L’ÉGLISE EN COMMUNICATION AVEC LA SOCIÉTÉ

Bonjour !

Il y a quelques années, la compagnie Tide a conçu une campagne publicitaire à l’échelle mondiale. Cette campagne était illustrée par une image forte et une équation fort simple : on voyait

une pile de vêtements sales + une boîte de Tide= une pile de vêtements propres.

Jusque-là rien de bien compliqué. La campagne a cependant été un "flop " monumental dans les pays arabophones du Moyen-Orient. Pourquoi ? Parce que l’arabe se lit de droite à gauche et non de gauche à droite… L’équation de Tide devenait donc pour le moins contradictoire :

une pile de vêtements propres + Tide = une pile de vêtements sales

La communication était ratée.

Cette petite histoire illustre de façon assez frappante qu’en communication, le principe de base inéluctable consiste à s’assurer d’utiliser un langage commun pour communiquer, qui soit compris à la fois par l’émetteur du message et du récepteur de ce message.

Ce que je viens de dire semble tellement évident qu’on oublie parfois la pertinence de ces évidences. Ce genre d’oubli peut coûter cher : parlez-en à Tide !

Si on applique ce principe de base à nos communications en Église maintenant, pensez-vous que nous sommes plus efficaces que Tide au Moyen-Orient ? J’espère que oui, la plupart du temps ! Mais il peut exister des cas où la communication est brouillée parce que le communicateur n’utilise pas des termes que le destinataire comprend.

Un exemple bien simple : pensez-vous que lorsqu’on écrit un texte destiné au grand public, et que l’on parle du sacrement de la Réconciliation ou du Pardon, pensez-vous que tout le monde fera le lien avec les mots " confession " et " pénitence " utilisés il y a bien des années ? La plupart des gens qui font partie du 95 % de non-pratiquants de notre société sécularisée contemporaine ne savent même pas qu’on ne parle plus de confession et de pénitence…

En tant que communicateurs sociaux, nous avons un énorme travail de "débroussaillage ", de vulgarisation, à accomplir. C’est là une de nos tâches les plus importantes, fondamentales, essentielles : faire en sorte que le vocabulaire employé fasse référence à des notions comprises par l’émetteur et le récepteur.

À cause de circonstances historiques propres au Québec, je parle ici de la Révolution tranquille et du rejet plus ou moins tranquille qui a suivi de la domination de l’Église sur la société québécoise, il s’est créé un fossé entre les gens d’Église et les fidèles plus ou moins fidèles. Ce fossé, et les perceptions erronées qui en découlent de part et d’autre, pourrait en partie être comblé par un effort de vulgarisation, un effort pour rendre plus accessible la vie de l’Église. Cet effort, c’est aux communicateurs ecclésiaux de le fournir ; ces communicateurs doivent agir comme un pont entre les clercs et les laïcs engagés, et le reste de la société.

Dans l’exercice de mes fonctions, et là je suis certaine que je ne suis pas la seule, j’ai vu bien des préjugés s’ériger de part et d’autre, j’insiste là-dessus, bien des préjugés brouiller la communication. L’Église est bien prompte à se plaindre de l’agressivité du grand public à son endroit, à stigmatiser l’ignorance des gens, à craindre leur jugement. L’Église se voit facilement comme Daniel dans la fosse aux lions. Livrée sans défense à la merci des préjugés des gens.

Ces mêmes gens, comment perçoivent-ils l’Église ? Souvent comme un dur Savonarole , qui condamne la contraception, le divorce, l’homosexualité, qui refuse les sacrements aux divorcés et la prêtrise aux femmes, et qui finalement vit en contradiction avec le grand principe d’amour universel contenu dans la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Lorsque autant de préjugés parasitent la communication, un bon travail de base est à faire par les communicateurs ecclésiaux pour permettre à l’Église d’être en communication avec la société, comme le titre de mon intervention le suggère.

Les gens en général ont une relation très émotive avec l’Église et la pratique religieuse. Beaucoup d’idées reçues et de préjugés parasitent la perception qu’ont les gens de ce domaine de leur vie. Lorsqu’on parle de foi, de spiritualité, les interlocuteurs inconsciemment se placent sur la défensive. Je peux vous donner un exemple très simple de cela. À une personne qui me demandait de mes nouvelles et que je n’avais pas vue depuis un certain temps, j’ai dit innocemment que je faisais des études en théologie. La réaction n’a pas tardé : "Ah, t’es là-dedans, toi… " et elle a changé de sujet, sans autre forme de procès. Son malaise évident m’a fait réfléchir. Si la simple mention du mot théologie fait peur, comment pouvons-nous investir les grands médias sans travail préalable, sans avoir préparé le terrain par des efforts d’adaptation de notre part ?

