COLLOQUE NATIONAL
SUR L’ÉGLISE ET LES COMMUNICATIONS

Chrétiens dans la culture médiatique

du 4 au 6 juin 1992
Séminaire St-Augustin, Cap-Rouge






Allocution d’ouverture de M.Jean-Paul Tremblay
président du Colloque

L’Office national des communications sociales a été bien inspiré d’inscrire un colloque dans les activités qui marquent le 35e anniversaire de sa présence éducatrice. Le thème «Chrétiens dans la culture médiatique» devient une occasion de réflexion pour les intervenants ecclésiaux en communication et pour ceux qui partagent leurs préoccupations. À plusieurs reprises nous avons pu évaluer la quantité et la qualité de nos productions médiatiques ou bien encore acquérir des formations spécifiques. Nous avons cru bon prendre une autre direction! Ce colloque devrait être un événement important pour la réflexion.

Une équipe travaille à la préparation de ce colloque depuis plus d’une année et demie et, aujourd’hui, nous remettons ce colloque entre vos mains. Lors d’assemblées générales de l’Office des communications sociales, plusieurs avaient souhaité la tenue d’une telle rencontre. L’équipe que j’ai eu le grand plaisir de présider a été l’occasion d’une collaboration unique entre des partenaires différents. Cette équipe regroupe des personnes de plusieurs champs des communications: communicateurs de l’Office national des communications, intervenants diocésains, personnes liées immédiatement à la production, missionnaires, formateurs en milieu populaire et professeurs d’université. Notre équipe a dû faire des choix nombreux: choix du thème, choix des angles de traitement, choix des intervenants. Le thème «CHRÉTIENS DANS LA CULTURE MÉDIATIQUE» nous a semblé porteur de beaucoup d’espérance. Vous êtes des communicateurs en Église ou bien des gens qui cherchent à mieux comprendre cette culture façonnée par les médias. Votre réponse en aussi grand nombre nous dit que vous attendiez cette occasion pour vous rencontrer autour de ce thème prometteur. Nous souhaitons que vous vous laissiez habiter par ce thème. Qu’il vous dérange, qu’il vous aide à articuler votre réflexion, qu’il vous inspire des interventions. Le colloque est désormais le vôtre. Il portera les fruits que vous lui permettrez de porter. Ce sera l’occasion de nous redire ensemble nos convictions, d’écouter des gens qui aideront notre réflexion, des échanges aussi qui nous permettront de partir enhardis, stimulés.

Ce colloque est une activité du 35e anniversaire de l’Office des communications sociales. L’OCS a joué un rôle éducateur exceptionnel, tenant le fort contre bien des courants qui auraient emporté des institutions plus solides que lui. L’OCS a porté le flambeau des communications dans l’Église canadienne. Il a joué un rôle pionnier dans le domaine de l’éducation au cinéma; il animait alors des interventions semblables dans les diocèses. Puis, dans ces diocèses, il y a eu ce passage graduel vers des services de relations publiques, les offices diocésains des communications sociales sont devenus des services de presse et de relations publiques. C’est un travail important, mais il faudrait aller plus loin, retourner à l’éducation.

Ce colloque nous mènera où? Il nous mènera à modifier certaines de nos pratiques. Il sera un appel à la concertation. Nous ne sommes pas nombreux à travailler dans ce champ; il faudrait nous unir, travailler en solidarité et non pas comme des concurrents. Ce colloque devrait nous permettre de faire face, en vérité, à ce que nous faisons mais aussi à ce que nous ne faisons pas. Nous devrions pouvoir y trouver l’occasion de sortir de nos petits mondes, de nos isolements respectifs dans notre travail auprès de nos clientèles ciblées.

C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons accueilli la réponse positive de Son Excellence Monseigneur Maurice Couture, archevêque de Québec et Primat de l’Église canadienne. Monseigneur Couture nous honore de sa présence et cette présence était d’autant plus souhaitée que Monseigneur Couture est un évêque dont les capacités médiatiques sont reconnues.

