Foi et médias
communication impossible?

Panel




Thérèse Miron
Journaliste
Émission radiophonique Religions et Sociétés
Société Radio-Canada

J’attire l’attention sur la présentation de Guy Paiement au tout début de l’ouverture du Colloque. On ne peut être créateur de communication sans être avant tout des créateurs de sens. Le mime sur fond d’un montage audiovisuel, L’oiseau dit non, créé par monsieur Paiement et illustré par Diane Lanteigne en est un bel exemple. On peut parler, tergiviser, tergigoter tant que l’on veut, mais cela reste un dire vide s’il n’y a pas une véritable communication de sens. Faire du sens signifie être accessible, être compréhensible et savoir s’enraciner dans l’expérience des gens. Le contexte des valeurs actuelles, le contexte de la société, les bouleversements, l’éclatement des balises, la perte des points de repères éthiques font en sorte que les médias ne sont pas neutres. Nous avons nous aussi des partis pris, nos idées et peut-être parfois des idéologies qu’on essaie de camoufler.

Dans le domaine de la création, contrairement aux années antérieures, il appert qu’une collaboration existe entre les médias et l’Église. En effet, l’épiscopat est plus accessible. Dans le cadre de l’émission Religions et Sociétés, je qualifierais de concordantes les relations avec l’épiscopat d’ici et d’ailleurs ainsi qu’avec les gens de terrain. Il est possible de se rejoindre et de se comprendre. La radio de Radio-Canada, en tant que société d’État, n’a pas d’allégeance à une foi bien précise. Le mandat de l’émission Religions et Sociétés est large. Il consiste à regarder ce qui se passe, d’établir un rapport médiatique à la foi plutôt qu’à une instituition religieuse organisée. Ceci nous permet de couvrir une variété d’événements tels ce Colloque, les synodes diocésains, etc. Nous essayons d’être à l’écoute, d’être présents à des nouvelles qui parfois passent inaperçues. Évidemment le danger de tomber dans le sensationnalisme, de couvrir une actualité de façon qu’elle soit déconnectée de sa réalité profonde, est toujours présent.

Lorsqu’une nouvelle nous parvient, on vise à l’approfondir, à comprendre le pourquoi, à cerner le contexte et à démasquer les dessous de la question où les raisons derrière cet événement. Malgré les limites de temps et de budget, il nous est donné d’aller au-delà de la simple présentation des faits. La première heure de l’émission Religions et Sociétés est consacrée à la couverture des actualités factuelles alors que dans la deuxième heure nous analysons divers sujets qui émergent de l’actualité. La présentation d’un ouvrage permet d’établir des liens avec d’autres publications et de faire connaître qui est l’auteur et le contexte de son questionnement et de sa pensée. Dans le traitement de nos sujets, nous cherchons à tenir compte de notre auditoire, des personnes interrrogées, de ce qui est dit et du pourquoi du message. Nous n’avons pas vraiment rencontré des difficultés de collaboration. En réalité, nous sommes tous dans le même bateau, dans le même mouvement social, par conséquent nous devenons collaborateurs d’un même événement.

Ma formation en théologie facilite mon travail de journaliste au sein de l’émission. J’essaie de créer un lien de proximité entre le message proposé et l’auditeur ou l’auditrice pour que le discours puisse en quelque part être incarné. Guy Lapointe, professeur à l’Université de Montréal, explique qu’une parole incarnée est «une parole qui prends corps à l’intérieur d’une société». C’est cela faire sens.

Bien sûr à la radio on ne voit pas l’auditoire. Il s’ensuit que la création en communication radiophonique est guidée par les paramètres de l’émission ainsi que par l’intuition. Dans une création médiatique plusieurs personnes apportent leur contribution. Beaucoup de ces personnes travaillent dans l’ombre: le caméraman, le preneur de son, le réalisateur, les recherchistes, etc. Ces personnes secondent ceux et celles qui rendent compte d’un événement. Au plan journalistique, elles contribuent à ce que le journaliste ne soit pas perdu dans la foule, qu’il se sente rattaché à quelqu’un, à l’actualité qu’il couvre et surtout à l’équipe avec laquelle il travaille. Je tiens à rendre justice à toutes ces personnes qui ne sont pas à l’avant scène et dont le travail est de première importance.

Certaines études ont été réalisées afin de déterminer si l’Église institutionnelle s’intéresse aux médias parce qu’ils constituent à leurs yeux un moyen pour «récupérer des gens». C’est une perspective qui mérite d’être critiquée. Par contre, vue autrement, la présence de l’Église au monde médiatique et dans les médias peut-elle devenir l’occasion de dire quelquechose qui fait sens et qui raccroche les gens? La Bonne Nouvelle du christianisme prêchée depuis deux mille ans doit être actualisée et rafraîchie si elle veut se frayer un chemin dans les médias. Si, par exemple, la jeunesse d’aujourd’hui, aux prises avec beaucoup de problèmes, n’arrivent pas à comprendre en quoi cette Bonne Nouvelle les rejoint, alors sur le plan médiatique on a raté le bateau.

Il arrive que les médias sont critiqués pour leur traitement de sujets épineux. Ils sont parfois accusés de révéler une vérité partielle, par exemple, ce qui a été exprimée hors onde n’est plus mentionnée ou est ignorée une fois les personnes sont effectivement en ondes. Il n’en dépend pas toujours des personnes qui dirrigent l’entrevue ou qui animent. C’est une question de respect des individus qui font des révélations en coulisses tout en réclamant le silence par peur des représailles. Personnellement, je tente de dire à mes invités que nous sommes prêts à communiquer la vérité en ondes dans la mesure où ces derniers sont prêts à révéler sans peur ce qu’ils savent. Comme l’a mentionné Denise Bombardier lors du premier Colloque de l’OCS en 1992, il faut cesser d’avoir peur. Il est vrai que les représailles et les plaintes sont du domaine du possible. Elles parviennent de toutes part, des institutions, du conseil de presse en raison du code de déontologie des journalistes et d’ailleurs. Il n’en demeure pas moins je crois, qu’il y a un avantage à être transparent dans vos communications, ce même si les contingences de temps nous obligent à sélectionner et prioriser ce qui sera transmis.

De par expérience, je peux affirmer qu’il existe chez les journalistes, en particulier de l’émission Religions et Sociétés, une volonté réelle de collaboration dans la transmission de la Bonne Nouvelle. Elle est communiquée sous l’angle des questions éthiques, de la croyance et de la non-croyance, des valeurs, des maîtres à penser, des actions sociales. Lorsqu’une crise secoue la société et l’Église, nous avons le souci de l’analyser, d’en découvrir la signification pour nous et pour notre public.

D’après les échos que nous recevons de nos auditeurs, la majorité des personnes se disent heureux que Radio-Canada maintienne à la télévision et plus spécialement à la radio un espace significatif à l’actualité religieuse. Ceci est le résultat d’un travail d’équipe. Nous pouvons être en ondes pendant des heures sans que rien se passe, si c’est le cas, nous devons nous interroger. Mais lorsque suite à une émission des échos nous parviennent du genre «j’ai aimé telle chose, ça m’a frappé, ça m’a conduit à une réflexion», nous prenons conscience que la communication radiophonique de la Bonne Nouvelle n’est pas une mission impossible malgré les obstacles de parcours. Je termine en me référant à nouveau à la présentation de Guy Paiement, il y a en nous un désir commun que l’oiseau prenne son envol.