XXX

Les temps changent, comme le bon slogan du journal La Presse nous le dit. Nous devrions en faire autant. Un rapide survol de la pensée des papes sur le sujet des communications sociales peut nous donner des indices intéressants sur l’évolution du statut des communications sociales.

Lorsqu’on lit les documents émis par le Vatican depuis les années 1930 jusqu’à maintenant sur ce sujet, on perçoit une évolution colossale entre les écrits de Pie XI et Pie XII et ceux de Jean-Paul II.

Alors que les écrits de Pie XI et de Pie XII étaient destinés à une société de chrétienté, c’est-à-dire une société acceptant le rôle de guide moral et de Pasteur assumé par le pape, ceux de leurs successeurs Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II s’adressent de plus en plus à une société sécularisée, individualiste, où l’opinion de chacun vaut bien celle du voisin. Le Concile Vatican II a compris, cerné et travaillé sur cette évolution de la société, de ses valeurs, de ses paramètres de réflexion. Le kérygme s’annonce différemment. L’Église, d’institution hiérarchique encadrante, est devenue maintenant une communauté, le Peuple de Dieu en marche. Cette réflexion marquante de Vatican II a amené les communicateurs sociaux, entre autres, à considérer les mass-médias comme la radio, la télévision, l’audio-visuel et maintenant l’Internet, comme des moyens de répandre la Bonne Nouvelle. C’est là toute une différence entre un Pie XI inquiet, dans son encyclique Vigilanti Cura, de la mauvaise influence du cinéma et des salles obscures sur la morale chrétienne, et un Jean-Paul II intéressé par les possibilités infinies de l’Internet et qui a choisi comme thème de la Journée des communications sociales le 12 mai prochain : "L’Internet en tant que nouveau carrefour pour l’annonce de l’Évangile".

Les moyens de communication se sont diversifiés à un rythme exponentiel, la vitesse des communications est maintenant vertigineuse, et l’Église a un rôle de premier plan à y jouer.

L’instruction pastorale Communion et Progrès, publiée en 1971 par Paul VI, établit les nouvelles responsabilités et les nouveaux droits et devoirs qui s’établissent pour chaque chrétien face aux médias :

  1. le droit à l’information et le devoir de s’informer
  2. le droit et le devoir de s’exprimer
  3. le droit et le devoir d’accéder à la culture
  4. le droit aux loisirs et le devoir de respecter ces loisirs
  5. tous ces droits et devoirs dans une perspective de la promotion de l’humain.

Tous ces points ont également été repris et actualisés dans l’Instruction pastorale Aetatis Novae, en 1992.

On le voit clairement, les dirigeants ecclésiaux sont de plus n plus conscients de l’importance de l’information, à la fois pour les récepteurs (le public, chrétien ou non) et les émetteurs (les communicateurs sociaux). Ils sont surtout conscients que cette information doit passer par des moyens de communication démocratiques, de masse.

Jusqu’à il y a 40 ans, l’Église faisait partie, était partie prenante de la culture des sociétés de chrétienté. Le Québec en est un exemple frappant. L’Église, avant la Révolution tranquille, rythmait la vie de chacun et l’encadrait résolument. C’est loin d’être le cas maintenant. C’est ce que Paul VI a résumé excellemment en s’écriant en 1975 : " Le divorce entre foi et culture est un des drames de notre temps. " Alors qu’avant, l’Église était la culture, elle est maintenant dans l’obligation de fournir un effort constant pour " connaître, comprendre et apprécier autant que faire se peut la culture contemporaine " (Théo, p. 835). Ce qui auparavant était pris pour acquis est devenu pour l’Église un but à atteindre et qui demande un effort constant : elle doit répandre la Bonne Nouvelle par des moyens de communication démocratiques dans une société sécularisée qui voit souvent l’Église comme un agent de conservatisme, voire d’obscurantisme.

