Atelier 2

L’Église locale, espace de communication


L’Église diocésaine est un lieu de foisonnement de multiples réseaux qui peuvent constituer
un espace de communication unique. Pourquoi, ne pas saisir la chance de la communication? Médiatiser l’action pastorale, une utopie ou une urgence? Quel rôle peut jouer une pastorale
de la communication? Est-il possible de créer de nouveaux rapports de dialogue?



«Si tu dis mal ce que tu fais bien,
on croit que tu le fais mal.»
(Proverbe médiatique)

L’Église locale, espace de communication

Francine Cabana


Introduction

Pour les fins de cet atelier, René et moi avions convenu de traiter le sujet de façon différente. René vous présente dans son exposé, les véhicules traditionnels avec lesquels nous travaillons, les messages que nous avons à faire passer, ainsi que l’importance d’un plan pastoral pour les communications. Ainsi qu’il vous l’a dit, nous occupons les mêmes fonctions et avons donc le même travail à accomplir. Je n’y reviens donc pas.

Je vais plutôt vous parler d’abord de la dimension incontournable que représente les médias et ensuite de certaines situations que nous rencontrons, du moins que je rencontre, dans le travail quotidien, et des avenues que j’essaie de suivre pour «faire avec». J’en donne peu car en peu de temps, on ne peut tout dire. Je vous livre donc plutôt l’esprit dans lequel je travaille. Je termine avec un point que je considère important: aller sur le terrain des «autres».


Au commencement était la Parole!

Au commencement était la Parole! C’est sur cette affirmation théologique que je veux fonder mon exposé d’aujourd’hui. Je crois profondément que notre Église est par essence communication. Bonne Nouvelle à dire, à proclamer, même si, comme on nous l’a dit hier, cela fait 2000 ans que ça dure et qu’il faudrait peut-être changer de refrain.

Lorsqu’on m’a demandé à l’Archevêché de prendre la direction du Service des communications, c’est cette phrase qui m’est venue à l’esprit, probablement par déformation non pas professionnelle mais universitaire, car j’ai d’abord et avant tout une formation théologique. En effet, je n’ai pas de formation en communication comme telle. Mon expérience en communication m’est en quelque sorte venue par surcroît, en travaillant au Service des communications et en suivant les diverses formations offertes par le Club de Presse de Rimouski et l’OCS.

Je dois dire aussi qu’au tout début, je suis allée chercher de l’aide auprès des professionnels des médias qui avec gentillesse ont répondu à toutes mes questions. Ainsi d’un vieux routier en journalisme, j’ai appris ce que les journalistes aimaient dans une conférence de presse par exemple, les délais de convocations, la longueur de temps d’une telle conférence, les têtes d’affiches à inviter, etc. Autre détail important, c’est lui aussi qui m’a dit dans quelles circonstances, la conférence de presse devait se terminer par un café... ou par un buffet!

Ces quelques phrases vous situent dans ma façon de remplir le rôle qui m’a été confié au diocèse, de garder notre Église diocésaine en contact étroit avec la société par le biais des médias, mais d’abord et avant tout en collaboration avec les médias.


Du parvis de l’église à la place publique

Pour avoir les nouvelles aujourd’hui, on ne se rassemble plus devant l’Église après la messe. Michel Boullet nous dit que:

«Les médias sont devenus la nouvelle place publique à notre époque. Travailler avec les médias n’est point une matière à option, ni une mode dont on se serait entiché, mais une nécessité inhérente à la mission de notre Église qui par essence est communication. Un chrétien et moins encore les porte-parole de l’Église ne peuvent se comporter comme des propriétaires frileux du message de Jésus-Christ. Depuis 20 siècles, les chrétiens ne disent-ils pas de crier sur tout les toits le message religieux? Où sont les destinataires de nos jours? Les lieux de cultes rassemblent peu de fidèles alors que les médias rassemblent la population quasi entière».1

Comme le disait René tout à l’heure, on ne peut donc négliger de mobiliser les moyens nécessaires pour être présent dans le monde des médias, i.e. développer la pastorale des communications au maximum. Il est nécessaire de s’outiller pour aller dire, de la manière la plus directe possible le message chrétien.

L’Église n’a pas assez de personnels et de moyens pour communiquer dans les médias. Dès l’origine d’un projet, il faudrait avoir le souci de la vulgarisation du futur message. Il est important de comprendre les urgences et les obligations du métier de journaliste. Le journaliste travaille vite et au dernier moment. De plus il n’est pas spécialisé dans la question religieuse. Il faut dont rendre le message mieux exploitable par le journaliste qui le reçoit en fournissant des dossiers de presse clairs et bien documentés. René peut vous dire ici que cela prend du temps. Quand à moi, la difficulté principale vient du fait de convaincre les responsables de certains dossiers diocésains d’alléger le contenu et d’accepter que les meilleurs objectifs et la plus théologique des formulations risquent de rebuter un non-initié. Il nous faut absolument adapter notre langage!


