Atelier 6

La télévision communautaire,
un média à notre portée



La télévision communautaire, ses atouts, sa proximité, ses possibilités de création.
Quelle cote d’écoute? Quel public rejoint-elle? Quelles difficultés prévoir?
Quelle lien peut-elle créer avec le milieu? Quelle solidarité à bâtir?

Animateurs
Réjean Bernier et Lise Lapalme

Secrétaire: Claude Champagne


La télévision communautaire,
un média à notre portée

Réjean Bernier
Lise Lapalme


La télévision communautaire est un moyen de communication, mis à la portée de tous ceux qui, sans connaître tous les rouages techniques d'une production télévisuelle, ont un message à transmettre aux membres de leur communauté.

1. La télévision communautaire, un outil unique et indispensable

1.1 Vitalité locale:

Dans un monde où l’internet, le guichet automatique, l’ordinateur, les boîtes vocales, etc... coupent les gens d’un sentiment de contact humain véhiculé par l’attitude corporelle, l’expression faciale et le langage des yeux, la télévision communautaire permet de rencontrer (via l’écran) des gens qui nous ressemblent et nous entretiennent de sujets qui nous touchent. La multiplication des chaînes télévisuelles, et l’internationalisation de l’information font de la télévision traditionnelle un lieu où l’on apprend, certes, mais un lieu de plus en plus distant de nous. Les restrictions budgétaires subies par la télévision traditionnelle, amènent une programmation de plus en plus composée de documents traduits qui ne reflètent ni notre culture ni nos aspirations. Les coûts de production et de diffusion aux heures de grande écoute de la télévision traditionnelle sont très élevés.

La «télécommunautaire» est dédiée à la population locale. Elle donne à des groupes et personnes non-professionnels, de toutes conditions sociales la possibilité de faire connaître leur existence, d’exprimer leurs opinions, de faire part de leurs intérêts et de se familiariser avec la technique télévisuelle. De plus elle permet à tous ses abonnés de maintenir un contact avec leur communauté, de connaître des événements locaux et les ressources de leur communauté, de réfléchir sur les problématiques vécues par leur communauté et même d’éveiller une participation. L’utilisation de la «télécommunautaire» est gratuite pour les bénévoles. Il n’existe pas de procédure qui permette d’évaluer les cotes d’écoute mais les diffusions multiples peuvent permettre de rejoindre un grand nombre de téléspectateurs.


1.2 Quelques points du mandat de la télévision communautaire

- Produire et obtenir des émissions communautaires qui reflètent les besoins, les préoccupations et les intérêts des membres, groupes ou personnes de la collectivité desservie.
- Encourager l’utilisation du canal communautaire par la population. L’accès au canal ne doit pas dépendre de l’existence d’un commanditaire ni d’aucune autre forme d’appui financier extérieur.
- Établir des politiques justes et équitables pour l’accès au canal communautaire tout en imposant le moins de contraintes possibles aux groupes et aux personnes qui désirent s’exprimer.
- Dispenser une formation adéquate aux bénévoles afin qu’ils puissent participer à la réalisation et à la diffusion d’émissions communautaires.


1.3 Catégories d’émissions diffusées:

- Émissions produites par le télédistributeur: il décide du contenu et du format des émissions et conserve le contrôle total du contenu rédactionnel. Les bénévoles ont un rôle de soutien.
- Émissions produites par la collectivité avec l’appui du télédistributeur: les émissions sont produites par des groupes ou des personnes au sein de la collectivité. Ces gens exercent un contrôle substantiel sur le contenu rédactionnel des émissions mais utilisent les installations du télédistributeur et font appel à son personnel ou à des bénévoles (exemple: «Parole et Vie», Montréal).
- Émissions produites par la collectivité sans l’aide du télédistributeur: les ressources du télédistributeur ne sont aucunement mises à contribution sauf pour la diffusion (exemple: «Sur la Place Québec»).
- Émissions produites par d’autres télédistributeurs, ou par des groupes d’une collectivité desservie par un autre distributeur, qui sont diffusées sur le canal communautaire grâce à des collaborations (exemple: «Parole et Vie et «Sur la Place», Québec).
- Annonces réalisées et fournies par des organismes à but non lucratif et diffusées gratuitement par le télédistributeur.


1.4 Conditions d’acceptation d’un projet

Pour se conformer à la philosophie de la télévision communautaire, l’émission présentée doit être d’intérêt public. Elle doit être originale: se distinguer, par son contenu, des autres émissions diffusées par le télédistributeur. L’émission proposée doit être complémentaire à celles qui sont présentées par la télévision traditionnelle: les sujets traités doivent être différents ou traités plus en profondeur. Les thèmes abordés doivent être d’intérêt local et populaire; pour faire la preuve de cet intérêt, il peut être souhaitable de présenter au moment de la soumission du projet, des lettres d’appui de membres de la communauté.