Le document " Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle au Québec ", de l’Assemblée des évêques du Québec, cerne très bien ce phénomène dans le passage intitulé " une culture médiatique ou de la communication ". On y dit entre autres, en page 16 : "Au 15e siècle, l’invention de l’imprimerie constitua une révolution. Le texte biblique pouvait circuler et faire l’objet d’une lecture individuelle. L’accessibilité aux textes s’en trouvait démultipliée et son contrôle échappait désormais aux élites traditionnelles. Nous sommes aujourd’hui en présence d’une révolution du même ordre. Les nouvelles technologies de l’information changent de manière radicale le rapport au savoir. Le changement des formes et des moyens de communication constitue probablement un des éléments qui conditionnent le plus l’environnement culturel dans lequel évoluent actuellement les Québécois et les Québécoises. "

Dans ce contexte, faisons le lien avec ce que je vous disais au début de cette communication : si la démocratisation des moyens de communication fait en sorte que nos communications peuvent rejoindre plus de monde, pourquoi alors voyons-nous nos publics diminuer, nos lectorats fondre, nos interventions dans les médias occultées ? Une des explications possibles réside peut-être dans le fait que nous oublions souvent que si l’Église a évolué et ses concepts aussi, la perception qu’en ont les gens qui l’ont désertée, elle, n’a pas évolué. Il faut donc faire un gros effort au niveau du langage que nous utilisons et des idées que nous véhiculons. Il ne faut jamais oublier que si nous tentons de rejoindre le public le plus nombreux possible, il y aura forcément parmi ce public des gens déconnectés qui ont besoin d’actualisation, ou des gens réfractaires à tout message provenant de l’Église. À public large, communications simples.

XXXX

" Rejoindre le public ". Voilà tout un contrat ! " Utiliser les mass-médias ". Voilà d’excellents principes de base, acceptés de tous, mis de l’avant par des papes capables de " lire les signes des temps "… Dans la pratique, dans la vie de tous les jours des communicateurs sociaux, comment ça se passe ?

C’est ici que le tableau se corse. Car au-delà des grands principes de base, style "il faut communiquer ", " il faut se servir des mass-médias ", nous devons examiner concrètement les possibilités qui s’offrent aux communicateurs sociaux. Je parlerai ici de la pratique au Québec, telle que je la connais. Comme le temps alloué est limité, j’aborderai la question par le biais d’une discipline spécifique, celle du journalisme.

On entend souvent des gens d’Église ou des laïcs engagés en Église se plaindre du mauvais parti que font les grands journaux à l’Église et à ses membres. On entend souvent des critiques comme " les journaux ne veulent que des scandales ", " tout ce qui les intéresse, c’est le négatif ", " s’il fallait que les médias apprennent cà ! ". Un instant. Avant d’émettre ces remarques simplistes, demandons-nous ce que nous aimerions voir imprimé. Serait-ce des articles sur des notions théologiques ? des reportages sur les enseignements du pape ? des portraits bienveillants sur le travail des missionnaires en terre étrangère ? Pensons-nous sérieusement trouver ce genre d’écrits dans les journaux grand public ?

Les journaux existent pour répondre à des besoins précis. Ils utilisent des barèmes aussi très précis pour choisir ce qu’ils diront au public. C’est bien connu, les journalistes ne nous disent pas quoi penser, mais ils nous disent à quoi penser.

Comment une nouvelle en vient-elle à exister ? Il faut d’abord qu’elle possède une qualité essentielle : elle doit être capable d’intéresser le public auquel elle s’adresse. Plusieurs facteurs peuvent aussi influencer le sort d’une nouvelle. Je trouve donc important ici de faire un bref détour et de parler de la façon dont les journalistes sélectionnent et hiérarchisent l’information. Cela permettra de comprendre certaines choses et de désamorcer bien des frustrations vécues par des gens d’Église et des communicateurs sociaux inquiets du peu d’ouverture des médias, et de la société qu’ils représentent, envers eux.

Pour repérer ce qui vaut la peine d’être dit, il faut s’arrêter à ce qui semble capable d’intéresser le public auquel on s’adresse. La masse d’information arrivant quotidiennement dans un journal étant phénoménale, il faut accepter un fait : il est impossible de ne pas choisir. Un journaliste qui veut tout dire ne rend pas service à son public lecteur car il le submerge de détails et le noie dans des informations non triées. Il lui faut donc faire des choix, en fonction des ressources dont il dispose, de l’importance sociale des acteurs de la nouvelle, de la politique d’information de son média, etc. Le journaliste sera donc toujours sélectif et incomplet, car il y aura toujours plus d’information que d’espace. C’est une réalité qu’il lui faut accepter. De plus, le lecteur ne veut pas nécessairement tout savoir : il est lui-même sélectif. Enfin, si le journaliste ne parvient pas à faire des choix, il deviendra une courroie de transmission de ses sources, sans exercer son sens critique. Cela pourrait devenir dangereux. Le journaliste ne doit jamais oublier qu’il est au service du public et non de ses sources.

 

Premier critère : la nouveauté.

