Conférence de Denis Gagnon o.p.

Professeur de liturgie et responsable du certificat en pastorale liturgique . Institut de pastorale des dominicains.

 

L’INTERNET, DES ENJEUX POUR LA PASTORALE

En commençant, je me dois de vous dire où je me situe dans le paysage de l’Internet. Je me considère un internaute moyen. Je me trouve à mi-chemin entre celui qui fuit tout ce qui s’appelle informatique et le gourmand qui bouffe de l’Internet du matin jusqu’au soir. Un internaute moyen ! Je lis mon courrier chaque matin et j’y réponds immédiatement la plupart du temps. Je jette un coup d’oeil sur les pages WEB de certains journaux. De temps à autre, je visite deux ou trois sites, par curiosité beaucoup plus que pour l’utilité. Je publie sur deux sites différents deux des trois billets que je livre chaque semaine à mon émission de radio. Depuis quelque temps, je fais de la recherche à l’aide de Google en vue des cours que je donne à l’Institut de pastorale, des cours de liturgie. Car j’ajoute quelques adresses de sites à la bibliographie que je transmets aux étudiants. D’ailleurs, je devrai trouver un autre mot que "bibliographie" pour nommer la liste des documents que je suggère de consulter. Ma pratique de l’Internet s’arrête là pour l’instant. Je sais cependant que je vais faire d’autres découvertes et trouver de nouvelles utilités à Internet. Vous savez mieux maintenant à qui vous avez affaire et dans quelle mesure vous pouvez accorder du crédit aux propos que je vais tenir.

L’Internet est là. Il s’est faufilé un peu partout, y compris dans les chaumières les moins "électronisées". De plus en plus de gens travaillent ou s’amusent avec ce moyen de communication. Une présence qui s’installe progressivement et qui compte demeurer. Une présence qui crée des enjeux particuliers pour la pastorale et la vie des Églises. Ces enjeux, ne les voyons pas comme des obstacles ou des problèmes. Ils sont plutôt des défis à relever, des défis qui vont enrichir nos pratiques pastorales.

Un premier enjeu:

proposer Jésus Christ dans une culture du zapping

Dans la vie de tous les jours, nous sommes entourés d’un grand nombre d’objets qui nous facilitent l’existence: des outils, des ustensiles, des appareils. Ils nous permettent de réaliser des actions de toute sorte, parfois même des opérations très compliquées. Parmi ces objets, il en est un que nous trouvons fort utile: la commande à distance. Nous pouvons rester assis bien confortablement dans un fauteuil et choisir l’émission de télévision qui nous plaît sans avoir à nous rendre à l’appareil. Pendant la publicité, nous nous promenons d’un canal à l’autre en faisant du "zapping" ou, en français québécois, du "zappage". Une émission nous ennuie, nous zappons. Nous voulons voir ce qui se passe à un autre canal, nous zappons. La commande à distance nous est donc très utile malgré qu’elle nous rende paresseux, malgré qu’elle nous prive d’un petit exercice physique.

Notre "zappage" ne se limite pas à nos séances de télévision. Il symbolise l’ensemble de notre vie. Il en est comme une parabole. Dans le quotidien, nous nous retrouvons dans différentes situations. À chaque fois ou presque, nous pouvons faire des choix. L’univers se présente à nous comme un immense centre d’achats qui étale ses produits.

La télévision, la radio, le journal, mais davantage encore l’Internet élargissent les possibilités d’entrer en contact avec d’autres réalités. Tous les pays du monde défilent devant nous avec leurs cultures, leurs mentalités, leurs moeurs et leurs habitudes. C’est l’occasion de comparer, de confronter et de relativiser nos valeurs personnelles.

Devant tout ce que nous propose l’univers, nous choisissons. Le tri pourrait se faire selon des critères objectifs, rationnels. Dans une société homogène, les valeurs sont vécues selon une hiérarchie assumée par tous les membres de la société. Mais dans un monde pluraliste comme le nôtre, à travers les découvertes que nous faisons grâce aux médias, chacun se construit son échelle de valeurs. La plupart du temps, l’intérêt est le critère de nos choix. J’aime ou je n’aime pas. Cela me passionne ou me laisse indifférent. J’en ai besoin ou non. Nous choisissons à partir de nous-mêmes et de nos besoins personnels. La plupart du temps, nous établissons nos choix de façon subjective. C’est devenu une caractéristique majeure de la culture actuelle, de la culture médiatique.

D’où un premier enjeu pour la pastorale: comment proposer Jésus Christ dans une culture de "zapping", dans une culture où les choix sont établis à partir de soi et de ses besoins personnels? Notre foi n’est pas une construction de notre esprit pour répondre à des besoins spécifiques. Nous croyons que Dieu existe réellement et qu’il s’est révélé à nous. Il a sa propre identité. Comment proposer quelqu’un qui doit être reçu pour lui-même? Comment proposer une profession de foi unique pour tous les disciples de Jésus Christ?