C’est au Professeur Gregory Baum qu’on a confié la tâche de lancer la réflexion en développant le thème des chrétiens dans la culture médiatique. Le colloque se poursuivra en abordant le sujet sous deux angles complémentaires. La première partie concerne l’appel des médias. Quelle importance faut-il accorder à l’opinion publique? On étudiera la question de l’opinion publique dans une perspective de positionnement réussi. Pour nous guider dans cette étude, nous avons eu recours à Soucy Gagné, un ami de l’OCS. La seconde question traitée sera celle des règles qu’il faut connaître; c’est pourquoi nous avons invité une professionnelle de l’information, Martine Corrivault du journal Le Soleil. Finalement, nous nous demanderons quel pouvoir détiennent les créateurs de fiction sur l’évolution des valeurs d’une société. L’Église n’habite-t-elle plus cet imaginaire si ce n’est comme une évocation du passé? L’imaginaire doit être habité de nouveau par les valeurs que nous soutenons. Le Professeur Guy Marchessault de l’Université Saint-Paul nous guidera dans cette réflexion. L’après-midi sera consacré à la réflexion en équipe.

Avec le collègue Yves Deschênes, nous avons confié à Roland Leclerc, personnalité bien connue de nos milieux de communication, le soin de préparer la célébration eucharistique qui nous rassemblera sous la présidence de Monseigneur Couture. À l’occasion du souper, nous aurons le grand privilège d’entendre Monseigneur Jacques Gaillot, évêque d’Évreux, qui nous a fait l’honneur d’accepter notre invitation. Nous avons choisi Monseigneur Gaillot parce qu’il prend la parole dans les médias, parce qu’aussi il prend le parti des exclus, des marginaux. Il est le tenant d’une Église ouverte qui ne craint pas de dire son message même s’il dérange en n’utilisant pas la langue de bois pourtant si coutumière.

La journée de samedi commencera avec une célébration bien spéciale. Nous avons la chance d’accueillir les photographes de réputation internationale, Mia et Klaus. Cette participation à notre colloque est bien appréciée.

La deuxième partie du colloque présentera nos interventions dans les médias et par les médias. Reprenant le titre du livre de Monseigneur Gaillot, «Le monde crie, l’Église murmure», nous nous laisserons interpeller dans nos productions et dans notre travail d’éducation. La qualité de nos productions médiatiques fait-elle de nous des partenaires crédibles pour les autres intervenants des médias? C’est la Professeure Pierrette Daviau de l’Université Saint-Paul qui tracera le portrait de l’univers médiatique religieux de chez nous. Pour poursuivre notre réflexion, nous accueillerons une professionnelle des médias, Denise Bombardier dont la renommée a largement dépassé nos frontières. Madame Bombardier est familière des grands médias; c’est donc à son titre de professionnelle que nous l’avons invitée à nous adresser la parole.

Fidèles à la vocation originelle de l’OCS, nous ne pouvions pas laisser de côté la question de la formation aux médias. Le Professeur Guy Marchessault tracera le portrait de ce qui s’est fait et de ce qui se fait encore en terme de formation. Une table ronde sur ce thème rassemblera l’abbé Roland Leclerc de l’Office de catéchèse du Québec, Suzanne Leroux du Centre Saint-Pierre et le Professeur Guy Marchessault.

Nous avons réservé le dernier après-midi à des rencontres par secteur d’activité. Ce sera l’heure de l’appropriation et de la concertation pour l’action.

Tous les intervenants médiatiques de l’Église d’ici pourront profiter d’un ressourcement vivifiant pour leurs activités évangélisatrices. La mission évangélisatrice exige une connaissance approfondie du milieu où elle s’exerce. Le thème sur lequel nous travaillerons veut refléter cette préoccupation qui devrait habiter tous les chrétiens d’aujourd’hui. Les médias ne sont pas que des instruments pour évangéliser ou pour combattre «l’ennemi». Il est urgent que nous prenions acte du fait que l’univers médiatique façonne les femmes et les hommes de notre temps tout comme il façonne leur environnement, notre environnement. Comme chrétiens, nous ne sommes en rien différents.