Ce critère est essentiel à la pratique du métier de journaliste. La nouvelle, c’est le nouveau, l’inédit, le non révélé. Le public veut savoir ce qui se passait hier, à la rigueur, aujourd’hui, de préférence, à l’instant si possible (ce créneau est d’ailleurs bien couvert par les médias électroniques). Voilà pourquoi le scoop devient un titre de gloire pour le journaliste et son média. C’est une réussite professionnelle. Le nouveau doit toujours avoir priorité sur le reste, qui doit, lui, servir à apporter un éclairage différent sur une nouvelle et ainsi l’actualiser. L’imprévisible aura toujours la cote : un chien qui mord un homme ne fait pas la nouvelle, mais un homme qui mord un chien, lui, la fait !

On peut également faire de l’actuel avec du non-daté. Comment ? En se servant d’une information " pointue " (i. e. très actuelle) pour y arrimer des grands reportages, des articles de fond ou très élaborés qui, eux, parlent de situations durables. On vit en ce moment une situation de ce type : les attentats de Ben Laden le musulman ont donné lieu à de multiples reportages sur l’Islam, la politique au Cachemire, les tensions au Moyen-Orient, etc. Or il s’agit invariablement de phénomènes très étendus dans le temps qui présentent tous un intérêt certain, mais qui, s’ils ne sont pas arrimés à une nouvelle actuelle, ne trouveront pas de place dans les médias. Ces nouvelles sont alors appelées des " poignées " ou " patères " auxquelles on accroche des articles de fond. Les sources qui veulent faire parler d’elles et fournir aux médias des textes de fond doivent donc organiser un événement pointu (conférence de presse sur un sujet actuel, manifestation) pour avoir la chance de voir leur discours de fond diffusé.

En résumé : l’actualité, l’imprévisibilité, l’originalité rendent une information digne d’être diffusée.

Deuxième critère : l’intérêt

Le degré d’engagement du lecteur par rapport à une nouvelle la rend plus ou moins pertinente. Plus une nouvelle risque d’intéresser le lecteur, plus elle est haute dans la hiérarchie des informations. Si une nouvelle affecte la vie des gens qui la lisent, elle devient prioritaire. Une information est plus significative si elle a lieu à proximité du lecteur. D’autre part, une nouvelle est plus intéressante si elle parle de ce que les gens font plutôt que de ce que qu’ils disent (sauf si parler équivaut à prendre position, donc faire un choix). Enfin, une nouvelle présente de l’intérêt si elle est intelligible. Le journaliste a donc à jouer un rôle de vulgarisateur à jouer, rôle qu’il doit remplir en gardant ses distances vis-à-vis ses sources.

On le voit, la sélection des nouvelles correspond à un modèle darwinien.

La sélection naturelle impitoyable exercée par le journaliste sur les nouvelles examinées ne laisse filtrer que les informations les plus susceptibles d’intéresser les lecteurs et de répondre aux politiques éditoriales des médias qui les émettent Les sources répondent aux mêmes critères et doivent se montrer fortes et capables de surmonter des obstacles si elles veulent être publiées.

Le milieu journalistique est un milieu où la concurrence est très forte, que l’on parle des journalistes entre eux, des médias entre eux, des sources qui veulent capter l’attention de ceux qui ont le pouvoir de les rendre visibles, i.e. les journalistes, ou que l’on parle des nouvelles elles-mêmes, qui mettent en scène des gens et des faits plus ou moins intéressants selon le point de vue et le public adopté… La compétition est féroce : il y a plus d’information que d’espace pour les publier, seules les informations les plus fortes (lire les plus intéressantes journalistiquement parlant) survivront.

Pour nous communicateurs sociaux, donc porteurs d’un héritage chrétien, comment est-il possible de vivre une telle concurrence ?

Un univers aussi fortement compétitif que celui d’une salle de nouvelles peut paraître bien incompatible avec notre héritage chrétien : il me semble que le message de la Bonne Nouvelle essaie de contrer cette compétitivité extrême qui caractérise une salle des nouvelles. Jésus a voulu donner place aux faibles, aux petits, aux démunis, aux souffrants, il nous a montré le chemin de la tolérance, de l’ouverture, il a stigmatisé la propension sociale à juger trop vite… Et nous revoilà face à un univers où seule la nouvelle la plus pointue, la plus actuelle. On comprend mieux maintenant pourquoi les journaux, lorsqu’ils parlent de l’Église, abordent le sujet via le scandale, les ventes d’église, des événements ponctuels rarement rattachés à des articles de fond… C’est irritant pour les communicateurs en Église, mais pour les journalistes, c’est naturel. Le paradoxe se situe au niveau de l’utilisation d’un moyen peu chrétien (les médias écrits grand public) pour tenter de donner de la visibilité à l’Église-institution qui, elle, prône la charité, l’ouverture aux autres et l’Amour universel.