Les club des «mal-cités»

Ils n’ont rien compris!!! Voilà une phrase que nous entendons souvent dans nos milieux ecclésiastiques lorsqu’il est question des médias. Les journalistes, ces gros méchants, ont mal cité le Vicaire Général ou fait dire une presqu’hérésie à l’évêque ou alors ont enfoncé allègrement la responsable diocésaine de la pastorale sociale en lui faisant dire que l’Église devrait se préoccuper davantage des pauvres et des démunis alors qu’elle était justement sur le terrain pour dire cette solidarité que l’Église a encouragée tout au long de son histoire.

Les médias électroniques, qui traitent souvent des sujets les plus difficiles en quelques phrases, sont particulièrement à redouter pour créer ce genre de situation. Par exemple, la semaine dernière il y avait chez nous l’Assemblée annuelle des prêtres qui voulaient faire le point sur la situation dans notre Église et dans la société actuelle. Le journaliste de la SRC qui a reçu Mgr Blanchet en entrevue l’a amené sur un terrain glissant, toujours le même, celui du mariage des prêtres. Ainsi Monseigneur s’est entendu dire sur les ondes: qu’il n’aurait aucun inconvénient à présenter au Pape des hommes mariés pour qu’ils soient ordonnés. Et la nouvelle est sortie: Mgr Blanchet est d’accord pour ordonner des hommes mariés!! Nul besoin de vous dire que le message de l’Assemblée des prêtres n’a pas eu l’écho souhaité dans cette circonstance et que la télé s’est empressée de se présenter pour s’entretenir avec notre évêque de son intention d’ordonner des hommes mariés!!!

Je dois vous avouer qu’avec les années, j’ai appris à prendre ce genre de situation avec un grain de sel. J’ai appris que lorsque le message est parti de mon bureau, il ne m’appartient plus et que le destinataire le reçoit à travers ce qu’il ressent et vit lui-même. Bien sûr que le journaliste de la SRC a fait dévier le sujet, mais il l’a fait parce que c’est ce qui l’intéressait dans le rassemblement des prêtres, et dans la situation que Monseigneur décrivait, à savoir que toutes les paroisses n’ont pas d’eucharisties à chaque fin de semaine. Il a voulu proposer une solution, qui, il faut bien l’avouer, est très populaire dans la population en général, surtout lorsque des services liturgiques sont requis par des personnes qui ont pris leurs distances, et qui trouvent étonnant de ne pouvoir avoir leur mariage, leur baptême ou tout autre célébration à l’heure et à la date qu’ils désirent et ce, parce qu’il n’y a pas de prêtres disponibles.

Je crois pour ma part qu’il nous faut être attentifs à ce genre de situation et ne pas balayer du revers de la main les objections qui surgissent ou les «mauvaises» traductions que les journalistes font de nos beaux textes. Ils les lisent avec le regard des non-initiés? Faut-il conclure que ce regard est automatiquement faussé? C’est là, il me semble, une conclusion un peu hâtive. J’en tiens compte personnellement dans mon travail. Nous admettons difficilement que les «autres» lisent nos messages autrement que de la façon dont nous aimerions qu’ils soient lus. Et pourtant cela peut être sain. Et si l’Esprit nous questionnait dans nos habitudes et nos certitudes de cette façon?

Notre Église se veut pauvre, servante, dépossédée comme Jésus-Christ l’a été avant elle. Elle doit donc accepter de ne pas avoir la maîtrise de ce qu’on dit d’elle et de son message dans les médias. Les gens qui reçoivent nos messages ont le droit de les remettre en question. D’ailleurs le Saint Père lui même nous dit dans La Mission du Christ rédempteur, Rédemptoris missio, de 1990 au numéro 39:

«L'Église propose, elle n'impose rien, elle respecte les personnes et les cultures
et elle s'arrête devant l'autel de la conscience
».


Une collaboration à cultiver

Dans un tel contexte, développer une collaboration avec les médias écrits m’a souvent été d’un grand secours. Pour pallier à la vitesse de traitement des médias électroniques, à la déviation toujours possible d’une conversation, un bon article, rédigé par un journaliste sérieux, remet souvent les pendules à l’heure. Vous allez dire que de moins en moins de gens lisent, mais je crois que les personnes intéressées par la question vont le faire. Lorsque vous passez à la télé, les gens vont se souvenir qu’ils vous ont vu. Ils ne se souviendront pas nécessairement de ce que vous avez dit.

J’ai un exemple célèbre à vous proposer à ce sujet. Après avoir visité plusieurs communautés chrétiennes et leur avoir donné verbalement son message, l’apôtre Paul, communicateur avisé s’il en est, a pris la peine d’écrire aux différentes Églises pour s’assurer que ses «communications» avaient été bien reçues!


