Atelier 1

L’éducation aux médias
une avenue incontournable



Quelles sont les différentes avenues d’une formation aux médias aujourd’hui et demain?
Quel apport l’éducation aux médias peut apporter à la création médiatique?
L’éducation aux médias, pour qui, avec qui et avec quelle approche?


Animateurs
Luc Giroux, Université de Montréal et Jacques Piette, Université de Sherbrooke
Secrétaire: Pierre Bélanger, S.J.



Les principaux éléments du déroulement de l’atelier

1. Objectif principal de l’éducation aux médias

Pouvoir s’exposer aux médias tout en tirant le meilleur de ce qu’ils offrent et en ayant la lucidité de repérer le moins bon. Il s’agit donc d’une méthode qui favorise le développement de l’esprit critique dans le contexte médiatique contemporain.

2. Visionnement

Les animateurs présentent un extrait d’une production vidéo sur le thème l’école et les médias. On y entend deux opinions complètement opposées sur les relations entre le monde scolaire et la télévision. D’une part Albert Jacquard voit la télé comme un outil pour détruire le cerveau, quelque chose qui provoque l’«abêtissement», d’autre part Jacques Piette souligne que la télé fait partie de la vie et que, comme c’est le rôle de l’école de préparer à la «vraie vie», il faut aider les jeunes à faire le lien entre le monde médiatique et le reste de ce qu’ils font à l’école.

En échange, on souligne que l’école s’est plutôt servi des médias comme instruments pédagogiques, sans vraiment entrer dans la culture médiatique.
3. Différentes approches d’éducation aux médias

Les animateurs font un historique de l’évolution des façons de faire de l’éducation aux médias. Ils mentionnent d’abord, qu’à leur avis, les perspectives actuelles de l’éducation aux médias ne sont pas principalement axées vers la création d’oeuvres médiatiques (produire des vidéos ou des programmes pour comprendre comment fonctionnent les médias), ni vers la formule «ciné-club» (centrée sur l’appréciation artistique). Il s’agit plutôt d’une méthode d’analyse qui, en abordant ce reflet de la culture populaire que sont les médias, permet de les intégrer à l’école.


Étapes de l’évolution des systèmes d’éducation aux médias:

1. 1ère période: années 70 - 85 Expérimentation; quelques intuitions

a) Europe: perspective de l’analyse des effets de la télévision, attention à percevoir les effets négatifs, aider à la prise de conscience de la distorsion qui existe entre la «réalité-télé» et la «réalité vraie». L’éducation aux médias est vue comme un antidote aux effets nuisibles des médias, comme un moyen préventif.

b) Europe: perspective opposée à la première: aider les jeunes à mieux se connaître comme téléspectateurs. Apprendre à être plus conscientisé et plus averti pour faire de meilleurs choix. On se concentre ici sur les effets positifs et les valeurs intrinsèques des médias et de leurs produits.

c) Grande-Bretagne: perspective critique qui permet de comprendre les choix qui sont faits par les artisans, le pouvoir de manipulation des médias, les tendances idéologiques. On présente les médias comme centre de pouvoir. Utilisation de simulations.

d) Suisse: perspective sémiologique dans laquelle on étudie les processus symboliques des médias et comment ceux-ci construisent la signification dans une société. On peut identifier ensuite dans quelle direction les médias canalisent le sens d’une société.

e) Ontario: perspective fondée sur l’analyse des valeurs. Cette perspective a surtout été promue par les organismes religieux et communautaires. Il s’agit d’aider à comprendre comment les médias favorisent notre adhésion à certaines valeurs.

f) Dans plusieurs pays: perspective qui table sur la compréhension des médias en utilisant la méthode de la production technique. Par la pratique, on favorise la découverte de ce qui se passe derrière le micro ou la caméra. On a souvent souligné, par ailleurs, que dans cette voie, il était plus difficile de ne pas perdre de vue l’aspect critique de l’éducation aux médias.


2. 2e période: du milieu des années 80 à aujourd’hui.
Consolidation vers un paradigme dominant

On a alors peu à peu défini une manière principale de faire de l’éducation aux médias qui puisait dans les différentes perspectives développées auparavant.

Le principe primordial de cette méthode unifiée, est la conscience au point de départ de la non-transparence des médias: les médias sont des constructions (ou des reconstructions) de la réalité; l’éducation aux médias permet d’apprendre à déconstruire ce que les médias font et donc de percevoir les principes qui régissent les constructions.

Le British Film Institute a proposé un schéma intégrateur des modèles qui se résume dans les six questions suivantes:

- Qui communique et pourquoi? (réflexion sur les agences médiatiques, approche critique).
- Quel type de texte ou de produit est offert? (sur les catégories de médias).
- Comment cela est-il produit? (sur les technologies des médias, approche du producteur).
- Comment savons-nous ce que le message veut dire? (les langages des médias et donc approche sémiologique).
- Qui sont les récepteurs du message et qu’en comprennent-ils? (les auditoires).
- Comment les producteurs présentent-ils leur sujet? (les représentations médiatiques, y compris les questions éthiques).

Un autre programme à dimension intégrative a enfin été présenté, celui du système scolaire ontarien. Celui-ci comprend neuf notions de base:

- Les médias sont des constructions.
- Les médias construisent notre réalité.
- L’auditoire interagit avec les médias.
- Les médias ont des incidences commerciales.
- Les médias véhiculent des idées et des valeurs.
- Les médias ont des incidences sociales et politiques.
- Le contenu et la nature des médias sont étroitement reliés.
- Chaque média a son propre caractère esthétique.
- Les médias sont des outils.

On s’est laissé sur la question: quel système d’éducation aux médias permet au mieux de faire grandir l’esprit critique (au sens large du terme)? Quel que soit le système choisi, il demeure important d’enseigner la méthode d’analyse critique.


Pierre Bélanger S.J.
secrétaire de l’atelier