Atelier 3
La publicité ou lart de surprendre
La publicité est un art qui allie parole et image. Cest lart de dire beaucoup avec peu,
lart déveiller, dévoquer, de surprendre, de commander lattention, dinterpeller.
La publicité joue-t-elle un rôle dans la création de la communication?
Comment se créer un espace sur la place publique? Les pours et les contres
de la création dune image de marque.
Comment créer une publicité percutante avec peu de moyens?
La publicité ou lart de surprendre
François Gloutnay
Dans son livre Quest-ce que la publicité?, publié chez Dunod, Robert Leduc définit ainsi la publicité: il sagit de «lensemble des moyens destinés à informer le public et à le convaincre dacheter un produit ou un service». Dans le cas des églises ou groupes à caractère religieux, on pourrait remplacer les termes «acheter un service» par «adhérer à des valeurs».
La participation de la communauté catholique au monde de la publicité est toutefois marginale au Québec. Dans les médias écrits, on connaît les publicités des éditeurs de livres religieux. À la télévision, plusieurs se souviennent des superbes messages publicitaires sur certaines communautés religieuses produits par lOffice de catéchèse du Québec. À la radio, les messages sont entendus sur les ondes de Radio Ville-Marie mais rarement sur les ondes de la radio commerciale.
Pourquoi cette timidité? Est-ce le fait que les «images» religieuses nont pas dintérêt pour le public? La production publicitaire récente montre pourtant le contraire: on nhésite pas à utiliser des symboles religieux pour «convaincre dacheter un produit». Tous et toutes ont vu ces religieuses en costume traditionnel discuter des performances de leur ordinateur IBM ou ces moines se gargariser avec au rince-bouche à la mode. Et que dire de la nouvelle publicité des céréales Rice Krispies qui raconte comment une paroissienne exemplaire est devenue la vedette du bazar paroissial à cause des friandises quelle prépare!
Il ny a pas de doute que le coût demandé pour la diffusion de nos messages est certainement une incitation à ne pas entrer dans le monde de la publicité. Mentionnons quelques exemples de tarifs:
la diffusion dun seul message de 30 secondes durant lémission La Petite Vie (3 millions de téléspectateurs et téléspectatrices) coûte 16 000$;
lachat dune page couleur dans la revue Châtelaine (174 000 exemplaires) représente un déboursé de 11 000$. Dans la revue Le Bel Âge (123 585 exemplaires), le coût est de 4 300$;
une page complète dans le quotidien La Presse du samedi coûte 22 000$ (331 000 exemplaires);
linsertion dun panneau à larrière dun autobus coûte entre 150 et 250$ pour 4 semaines tandis que la location dun Abribus coûte 548$ à Montréal pour une période de temps équivalente.
Des exemples à imiter
Nempêche que certaines institutions ont décidément pris le virage publicitaire. Cest le cas de larchevêché de Montréal: sa campagne de financement annuelle utilise plusieurs outils publicitaires. Cette année, le fameux slogan «Dans la vie, il faut savoir mettre une croix sur certaines choses» a été publié sur une pleine page de La Presse et a été placardé sur plusieurs Abribus de la ville de Montréal.
Par ailleurs, les lecteurs et lectrices de lhebdomadaire Voir, un journal branché distribué tant à Montréal quà Québec, ont trouvé dans lédition du 12 octobre 1995, tout juste sous une annonce du plus récent film de Demi Moore, la publicité suivante: «Cest pas le travail qui manque!». Non, ce nétait pas une pub du Bureau dassurance-chômage mais bien une invitation à devenir... rédemptoriste.
Développement et Paix nous a aussi habitués à des campagnes publicitaires intégrées. Pour la seule région de Montréal, durant le carême, le moment privilégié de collecte de fonds pour cet organisme de coopération internationale fondé par lépiscopat canadien, on a vu le slogan «Pour que le monde tourne plus juste» apparaître dans des Abribus, sur un litre de lait, sur des affichettes à lintérieur des autobus et des wagons de métro.
De plus, lorganisme a offert à toutes les stations de télévision et de radio du Canada francophone ses messages promotionnels de 30 secondes. Enfin, 40 000 cartes postales de Développement et Paix ont aussi été distribuées à lentrée de 300 restaurants et boutiques durant tout le mois de mars. Tous ces outils, dont les coûts dépassent assurément les 100 000$, ont bénéficié de généreuses commandites de la part de lindustrie publicitaire.
Prendre sa place
LÉglise doit prendre sa place dans lunivers publicitaire. Après avoir investi beaucoup dénergie ces dernières années dans létablissement de programmes de relations publiques, il faut reconnaître que sans lapport publicitaire nos messages passent difficilement la rampe et ne sont pas vus et retenus par la majorité de la population. Si un communiqué de presse bien fignolé a un impact de quelques heures, une affiche dans un Abribus sera vue par des milliers de personnes durant quatre semaines.
Si lon fait le saut dans le petit monde de la publicité, il faudra toutefois adhérer à certaines règles du jeu: il faudra faire appel à lémotion, susciter des effets de surprise, exprimer nos messages en clins doeil et, pourquoi pas, utiliser lhumour.
Et pourquoi ne pas faire preuve daudace. Pourquoi ne pas explorer de nouveaux médias publicitaires? Je rêve du jour où lon confectionnera un présentoir unique pour les entrées déglises. On pourrait y trouver, outre le Prions en Église et le bulletin paroissial, des publicités des maisons dédition religieuse, dorganismes de charité ou de services diocésains.
Dans le merveilleux monde la publicité, tout est possible. A chacun et chacune de vous de nous surprendre!
François Gloutnay