Les relations de l’Église avec la culture médiatique sont encore empreintes de réticences et d’équivoques. On balance entre l’utilitarisme et la condamnation. «Le fossé demeure béant entre l’Église et un système médiatique qui a ses lois propres, exige des compétences et des investissements considérables» (Henri TINCQ in «Le Monde» 25 mars 1992). Que des communicateurs chrétiens réfléchissent ensemble sur ce que peut vouloir dire être chrétien dans la culture médiatique ne peut qu’être un événement porteur d’avenir.

Permettez-moi de reprendre ce que disait le cardinal Carlo Martini lors du congrès mondial UNDA-OCIC à Bangkok en novembre 1990. «J’ai l’impression que nous n’avons pas encore bien compris dans l’Église le nouveau défi des médias. Nous ne savons pas bien nous servir de la communication. Nous avons un complexe d’infériorité en face des grands systèmes publics de presse, de télévision, de radio. Nous ne connaissons pas encore bien le nouveau langage des médias avec leur insistance sur la «connotation» et la «vibration». «Nous n’avons pas une conscience médiatique. Pas encore. ... Nous sommes lents et souvent peu créatifs dans l’usage des médias à notre disposition.» Il continuait en déplorant que nous nous contentions de nous plaindre à propos des défauts attribués aux médias sans encourager des productions de qualité. «Nous, dans l’Église, nous ne sommes pas à l’aise dans les médias parce que nous ne sommes pas à l’aise dans la communication dans notre propre Église. Nous n’avons pas encore suffisamment conscience que, comme Église, nous sommes des communicateurs. C’est par là que nous devrions commencer; autrement nous prétendons corriger les médias mais nous ne corrigeons pas notre propre communication. Et nous attribuons aux médias toutes nos déviations.»

On voudrait voir plus de pages religieuses dans nos médias, davantage d’émissions religieuses à la radio et à la télévision; certains souhaiteraient même avoir leur propre système de diffusion par satellite pour évangéliser le monde. Et si nous nous mettions à découvrir l’Évangile dans les médias, dans la presse, au cinéma, à la radio et à la télévision. Et si nous nous mettions à faire découvrir l’Évangile dans les médias: présence de l’Évangile dans l’aide aux défavorisés, défense de la justice, amour de la création dans la nouvelle sensibilité écologique. L’Évangile, c’est le récit de l’intervention de Jésus auprès des femmes et des hommes d’hier qui cherchaient un sens à leur vie. Les médias, eux, font le récit de gens d’aujourd’hui qui cherchent un sens à leur vie et qui cherchent aussi quelqu’un pour les aider à suivre ce sens.

L’information dans les médias, c’est la vie du monde. Les valeurs qui remplissent ces médias ont à être décodées. Une des tâches des communicateurs chrétiens ne devrait-elle pas être cette tâche de décodage? On parle moins de morale, plus d’éthique. Pourquoi les communicateurs chrétiens ne se servent-ils pas de l’information pour aborder les questions éthiques d’aujourd’hui? Les homélies du dimanche ne devraient-elles pas se référer à cette vie décrite dans les journaux, sur les ondes? La culture populaire est façonnée par les médias. Il faudrait savoir y insérer l’Évangile; il faudrait relever les défis éthiques qui y sont posés. Pourquoi ne pas profiter de certains événements qui devraient soulever ou soulèvent déjà des questions éthiques pour prendre la parole dans les médias? [Affaire Morin] Quand, au nom des valeurs chrétiennes, oserons-nous interpeller les événements? Trop souvent nous ne sommes que les spectateurs passifs d’une vie qui se déroule d’une manière souvent incohérente à l’écran, laissant à des ténors d’un autre âge le soin de donner la réplique.

Comme je vous l’ai dit précédemment, le colloque est maintenant entre vos mains. Puisse-t-il produire les fruits escomptés! Communicateurs chrétiens, nous avons des responsabilités dans l’évangélisation. Notre Église est elle-même un média entre Dieu et les humains. Il nous reste à souhaiter que nous apprenions à être audacieux devant les défis nouveaux proposés par la culture médiatique.

Bon colloque!