Tout cela peut devenir déstabilisant.

Les communicateurs en Église devront s’habituer à jouer du coude pour obtenir de l’espace rédactionnel et faire en sorte que les journaux parlent d’eux. Seuls des événements précis, "pointus", retiendront l’attention. Dura lex, sed lex.

Les journaux grands médias ne pourront donc jamais représenter qu’une très faible partie des moyens de communication à envisager pour l’Église. Ces médias sont en fait un miroir des priorités sociales. Si un jour l’Église redevient un acteur social prioritaire (grande notoriété), on peut être assuré que les journalistes lui offriront une grande visibilité. En attendant, il faudra organiser bien des événements pointus avant d’obtenir des articles de fond et des grands reportages sur l’Église…

Une fois qu’on a admis que les journaux ne conviennent peut-être pas complètement aux messages et aux discours que nous devons faire passer, et après avoir constaté que les communications actuelles ne rejoignent que la portion du public capable de nous comprendre, comment devons-nous canaliser nos efforts ?

La pratique à Joliette, mais je suis convaincue que ce que je vais dire s’applique de façon universelle, ma pratique à Joliette donc m’a indiqué un chemin innovateur dans lequel je crois beaucoup. Ce chemin passe par le désir qu’expriment les gens de faire communauté. Les mots " communauté chrétienne " revêtent de plus en plus un caractère prophétique. La désaffection des structures traditionnelles, tant de la part des fidèles qui ne fréquentent plus les lieux de culte que de la part de l’Église elle-même qui ferme des paroisses ou les regroupe, cette désaffection désarçonne les gens. Il existe en réaction un désir très fortement exprimé de voir les structures abandonnées être remplacées par d’autres moyens de se rassembler, d’autres moyens de faire communauté.

Faire communauté signifie, dans le concret, reconstruire une manière d’être ensemble, de se regrouper par affinité. L’affinité ici est spirituelle. Les gens ont besoin de vivre leur foi avec d’autres croyants. L’individualisme en vogue actuellement dans notre société porte en lui les germes de sa propre destruction : l’humain et un être social, vivre les éléments fondamentaux de sa vie de façon isolée ne lui convient pas.

Dans ce contexte, des communicateurs sociaux efficaces doivent servir ce besoin des gens. À Joliette, cela passe par un outil de plus en plus apprécié, qui s’appelle l’Info-Évêché. L’Info-Évêché, à l’origine, tenait en une seule feuille, envoyée dans chaque paroisse du diocèse par la poste ou par télécopieur. On passait sur cette feuille des informations urgentes qui ne pouvaient attendre la parution de la revue diocésaine, publiée huit fois par année. Ces informations revêtaient un caractère très concret à l’usage du personnel paroissial en paroisse.

Ce service permettait de diffuser rapidement des infos, que les paroisses pouvaient ensuite imprimer dans leur feuillet paroissial au besoin. Petit à petit, cependant, l’Info-Évêché est devenu plus long, plus populaire et plus lu ! Le nombre d’abonnés a augmenté de façon spectaculaire (il est bien évident que le courriel nous est dans tout cela d’un précieux secours pour l’expédition du bulletin). Plusieurs paroisses l’affichent maintenant à l’arrière de l’église, le rendant ainsi accessible à la communauté qui la fréquente. Beaucoup d’individus, et non plus seulement des paroisses, le reçoivent.

La nature des informations publiées a également beaucoup évolué. Auparavant plutôt techniques et centrées sur les paroisses elles-mêmes, les rubriques couvrent maintenant un très large éventail de sujets : des concerts, levées de fond, groupes communautaires, articles courts sur des sujets précis, comme par exemple la Semaine de la justice réparatrice, des conférences, des cours, alouette ! Je constate que les gens ont le goût de faire connaître leur existence de groupe, leurs activités, leurs communautés. Le besoin de partager est patent. Un instrument simple, efficace et pas cher comme l’Info-Évêché peut servir ce goût de faire communauté.

Il faut donc être inventif, renouveler les façons de communiquer. Parce que communiquer, ce n’est pas seulement répandre des informations, c’est aussi faciliter les relations humaines. En cela, la mission des communicateurs en Église est fondamentale et réellement évangélique : répandre la Bonne Nouvelle et aider les fidèles à former des communautés de foi vivantes.

Pour cela, demeurons clairs, vulgarisons si nécessaire, ne nous décourageons jamais et tentons d’inventer des moyens de communiquer qui aident le Peuple de Dieu à cheminer vers l’accomplissement du Royaume de Dieu.

Merci !