national des Communications sociales 1966 - 1970
directeur de ce même service de 1970 à son décès
membre du Comité de direction de lOffice catholique international du cinéma de 1990 à son décès
décédé subitement à Montréal, le 19 juin 1991
inhumé dans la crypte du Grand Séminaire de Montréal, le 24 juin 1991.

M. Bérubé en 1990
Robert-Claude Bérubé a commencé sa carrière comme professeur au Collège de Montréal et au collège André-Grasset où il était également conseiller auprès du ciné-club.
Il a été directeur de lOffice des techniques de diffusion de Montréal, et a dirigé par intérim la revue de cinéma Séquences pour faire ensuite partie de son comité de rédaction. Critique de cinéma au journal Vie étudiante, à la revue Actualité et à TV-Hebdo, collaborateur au Service dévaluation des films de lOffice des communications sociales, M. Bérubé était professeur dhistoire du cinéma à lUniversité de Montréal et membre de lAssociation québécoise des critiques de cinéma.
Robert-Claude Bérubé dirigeait jusquau moment de son décès le Service Information-Cinéma de lOCS ainsi que le bulletin Films à lécran et le Service de presse Films à la TV.
Il était lauteur de la série Recueil des films ainsi que des recueils thématiques des films disponibles en vidéocassettes. Il était aussi membre du comité directeur de lOrganisation catholique internationale du cinéma et de laudiovisuel (OCIC).
Ils ont écrit à son sujet...
Robert-Claude Bérubé
par Paul Cauchon
Le Devoir, 9 avril 1988
Vous ouvrez un guide-horaire de télévision: TV-Hebdo, Télé-Presse, nimporte lequel au Québec. Tiens, un film coté trois (3), ça à lair bien.
Vous venez de vous fier à un homme, un seul, qui décide pour lensemble du Québec de la valeur artistique de chacun des films présentés au petit écran. Il se nomme Robert-Claude Bérubé, il voit au moins dix films par semaine, il affirme avoir vu 25,000 films dans sa vie, et il fêtera le mois prochain ses 20 ans comme rédacteur de Films à lécran, une évaluation des films fournie par lOffice des communications sociales aux télé-horaires.
On pourrait écrire quil est lhomme le plus influent au Québec dans le domaine du cinéma. Affirmation démagogique, mais qui a quand même un fond de vérité. Car le grand public qui nest pas abonné aux Cahiers du cinéma et qui ne court pas tous les festivals se fiera souvent à lui avant de décider de regarder un film à la télé.
Lorsquon lui parle de cette influence, Robert-Claude Bérubé ne semble pas saisi dangoisse. Jessaie de ne pas y penser. Je me considère comme un informateur. Dans mes fiches, jessaie déviter la passion personnelle, je nimpose pas uniquement mon opinion, je me fie aussi à lensemble de la critique.
La rédaction de Films à lécran est le résultat dune longue histoire. Dès les années 30 et 40, différents offices catholiques en Europe livraient à leurs ouailles des commentaires sur les films. Avec le développement des ciné-clubs dans les années 50 lOffice des communications sociales (OCS) se mettait à la tâche. On indiquait pour chaque film des notes en fonction de la morale catholique: à déconseiller , à proscrire , pour tous , etc.
Mais il semble que le développement des fiches se soit fait grâce à TV-Hebdo, puisque dans les années 60 le petit magazine de télévision demanda à lOCS de lui fournir des descriptions de films pour ses pages. En 1967, lOCS commença à indiquer pour chaque film une cote, de un (1) qui correspond à un chef-doeuvre (ou quatre étoiles) à sept (7) qui équivaut à minable .
Robert-Claude Bérubé faisait partie dun comité dévaluation à lOCS. Passionné de cinéma depuis lenfance il avait travaillé, comme plusieurs autres religieux, dans lenseignement. Il prend en 1968 la succession du père Godin pour la rédaction de ces fiches. Toujours au poste aujourdhui, il évalue aussi bien, dans un même souci démocratique, le dernier Wim Wenders, un western espagnol des années 50 que Broute Minou...
Robert-Claude Bérubé visionne les nouveautés mais aussi de vieux films pour lesquels il nexistait pas de fiches. Tous les distributeurs lui organisent des visionnements (au cinéma il affirme ne jamais partir avant la fin), il court les festivals et il possède deux magnétoscopes pour alimenter encore plus sa boulimie.
À lOffice des communications sociales organisme indépendant qui reçoit des subventions de la Conférence des évêques catholiques et du gouvernement et qui vit aussi dun membership et de contrats de services, on peut consulter une banque de 25,000 textes pour autant de films et on peut sy abonner.
