COLLOQUE NATIONAL
SUR L’ÉGLISE ET LES COMMUNICATIONS

Chrétiens dans la culture médiatique

du 4 au 6 juin 1992
Séminaire St-Augustin, Cap-Rouge






Allocution d’ouverture de Mgr Maurice Couture, s. v.

Archevêque de Québec


Vous avez compris, tout comme moi, que la présidence d’honneur de ce colloque m’a été offerte parce que notre rencontre se déroule dans les limites du diocèse dont j’ai la charge. Cette observation réaliste m’exempte d’expliquer pourquoi j’ai accepté si facilement - peut-être trop spontanément! - la demande qui m’en a été faite, et pourquoi surtout un profane en matière de culture médiatique puisse ravir la scène, ne fut-ce que cinq ou six minutes, à un parterre d’experts en communication!

Pour un évêque, reconnaître son incompétence et son peu d’expérience en la matière pourrait, devrait même le disqualifier, tellement on lui a dit et répété sur tous les tons, entre Inter Mirifica et Aetatis novae, que l’Église doit «employer les moyens de communication sociale pour annoncer le message du salut et enseigner le bon usage de ces moyens». Aux évêques en particulier, le décret conciliaire précisait que ce devoir «fait partie de la charge ordinaire de prêcher l’Évangile».

Vingt-cinq ans plus tard, le cardinal Carlo Martini affirme sans ambages :

«J’ai l’impression que nous n’avons pas encore bien compris dans l’Église le nouveau défi des médias. Nous ne savons pas bien nous servir de la communication. Nous avons un complexe d’infériorité en face des grands systèmes de presse, de télévision, de radio. Nous ne connaissons pas encore bien le nouveau langage des médias avec leur insistance sur la «connotation» et la «vibration». Nous n’avons pas une conscience médiatique. Pas encore.»

Ce «pas encore» introduit ce que l’archevêque de Milan appelle un projet pastoral de communication.

Le diagnostic posé par le cardinal Martini peut s’appliquer ailleurs qu’en Italie, je pense. L’un de nos conférenciers invités à ce colloque l’a déjà endossé pour l’Église de France, en termes percutants : «Le monde crie, l’Église murmure». À une échelle plus vaste, les membres de UNDA, lors de leur assemblée générale tenue à Nairobi, en 1983, incitaient leurs responsables à «prendre l’initiative de promouvoir de courtes sessions de conscientisation et de formation à la communication destinées aux évêques». Parce que, disait-on, à part quelques remarquables exceptions, «les évêques à travers le monde, ou bien considèrent les médias comme étant simplement un outil d’évangélisation, ou alors (beaucoup plus fréquemment) ne leur font pas confiance» (UNDA, Informations mondiales, vol. VIII, no 8, décembre 1984).

J’étais président du comité des communications sociales de l’Assemblée des évêques du Québec lorsque cette résolution de UNDA a été portée à notre connaissance. Il en est résulté une session, tenue à deux reprises au bénéfice d’une vingtaine d’évêques québécois, au milieu des années 80. Cette expérience d’immersion médiatique a sûrement permis à quelques collègues de s’apprivoiser aux médias et de s’approprier un peu de leur processus de communication.

Pour ma part, à défaut d’être allé plus avant dans mes connaissances théoriques et techniques du monde des médias, j’ai au moins abandonné mes réflexes négatifs à leur endroit. Cependant, comme je ne saurais présenter mon expérience personnelle comme exemplaire, je préfère mentionner quelques réalisations collectives des évêques du Québec dans le domaine des communications sociales.

Dès 1973, l’Assemblée des évêques du Québec recevait, d’un comité «ad hoc» qu’elle avait créé, un volumineux rapport sur l’Église du Québec et les communications sociales. Vingt ans après, je m’étonne de l’audace, un peu présomptueuse peut-être, des membres de ce comité. Je me suis laissé dire que l’apport de l’Office des Communications sociales à ce comité avait été déterminant et que le résultat le plus concret de ce rapport avait été l’entrée par la grande porte du Comité des communications sociales au sein des structures majeures de l’Assemblée des évêques du Québec.

Plus brièvement, je signale quelques initiatives qui ont jalonné l’action de l’Assemblée des évêques depuis lors :

la publication d’un message du Comité des communications sociales : «Du perron de l’église à la place publique»;

la présentation d’un rapport sur la télévision éducative à l’occasion d’une requête déposée par Radio-Québec auprès de la régie des Services publics;

la politique de communication de l’Église du Québec;

un sondage sur la perception de l’Église catholique dans la population québécoise;

tout récemment, la comparution conjointe des archevêques de Montréal et de Québec devant le CRTC pour réclamer une télévision plus respectueuse de son public, des besoins régionaux et de la place de l’Église.

Dans quelques années, j’espère que l’occasion me sera donnée de mentionner d’autres retombées heureuses attribuables au présent colloque. Voilà pourquoi j’y participerai avec intérêt, convaincu que j’en sortirai avec des convictions raffermies et beaucoup de nouvelles connaissances.

Bienvenue dans ce diocèse qui est mien à bien des égards et dans cette institution où j’ai beaucoup investi au temps d’Inter Mirifica.

Bon colloque!