Le travail et le langage des communicatrices et communicateurs chrétiens

«Le communicateur chrétien a un travail bien spécifique à faire: il doit informer, faire comprendre le fait chrétien, le message de l’Église en le parlant, en le codant dans le langage le mieux adapté, le plus transparent et le plus susceptible d’éveiller l’intérêt, de susciter et d’éclairer les départs opportuns. Le communicateur chrétien, et à plus forte raison le responsable diocésain des communications, devrait aussi participer aux différents moments de préparation, de diffusion et de réception du message délivré par l’Église à destination du grand public»2.


La dernière phrase de cette citation porte un souhait que les autres responsables diocésains de communication partagent avec moi, je crois.

Dans notre diocèse, au niveau de notre journal diocésain, l’équipe de direction a pris cette politique de vulgarisation du langage et des idées. Nous avons encore du chemin à parcourir, mais nous croyons que cela nous aide à mieux communiquer. Nous essayons aussi de faire de la place aux autres, à ceux qui ne sont pas nécessairement des habitués. C’est pourquoi nous avons des collaborateurs d’autres milieux. Nous avons dans notre équipe deux professionnels des médias et leur questionnement intéressant nous ramène souvent à l’essentiel. «Attention: on écrit pour qui? Quoi? Comment? Pourquoi? Faites donc atterrir votre Esprit Saint un peu!»


La communauté et les communications

En terminant il est peut être bon de se rappeler que le premier média, le premier moyen de communication est la communauté qu’elle soit humaine ou ecclésiale.

«C’est parce qu’il se passe quelque chose, un événement entre des personnes, qu’un journaliste en transmet la relation par l’écrit, l’image, le son vers des millions de consommateurs de médias. Faire passer un message d’Église ne dépend pas uniquement de la responsabilité des journalistes. Chaque chrétien, chaque cadre de la communauté ecclésiale est lui-même un informateur, un communicateur, avec sa part de responsabilité à commencer par les voies du simple bouche à oreille et de la médiation des rencontres interpersonnelles et des différents groupes, à commencer par les plus petits. Ces moyens élémentaires de la communication sont toujours vitaux»3.


C’est important de se le redire, car nous sommes, pour plusieurs d’entre nous, membres d’une communauté religieuse ou paroissiale. Il ne faut pas oublier que les médias électroniques et écrits sont des moyens de communication et non pas la communication tout entière. Il n’est donc pas nécessaire de toujours «courir» après eux. Les médias sont soumis à la règle de l’offre et de la demande comme la plupart des produits commerciaux. Hors, on ne fait pas vendre beaucoup avec des bonnes actions. On peut le déplorer mais il faut vivre avec. Il faut comprendre que l’Église risque son message dans l’univers des médias et souvent elle ne dispose que de très faibles moyens pour le faire. Aussi il serait utopique de penser se servir uniquement des médias professionnels pour faire passer le message.

À la limite, j’ai appris qu’il n’est pas nécessaire que nous soyons absolument à la «une» des médias pour évaluer si une de nos réalisations est porteuse de sens. Il est bon de se rappeler qu’une communication pleine et entière implique une interaction entre celui qui communique et celui qui reçoit. Donc, si un participant à une activité quelconque vient me dire qu’il a bien reçu le message, je considère que c’est aussi important que de le dire dans l’hebdo local.


Conclusion

Pour faire notre travail de communicateurs et communicatrices de façon réaliste, il faut donc, je crois, être en mesure de coopérer avec les professionnels des médias, comprendre les contraintes qui sont les leurs et les aider à trouver les thèmes suffisamment accrocheurs pour «vendre» le meilleur du message d’Église. Tout en étant conscient des limites qui existent.

D’un autre côté, il ne faut pas négliger les moyens internes et plus ordinaires de communication. Il ne faut pas craindre non plus d’aller sur le terrain. J’ai rapidement compris qu’en participant aux activités du Club de Presse de Rimouski et en développant des liens sympathiques avec les journalistes et les relationnistes des autres entreprises (parce qu’à ce niveau l’Église est une entreprise) j’ai fait plus de pas vers une collaboration efficace de la part des professionnels des médias qu’en restant dans mon bureau.

Ma plus belle réussite dans ce domaine a été, l’automne dernier, d’organiser et ce à la demande de la Fédération des journalistes de l’Est du Québec, une rencontre d’information sur les grandes questions de l’Église actuelle. Les journalistes qui se sont présentés pour la journée avaient des questions pertinentes. Il était facile de se rendre compte que le sujet les intéressait et qu’ils s’étaient documentés.

En terminant, je vous laisse cette interrogation de Michel Boullet: «Donner la parole à tous, y compris aux gens loin de l’Église et ouvrir une communauté chrétienne locale à d’autres communautés et à d’autres horizons, n’est-ce pas rejoindre ce qu’on appelle en christianisme, l’esprit missionnaire?»

Nous avons quelque chose à dire. Les «autres» aussi! Merci.

Francine Cabana