La structure de chacune des fiches est immuable: le titre du film, la cote quon lui accorde, les crédits techniques, un résumé de lhistoire, une appréciation artistique (un paragraphe de sept à neuf lignes) et une phrase dévaluation morale. On a laissé tomber les vieilles expressions scènes osées pour des développements du genre cette comédie évoque des moeurs libres et contient des grossièretés !
Du strict point de vue de lécriture, il sagit là dun exercice ardu. Essayez pour voir! Lorsque Bérubé collabore à la revue de cinéma Séquences il souffre du problème inverse à celui de la majorité des journalistes et critiques: Jai de la difficulté à métendre; je suis trop habitué à aller à lessentiel!
Le fameux chiffre de un (1) à sept (7) est une appréciation artistique qui pend acte dune certaine originalité, dune personnalité qui émerge . Lévaluation morale, elle, rend compte de la morale catholique, mais Robert-Claude Bérubé ne sen fait pas trop. Bunuel nous a tellement posé de problèmes, lance-t-il. Il était provoquant envers la religion, mais cétait bien fait! Les films de Bunuel ont toujours été coté assez haut...
Les récents films de Godard, par contre, ne sont pas cotés très forts. Pour plusieurs critiques Godard réalise actuellement des chefs doeuvre, mais Bérubé demeure imperméable. Jétais plus convaincu lors de première période...
Sil est relativement clair de trancher entre le chef doeuvre et le navet, laffaire se corse avec les films cotés quatre (4) bien ou cinq (5) moyen . Lorsquon lit la description des fiches, certains films cotés quatre (4) pèsent plus lourd que dautres.
Et dans le milieu du cinéma plusieurs grognent contre ce genre de catégorisation. Tout en ajoutant que Robert-Claude Bérubé est un personnage absolument incontournable...
Le principal intéressé accorde à peu près une dizaine de fois par année la cote deux (2) remarquable . Quant à la cote de un (1) chef-doeuvre , jamais il ne laccordera lors dun premier visionnement. Jattends que le temps et lhistoire du cinéma fasse son oeuvre .
Car il peut décider de changer une cote après plusieurs années. Une nouvelle évaluation entraîne donc une nouvelle fiche. Cest ce qui se produit souvent après la mort dun cinéaste alors que loeuvre est entièrement bouclé. Ainsi, quand John Huston est mort, il a fait grimper Africain Queen de deux (2) à un (1).
Là je réfléchis au cas de Truffaut, dit-il. Un ou deux films pourraient être qualifiés de chefs-doeuvre, il faut que jy repense...
Selon lédition de mars des Films à lécran, la majorité de la quarantaine de films qui seront diffusés sont cotés quatre (4) ou cinq (5). Frantic de Polanski est coté quatre (4) une histoire assez forcée tout comme La beauté du péché cette étude de moeurs comporte des scènes dun érotisme recherché On y retrouve quelques navets cotés six (6), dont Missing in action III avec Chuck Norris et Action Jackson.
Par contre LInsoutenable légèreté de lêtre est coté trois (3) et le film du mois est vraiment Gens de Dublin de John Huston, coté deux (2), peut-être le plus beau testament jamais laissé par un cinéaste .
Depuis quelques années, Robert-Claude Bérubé confie la rédaction de certaines fiches à des collaborateurs, se réservant limprimatur final. Ces cotes, ce sont une forme déducation, dit-il. Je connais des adolescents qui ont développé une culture cinématographique parce quils regardaient systématiquement à la télévision les films les plus haut cotés.
Il devra prendre bientôt sa retraite un jour. Ce service continuera-t-il? Quand les médias écrits décideront décrire eux-mêmes leurs propres évaluations, on naura plus besoin de nous.
Ce nest pas demain la veille. Quel magazine, quel journal pourra mettre la main sur un maniaque qui a vu 25,000 films dans sa vie?
Paul Cauchon Le Devoir, 9 avril 1988

Je vais vous dire un secret. Je dois ma passion pour le cinéma à deux hommes: mon père et Robert-Claude Bérubé. Mon père parce quil memmenait à lOdéon de Verdun chaque jeudi soir, pour voir des films comme Le Parrain, Serpico et French Connection. Et Robert-Claude Bérubé, parce que je lisais ses cotes chaque semaine dans TV HEBDO. Curieux de savoir pourquoi cet homme mettait (2) et non (7) à Hiroshima mon amour ou Blow Up, je minstallais chaque dimanche devant ma télé et regardais Ciné-club. Cest ainsi que de dimanche en dimanche, au fil des cotes de monsieur Bérubé, jai appris à mieux connaître le cinéma français des années 60, le cinéma italien des années 40 et le cinéma allemand des années 20. Tout en continuant dapprécier Brando, Pacino et Hackman.