2. Mariage facile entre la télévision communautaire et le mandat évangélique

- La télévision communautaire utilise un langage simple et à la portée de tous. L’Évangile utilise des paraboles, des histoires simples. Comme le suggère Saint-Alphonse de Liguori: «Il faut s’adresser aux gens comme si on parlait à un ami.».
- La télévision communautaire propose les activités et événements de la communauté. On s’y reconnaît. Jésus se tient sur la place, il visite les gens là où ils sont. On est reconnu.
- La télévision communautaire met en relief la vie et l’oeuvre des gens du milieu, ceux qui sont souvent oubliés par la télévision traditionnelle. À la «télécommunautaire» elles ont toute l’attention. L’Évangile nous invite à nous tourner et à aller vers celui ou celle qui est ignoré (e). Il (elle) mérite toute l’attention.
- La télévision communautaire parle de nous, de notre milieu, elle me concerne. L’Évangile est pour moi, il me concerne.
- La télévision communautaire permet de nous responsabiliser, de nous prendre en main. Il n’y a pas lieu de dire: «c’est la job des journalistes, ils sont payés pour ça». Combien de fois le Christ nous invite à nous mettre en route, à faire notre bout de chemin. On ne peut pas dire: «c’est l’affaire de l’Église, des curés». C’est la responsabilité et la mission du baptisé.

3. Si la tendance se maintient... besoin d’émissions à caractère spirituel

«Nos Églises sont vides», «Les gens sont allergiques à tout ce qui est religieux», «Les médias ne s’intéressent qu’aux mauvaises nouvelles»... ce genre de réflexions est assez fréquent.

Mais il y a des signes qui laissent entendre que les gens sont assoiffés de bonheur, d’intériorité, d’absolu, de découverte d’un sens à la vie:

- La publicité s’y réfère régulièrement, pensons aux panneaux affichés dans la ville de Montréal: «La Bible en restauration chez Lévesque», aux annonces de Bell Mobilité: «Béni soit le maître», aux promotions de la nouvelle voiture de Ford: «La Mystique» etc...
- Plusieurs gestes et symboles religieux sont adoptés par la population. Qui n’a pas constaté la popularité des croix autant chez les personnes âgées que chez la jeune génération qui la porte au cou, à l’oreille ou parfois même, tatouée? Que penser des marches, des spectacles, où la chandelle ou le briquet allumé deviennent le symbole par excellence de la solidarité?
- Des modèles, des idoles partagent leur recette de bonheur, dans les magazines, à la télévision: Jean-Luc Mongrain, Claire Lamarche, Claude Charron, Jeannette Bertrand deviennent des références de vie! Luc De La Rochelière, Keven Parent, Richard Séguin nomment Jésus dans leur chansons! Kurt Cobain, ce chanteur suicidé est appelé «Saint Kurt»!
- Plusieurs publications, telles le Time, le Newsweek, etc... s’intéressent aux anges, à la personne de Jésus, aux miracles, aux apparitions de la Vierge Marie etc... Le marché des livres religieux, ésotériques et spirituels est celui qui a connu la plus forte croissance, ces dernières années.
- Les sectes, les mouvements de croissance personnelle sont très nombreux. Le «New Age» attire plusieurs adeptes.

Le besoin du «spirituel» est donc là. Il nous appartient, communicateurs chrétiens, de mettre en valeur les personnes qui, par leur simplicité, leur sagesse, leur implication, sont des témoins crédibles de la joie et de l’espérance du chrétien.


4. La responsabilité du communicateur chrétien

La télévision communautaire permet aux membres de la communauté de prendre la parole. Il appartient au communicateur chrétien, en utilisant tous les moyens mis à sa disposition, de prendre et de donner la parole de façon à partager les valeurs chrétiennes, à démontrer la vitalité locale de la communauté chrétienne, à éveiller ou raffermir la solidarité. Même si plusieurs personnes ne fréquentent plus l’Église, nombreux sont ceux qui tentent de vivre au quotidien, les valeurs évangéliques. Le communicateur chrétien se doit de les y encourager.

À la télévision communautaire l’humilité est de mise. C’est un lieu de formation: les producteurs bénévoles ne sont pas en situation de pouvoir. C’est un lieu de collaboration: il n’y a pas de vedettes à la «télécommunautaire». Le communicateur chrétien doit avoir une attitude non de fonctionnaire de la religion, mais une attitude de témoin: dans tout événement, se cache un terreau de Bonne Nouvelle, il doit témoigner du feu sacré des chrétiens: l’espérance. Le Curé d’Ars disait quelques jours avant sa mort: «Un jour viendra où les hommes seront si fatigués d’entendre parler de l’homme qu’ils pleureront lorsqu’on leur parlera de Dieu».

Réjean Bernier
Lise Lapalme