Atelier 2
LÉglise locale, espace de communication
LÉglise diocésaine est un lieu de foisonnement de multiples réseaux qui peuvent constituer
un espace de communication unique. Pourquoi, ne pas saisir la chance de la communication? Médiatiser laction pastorale, une utopie ou une urgence? Quel rôle peut jouer une pastorale
de la communication? Est-il possible de créer de nouveaux rapports de dialogue?
Animateurs: René Laprise, Francine Cabana, Michel M. Campbell
Secrétaire: René Tessier
Rapport du secrétaire de latelier:
Premier exposé (résumé)
René Laprise, agent dinformation au diocèse de Gatineau-Hull
Lanimateur invite dabord les personnes présentes à préciser en quoi consiste, pour chacune dentre elles, «lÉglise locale».
Les réponses apportées varient énormément: de «vieillissante et inquiète» à «dynamique et en questionnement» (plus souvent) ou «en croissance», en passant par laccent sur les rites de passage, les résistances au changement, les paroissiens qui essaient de se reprendre en mains, etc. Outre laspect de la mutation, on relève parfois le fait quon investit énormément sur les pratiquants, et le sentiment que «la vie est ailleurs». Mais ce qui frappe surtout, cest la diversité des réponses et des situations, avec des cas très particuliers: le territoire immense et peu peuplé du Grand Nord, la progression constatée aux Philippines...
Ainsi, constate René Laprise, toute Église locale présente des facettes spécifiques. Il importe donc, avant tout, den dresser le meilleur portrait possible. Pour un communicateur, une des questions préalables portera inévitablement sur le nombre et limportance des médias du milieu.
À partir de là, pour maintenir une présence active de lÉglise sur la place publique, on pourra établir un véritable plan de communication. Celui-ci visera à refléter les divers types dactions pastorales, les déclarations officielles de lépiscopat et des autres instances ecclésiales, mais aussi à favoriser la circulation de linformation dans la communauté chrétienne (diocèse ou autre) et à assurer à ses membres une formation de base en communication.
Il est donc très possible, pour lÉglise locale, de médiatiser son action pastorale. Les prises de position sur des sujets dactualité, mais aussi les projets réalisés, les reconnaissances, peuvent intéresser les médias. Limplication auprès des démunis, en particulier, y parvient généralement bien. Bien dire, montrer, tout ce qui sy fait de bien, représente un enjeu de taille pour notre Église.
Deuxième exposé
Francine Cabana, agente de communication au diocèse de Rimouski
Francine nous partage son expérience: à lorigine, elle navait aucune formation en communications, elle a acquis toute son expérience «sur le terrain». Cela la même amenée à aller chercher lexpertise de professionnels du milieu, sur des questions aussi concrètes que lorganisation dune conférence de presse.
Ainsi, elle a appris rapidement à développer le sens de la vulgarisation: pour la presse, il faut souvent «remâcher» ou traduire une information qui, autrement, resterait inaccessible. La principale difficulté demeure dailleurs de convaincre les intervenants en Église dalléger ou simplifier le contenu de ce quils veulent transmettre. Les médias électroniques, notamment, résument des questions fort complexes en quelques phrases courtes. Le travail du communicateur consistera donc dabord à adapter le langage.
Qui plus est, notre Église doit accepter quelle ne peut plus maîtriser un message, une fois celui-ci lancé dans les médias. Le destinataire, dailleurs, reçoit forcément le message avec ce quil est et ce quil ressent; il le décode, le réinterprète à sa manière. À la télévision, par exemple, les spectateurs se souviendront davoir vu quelquun, beaucoup plus, que de ce quil a pu dire.
Enfin, il faut peut-être reconnaître la nécessité dune certaine complicité avec les artisans des médias. Pour Francine, sa participation au Club de Presse locale a représenté un atout fort précieux.
Troisième exposé
Michel M. Campbell, professeur de théologie à lUniversité de Montréal
Michel Campbell dégage une distinction qui sera à la base de son propos: en Église, quand nous parlons de communication, voulons-nous dire ou inter-dire?
Dire, verbe transitif, signifie ici affirmer, transmettre quelque chose, dans le cadre dune action limitée et unidirectionnelle; on veut voir quelquun se conformer à une parole.
Inter-dire, par contre, évoque plutôt une interrelation quon entretient avec quelquun. Dans le premier sens, on a affaire à un pouvoir, qui nimplique pas la vérification avec lautre. Dans le second, on est en face dune altérité, dans la reconnaissance de deux paroles, on tient compte des réactions de linterlocuteur. Ce binôme veut susciter une interrogation sur nos pratiques de la parole.
Si la Bible nous offre des scènes où la Parole de Dieu peut ressembler à un diktat, elle présente aussi toute une série de passages où lon trouve de «linter-dire»: dès la Genèse, le Créateur fait nommer les choses par lhomme, qui réalise alors sa solitude; dans la communauté de Jérusalem qui na rien de monolithique, Jésus multiplie les oppositions aux prescriptions venues den-haut, et lui-même accepte dêtre corrigé par une étrangère. Dans la totalité de lhistoire du salut, la Parole de Dieu sest exprimée à travers une pluralité de sensibilités et de réceptions.
Or notre parole, en Église, demeure lourdement encadrée par le rituel. Nos liturgies et prédications tiennent de la dictée plus que de léchange, et minimisent les différences entre les baptisés. Nos comptes-rendus de réunions ne pourraient-ils pas mieux refléter les opinions minoritaires, tout autant que celles de la majorité? Na-t-on pas tendance, parfois, à caricaturer les absents à nos activités? Notre presse religieuse ne pourrait-elle pas prévoir un véritable courrier des lecteurs, ouvert aux opinions diverses? Nous pourrions adopter encore des stratégies pro-actives, à lexemple de cet évêque sud-américain qui tenait à la présence dune prostituée à la table du Conseil diocésain de pastorale.
Questions et réactions des participants à latelier
En somme, trois idées principales ressortent des présentations qui ont été faites:
1- limportance de coller au milieu tel quil est;
2- le souci de bien vulgariser en tout temps;
3- la référence à ces deux modèles opposés de la communication, dire et inter-dire.
Un pasteur, qui diffuse ses célébrations sur une radio à faible puissance, a découvert quil pouvait contrevenir aux règlements du CRTC qui exige, justement, de donner place sur les ondes à la pluralité.
Avoir des locuteurs, et non seulement des récepteurs, fait peur parfois. Discuter lÉvangile du dimanche avec un petit groupe, accepter léchange de vues dans le cadre dune émission de télé, ne vont pas toujours de soi. Pourtant ne peut-on laisser lEsprit agir?
Comment rejoindre particulièrement les jeunes adultes? En certains milieux, on investit beaucoup en pastorale du baptême. On y découvre des besoins considérables, les gens sachant très peu qui est Jésus-Christ.
Les médias nous obligent souvent à dépasser une vision locale, trop restreinte, de lÉglise. Celle-ci nest-elle pas internationale?
Une difficulté: comme Francine lavait noté, les médias recherchent avant tout les têtes daffiche. Ainsi un diocèse a beau avoir rassemblé une banque dintervenants potentiels, les journalistes réclament toujours lévêque. Il faut leur tenir tête pour donner la parole à dautres.
Accueillir les gens sur leur terrain, dans les groupes communautaires par exemple, ouvre le dialogue.
Le discours du pape lui-même, signale-t-on, contient de linter-dire.
René Tessier
secrétaire de latelier