Ces petites cotes, qui vont de 1, chef-doeuvre à 7, minable et qui agrémentent la plupart des télé-horaires du Québec, Robert-Claude Bérubé les octroie depuis plus de 30 ans. Semaine après semaine, année après année, en effet, il regarde tous les films qui sortent sur nos écrans, les résume, les analyse et les cote. Publiés sous forme de fiches (les fiches Films à lécran, qui paraissent 22 fois par année à raison de 19 fiches par livraison), ses commentaires sont mis à la disposition des cinéphiles, des journalistes et des éditeurs, qui sen servent comme référence. Ou comme outil pédagogique. Bref, Robert-Claude Bérubé est sans aucun doute le critique le plus lu et le plus souvent consulté au Québec.
Des chiffres et des films
Comment Robert-Claude Bérubé sy prend-il pour coter un film? Simple, il met dans la balance les qualités et les défauts. Si un film a plus de défauts que de qualités, il mérite un (5), et si cest le contraire, un (3) ou (4). La cote (6) est réservée aux films maladroits, et la cote (2), aux films vraiment exceptionnels. Quant aux extrêmes, cest-à-dire la cote (7) et la cote (1), elles ne sont accordées quà de rares occasions. Sil sagit dun super navet, que le temps ne sauvera jamais; ou sil sagit dun super classique, que le temps ne tuera jamais.
Je naccorde pratiquement jamais de (1) au premier visionnement, dit-il. Jattends toujours quelques années, pour voir si le film tient le coup. Cest pourquoi certains films sont passés de la cote 2 à la cote 1, comme African Queen de John Huston ou Cris et chuchotements dIngmar Bergman. Habituellement, cest lorsquun cinéaste meurt, que je minterroge. Je revois sa filmographie, et jessaie de voir si je ne peux pas promouvoir certains de ses films au rang des classiques...
Lhomme aux 25 000 films
Sévère, ce monsieur Bérubé? Du tout. Il est même plutôt rigolo. Il a beau avoir vu plus de 25 000 longs métrages (et plus de 2 000 téléfilms), il garde toujours ce regard denfant, celui quil avait probablement lorsquil regardait les westerns de John Ford dans le sous-sol de léglise Saint-Joseph, à Saint-Henri. Dailleurs, ce sulpicien nhésite pas à dire quil est un fan des Monty Python, et plus particulièrement de Life of Brian, la satire quils on faite de la vie de Jésus-Christ.
Comme on peut sen douter, on ne peut avoir vu tant de films sans développer lenvie de mettre un jour la main à la pâte. Cest ainsi quen de travailler pour lOffice des communications sociales, décrire des livres sur la vidéo et de faire partie du comité de rédaction de la revue Séquences, Robert-Claude Bérubé surveille de près la production de certains films. Après avoir été le président de la compagnie qui a produit Le frère André, il soccupe maintenant de la production dun long métrage de fiction sur la fondation de Montréal.
Lorsque je suis entré au Grand Séminaire, dit-il, jai dû renoncer au cinéma parce que les prêtres navaient pas le droit daller voir des films. Heureusement, cette interdiction est tombée et jai pu célébrer mes vacances en allant regarder mes premiers films en cinémascope. Il cherchait une vocation, il en a trouvé deux.
Cest ce quon appelle un homme comblé.
Richard Martineau
TV Hebdo, 17 au 23 février 1990

La Bible du cinéma
par Claire Costom
Ouimetoscope, vol. 4, no 16
Septembre-octobre-novembre 1991
Cest avec une profonde tristesse que jai appris le décès le 21 juin dernier [ 1991 ] de mon grand ami Robert-Claude Bérubé, terrassé par une crise cardiaque au volant de sa voiture, à lâge de 61 ans. Je massocie à toute léquipe de Ouimetoscope pour lui rendre ce dernier hommage.
Peu de gens connaissaient cet homme exceptionnel. Sauf bien entendu les lecteurs de TV-Hebdo et ceux de la revue Séquences, revue pour laquelle il a collaboré pendant plus de 35 ans, ayant même remplacé pendant quelque temps à la direction son ami Léo Bonneville. Il suffira de mentionner que cet infatigable cinéphile était responsable de la rédaction du bulletin Films à la TV, publié par lOffice des communications sociales (OCS), utilisé par tous les guides-horaires; institué par M. Bérubé, ce bulletin offre pour chaque film diffusé un résumé, suivi de brefs commentaires, et surtout, la désormais célèbre cote dappréciation de 1 à 7.
