Colloque national sur l’Église et les communications
“Chrétiens dans la culture médiatique”

Séminaire St-Augustin, Cap-Rouge
4-6 juin 1992



Le Centre Saint-Pierre : l’éducation aux médias


par Suzanne Leroux




Le Centre Saint-Pierre favorise depuis près de 20 ans la formation de personnes ou de groupes à l’engagement communautaire et à la prise en charge collective. Il vise la transformation de la société pour une meilleure qualité de vie basée sur la justice sociale.

L’option pédagogique qui a été privilégiée est celle de l’éducation populaire. L’éducation populaire se veut une démarche collective où des groupes s’auto-éduquent, entre-eux, par eux et pour eux, en fonction de leurs besoins, de leurs aspirations et de leurs situations de vie.

Malgré toute la richesse de l’éducation populaire, elle demeure un parent pauvre dans le réseau de l’éducation et les gouvernements continuent à couper dans les budgets qui permettent aux gens de se donner des organisations, des moyens et des ressources pour se prendre en charge.

Situé dans le centre de Montréal, au coeur de la Cité des Ondes, où trônent de grandes entreprises audio-visuelles inaccessibles, le Centre Saint-Pierre veut permettre à ceux et celles qui sont sans voix de prendre la parole dans les médias.

Prendre la parole pour soulever et proposer leurs propres solutions aux problèmes sociaux qui touchent une grande partie de la population et qui ne font pas toujours la une dans les médias. Le Centre Saint-Pierre soutient et vise à permettre aux groupes populaires , communautaires et religieux de se réapproprier les techniques et les outils de communication pour tenter de pénétrer les médias et même de créer leurs propres médias.

Les débuts de la formation aux médias offerte par le Centre ont été axés vers la découverte des médias. Le constat de base : les médias sont là pour y rester.

Les objectifs poursuivis par la formation :
- comprendre le fonctionnement, la mécanique des médias de masse dans le but de former un public réceptif aux médias;
- comprendre le rôle des médias dans la société pour favoriser une analyse socio-politique des médias;
- favoriser le regard critique face aux médias dans le but de susciter un dialogue entre le public et les médias.

Tout cela s’est articulé autour de sessions de formation sur les médias en général : la télé, la radio, les journaux, les magazines, les livres.

Petit à petit, le public nous a demandé d’organiser des rencontres avec les professionnels: des journalistes, des auteurs de téléromans, des réalisateurs, des comédiens.

Ces activités de rétroaction ont permis non seulement au public de démystifier les médias, aux professionnels de rencontrer leur public, mais aussi ont offert la possibilité au public consommateur de proposer, de suggérer et même de critiquer les médias tout en réalisant que certains groupes ont quelque chose à dire dans les médias.

Nous avons donc offert de la formation à l’intervention dans les médias à des groupes organisés, qui veulent faire valoir des valeurs, des points de vue, des orientations nouvelles dans les débats de l’heure.

Cela s’est concrétisé par de la formation en relations publiques, en conception et en production d’imprimés et finalement en intervention dans l’opinion publique, en stratégie de communication et en lobbying.

Face aux difficultés rencontrées par les groupes pour se faire reconnaître par les médias de masse, nous avons développé des ressources dans les médias autonomes : fabrication de bulletins de liaison, de dépliants, d’affiches, de banderoles, de productions audiovisuelles et de la parole publique.

Bref, pour nous, donner la voix aux sans-voix, c’est rendre possible la diffusion de messages qui vont à l’encontre du discours dominant. C’est aussi rendre accessibles les nouvelles technologies qui vont transmettre ces messages. C’est faire «avec les gens» à partir de leurs acquis, leurs solidarités, leurs projets, leurs dénonciations, leurs compétences, leurs intuitions.

Les médias sont plus que jamais un lieu de pouvoir quasi absolu. L’Église peut sans doute être tentée d’investir ce pouvoir pour convertir des désespérés ou rehausser l’image de l’institution. Nous inspirant de nos pratiques d’éducation populaire au Centre, nous souhaitons que l’Église le fasse plutôt dans l’action, aux côtés des appauvris chaque fois que la justice est souffrante, chaque fois qu’une personne est blessée, écrasée. Ce faisant, c’est le pouvoir du peuple de Dieu qui grandira, ce sont les rapports de force dans la société qui peut-être se modifieront. Mais les médias auront servi un tant soit peu à bâtir un monde meilleur dans lequel Dieu conjugue son action avec la parole des plus démunis et des sans-voix.