Pour le monde du cinéma, Robert-Claude Bérubé était la référence ultime, la Bible du cinéma pour reprendre lexpression fort juste de Luc Perreault. En qualité de rédacteur en chef du bulletin Films à lécran (également publié par lOCS), il a vu pratiquement tous les films sortis en salles au Québec depuis 1955, et pour presque tous )il a fait appel à des collaborateurs dans les dernières années seulement), il a rédigé une fiche comportant un résumé, une appréciation artistique et morale, ainsi quune cote (celle apparaissant dans les guides-horaires). On estime quil aura vu plus de 30 000 films au cours de sa vie.
Dans les circonstances, il me semblait tout à fait naturel de placer en page couverture de la présente revue de ce passionné de cinéma, tout près de trois films quil avait beaucoup aimés. Cest ma façon de le remercier pour sa généreuse et essentielle contribution à la revue du Ouimetoscope.
Mais plus encore que son extraordinaire culture cinématographique, ce sont les grandes qualités spirituelles de ce prêtre sulpicien qui me manqueront. Il ny a pas si longtemps, il me racontait quil avait déjà vécu une expérience dune grande intensité. Permettez-moi de le citer de mémoire: Jétais en prière, appelant Dieu afin quil me révèle le sens profond de ma mission sur terre, lorsque ma chambre se remplit dune lumière éblouissante, qui me submergea dune joie immense. Porté par cette lumière, je mélevai à une vitesse vertigineuse jusquà atteindre un état de lumière ultime, que je savais être le septième ciel. Alors, bien des mystères me furent révélés.
Il na pas élaboré, mais jai compris que cet homme généreux et dune grande simplicité était un être dexception, en totale harmonie avec lesprit de la vie éternelle.
Claire Costom
Ouimetoscope, vol. 4, no 16
Septembre-octobre-novembre 1991
Il était la mémoire du cinéma
par Léo Bonneville
OCS-Nouvelles, vol. 28 no 3
Juillet-Octobre 1998
Quelques jours après le décès de Robert-Claude Bérubé, survenu le 19 juin 1991, je recevais, à titre de directeur de la revue Séquences, dont le défunt était membre du comité de rédaction, une courte missive. Elle portait la signature du secrétaire de lAssociation québécoise des critiques de cinéma. En voici le texte: Je crois être linterprète des membres de lexécutif de lassociation en vous disant la tristesse ressentie par tous en apprenant la mort subite et prématurée de Robert-Claude Bérubé, votre ami et notre confrère. Il laisse le souvenir de sa connaissance encyclopédique du cinéma, de sa diligence à fournir un renseignement désiré. Il était la mémoire du cinéma, et du milieu du cinéma ici; elle, et lui nous manqueront dorénavant.
Vous avez compris sans doute que Robert-Claude Bérubé avait la passion du cinéma. Il cherchait à tout voir au cinéma. On peut dire quil se nourrissait de films. Rien ne lui échappait. Quand il écrivait à son bureau de lOffice des communications sociales ( il ignorait autant lordinateur que la machine à écrire), un paravent de livres de cinéma le dissimulait au visiteur doccasion. Dans une critique, il nacceptait pas une date incertaine, un nom approximatif, une affirmation douteuse, un titre incomplet. Sil fallait voler aux renseignements, il ne se dérobait pas. Dans sa consommation de films, il nétait pas dupe de ce quil regardait. Il avait le sens esthétique très développé et savait distinguer rapidement ce qui le décevait de ce qui lenchantait. Il ne se contentait pas dévaluer le scénario, il était surtout sensible aux images et à leur rythme. Cest pourquoi les producteurs aussi bien que les réalisateurs ne manquaient pas de le consulter. Par ailleurs, les lecteurs appréciaient les cotes quil fournissait aux journaux, sans savoir vraiment quelles émanaient de Robert-Claude Bérubé. Cest dire de quelle réputation il jouissait sans ostentation. Car cétait là aussi une marque de sa bienveillance. Il ne faisait jamais étalage de son érudition.
Pour prolonger la mémoire de cet homme qui trouvait dans son travail une vocation et un apostolat, il est heureux que lOffice des communications sociales ait pensé donner son nom à son prix annuel de cinéma. Ainsi le nom de Robert-Claude Bérubé restera attaché au cinéma dici quil a si bien servi.
Léo Bonneville
OCS-Nouvelles, vol. 28 no 3
Juillet-Octobre 1998

Surdoué et attachant
par Lucien Labelle
directeur général de lOCS de 1957 à 1992
OCS-Nouvelles, vol. 28, no 3 Automne 1998
Un 19 juin bien gravé dans ma mémoire. Cétait en 1991. Les cinq membres de léquipe-cadre de lOffice des communications sociales sont réunis pour un souper de travail. Le directeur du Service Cinéma, Robert-Claude Bérubé, en est. Autour de 21 heures, nous quittons le restaurant. Bonsoir, bonne nuit. On se revoit demain. Le lendemain matin, à 6h 30, coup de téléphone du Supérieur provincial des Sulpiciens. Monsieur Bérubé est décédé. Infarctus massif au volant de sa voiture, la veille, en retournant chez lui. Robert-Claude nous a quittés, comme ça, subitement, à 61 ans, dans un scénario de tragédie. Comme il sen trouve au cinéma, mais auquel on ne sattend pas quand il sagit dun compagnon de tous les jours, dun ami. Car Robert-Claude était pour nous avant tout un ami. Bien sûr, il avait toute notre admiration pour son expertise unique en cinéma. Mais ce qui nous rendait attachant ce collaborateur surdoué, cétait sa personnalité même. Une fois franchie la barrière de retenue créée par sa timidité, on découvrait vite ses qualités exceptionnelles de cur et desprit. On aimait sa présence, ses propos jamais banals, son humour subtil, ses opinions judicieuses, son désir de rendre service, de partager ses vastes connaissances, et jusquà son talent insoupçonné de comique imitant Bourvil à loccasion.
Entre autres qualités desprit, celle dun bon jugement émerge chez Robert-Claude Bérubé. Une qualité qui se manifestait quotidiennement, sans jamais sémousser, dans sa responsabilité de critique chrétien de cinéma chargé de fournir aux journaux des appréciations sur les films présentés dans les salles et à la télévision. Quand il entreprit cette tâche en 1960, lÉglise avait une rude pente à remonter dans lopinion publique par rapport au cinéma, en raison notamment de lhéritage des cotes morales qui, à toute fin pratique, étaient devenues contre-productives. Il faut le dire, si lOffice des communications sociales est parvenu à acquérir progressivement une crédibilité enviable dans le monde du cinéma à partir de cette époque, cest en très grande partie dû à Robert-Claude Bérubé, grâce surtout à ses appréciations judicieuses sur la valeur artistique, humaine et chrétienne des films. Il connaissait, il aimait le cinéma, et il avait un sens sûr de la hiérarchie des valeurs. Cela se sentait, transpirait dans ses textes. En instituant le Prix Robert-Claude Bérubé, lOffice des communications sociales lui rend un hommage opportun. Ce sera loccasion de nous rappeler chaque année les services inestimables que ce sulpicien discret, cinéphile avisé et cinéphage insatiable, a rendus au cinéma, à la société et à lÉglise.
Lucien Labelle
directeur général de lOCS de 1957 à 1992
OCS-Nouvelles, vol. 28, no 3 Automne 1998
Il sait tout!
par Serge Dussault,
La Presse, 6 septembre 1985
Énorme nouvelle dimanche dernier : on a trouvé le Titanic. Et je me suis demandé : on a fait combien de films sur le naufrage du Titanic? Coup de téléphone à Robert-Claude Bérubé, grand spécialiste du cinéma à lOffice des communications sociales. Il sait tout!
«Jen connais au moins trois sur le naufrage proprement dit. Un premier Titanic a été tourné en 1942 par les Allemands Hans Selpin et Verner Klinger. Un gros machin, très solennel, avec des acteurs jouant comme au théâtre. Un deuxième Titanic, avec Barbara Stanwyck et Clifton Webb, daté de 1952. Il a été tourné par Jean Negulesco. Le troisième, A Night to Remember, est anglais. Il a été tourné en 1958 par Roy Baker.»
«Il y a eu aussi S.O.S.Titanic, de William Hale. Mais en Amérique, on ne la vu quà la télévision. Comme vous voyez, ce ne sont pas des réalisateurs très connus qui ont attaqué le sujet.»
«Dautres films parlent du Titanic, mais plus accessoirement. Cest le cas de The Unsinkable Molly Brown, qui fut dabord joué au théâtre, et qui raconte lhistoire dune rescapée du Titanic. Cette comédie musicale réalisée en 1964 par Charles Walters avait pour vedette Debbie Reynolds. Il y a aussi Raise the Titanic, de Jerry Jameson, un film de 1980 à la fin duquel on renfloue le Titanic.»
Serge Dussault,
La Presse, 6 septembre 1985