Une étudiante de l’Université de Montréal me disait:"Moi, mon Dieu, c’est Marie. Elle représente pour moi la déesse Terre. Quand je suis mal prise, je me confie à elle." Que répondre à cette jeune? Et comment lui parler du Christ et de son Évangile sans défigurer le Seigneur et son message, tout en essayant de correspondre à la quête de sens de cette étudiante?

Au restaurant des religions, on ne choisit pas le menu du jour, on fait son menu à la carte. Quand je fais l’homélie au rassemblement dominical, suis-je conscient que le christianisme dont je parle est une religion parmi d’autres dans l’esprit de mon auditoire? Et cela pas seulement quand je prêche dans le milieu cosmopolite de l’Université de Montréal. À cause de la télévision, à cause de l’Internet, la situation est la même dans un petit village homogène de la Côte-Nord et dans le quartier multi-ethnique de Côte-des-Neiges à Montréal.

Pouvons-nous encore présenter la théologie comme un ensemble de vérités, définies par une autorité, des vérités à croire pour être fidèle à son baptême? Notre discours peut-il encore proclamer, affirmer, chercher à convaincre? Les autorités de l’Église nous livrent leurs messages sur le ton de l’affirmation forte. Leurs documents nous servent de référence et de consultation. Cependant, nous risquons de nous tromper si nous les prenons comme des modèles de communication dans la culture actuelle. Ne faut-il pas plutôt prendre le langage de la proposition pour parler à nos contemporains? Chercher avec ceux et celles qui cherchent? De nos jours, le disciple suivra le maître si celui-ci est un témoin. Un jour, à des intellectuels, Paul VI avait dit quelque chose comme ceci: "Nos contemporains écoutent plus volontiers les témoins que les savants. Et s’ils écoutent les savants, c’est parce qu’ils sont des témoins."

Deuxième enjeu:

proposer Jésus Christ dans une culture du symbolique

Dans la plupart des librairies, il existe une section spéciale pour les biographies. C’est habituellement une section bien fournie. Selon les libraires, la biographie se vend bien. Les périodiques qui racontent la vie des vedettes et des grands personnages ont de fidèles abonnés. Les téléromans sont populaires.

Tout ce qu’il faut pour nourrir notre imaginaire, nous faire rêver, nous transporter hors de la réalité quotidienne. Mais il y a bien plus dans ce phénomène. Au récit, au roman, à l’anecdote, nous demandons plus qu’un simple délassement. Chacun cherche son identité; chacun veut se connaître: renouer avec son passé pour mieux en saisir le sens; visualiser l’avenir pour en apprivoiser le mystère. Les psychologues l’ont compris puisqu’ils demandent à leurs patients de raconter ce qu’ils vivent. Nous avons besoin de nous raconter pour briser la coquille de notre mystère personnel. Et nous utilisons les récits des autres comme une sorte de miroir de notre propre récit. Certains faits de leur existence deviennent des paraboles qui évoquent le sens de notre propre vie. Paul Ricoeur dirait que "ça donne à penser". Ces récits ouvrent sur des horizons de sens.

L’Internet est avant tout un recueil de récits. Les individus se racontent. Les institutions se présentent comme un reportage sur la vie et les événements qui en font leur histoire. Le discours dogmatique est rare. Les traités sont pratiquement absents de l’univers Internet. Au contraire, tout se présente dans un contexte de temporalité. L’événementiel prime sur tout le reste.

Aussi les sites se présentent-ils souvent comme des récits. Avec toutes les caractéristiques du récit. Le récit ne fonctionne pas comme la synthèse. Il ne définit pas, il suggère. Il n’encadre pas, il ouvre des portes et des fenêtres. Il ne synthétise pas, il fait plutôt éclater les frontières. C’est tout un monde d’images plutôt qu’un dictionnaire de définitions. Le récit agit sur nous à la manière du symbole. Il est la partie qui renvoie au tout. Il fait le pont entre mon petit univers immédiat et un monde inaccessible sans intermédiaire. Étymologiquement, faire symbole, c’est mettre ensemble ce qui, à première vue, ne se trouve pas ensemble. Ici, nous sommes bien loin du traité systématique qui analyse dans un langage scientifique, avec précision, mesure, preuve. Le récit parle le langage de la poésie.

L’Internet appartient à cet univers symbolique. Il met ensemble. Par l’Internet, j’entre en contact avec d’autres univers et, par conséquent, avec d’autres récits. On dit parfois que l’Internet est une gigantesque encyclopédie; il regorge de connaissances. Sans doute, mais il ne se contente pas de communiquer des savoirs. Il révèle des personnes. Il met en contact avec des personnes. C’est le site d’un grand personnage, d’un auteur d’envergure ou tout simplement d’un individu anonyme. C’est le site d’un organisme qui se fait connaître ou d’une institution qui propose ses services. Je reçois les sites comme on écoute un récit. Les sites, sans nécessairement se présenter à moi comme des récits, m’interpellent, reflètent des situations qui rejoignent mes besoins, mes intérêts, mes recherches personnelles. J’accueille ou demeure indifférent. Ma curiosité s’éveille ou m’appelle ailleurs. Parfois, c’est l’occasion de construire un nouveau chapitre de mon récit personnel. Ou l’occasion de préciser un chapitre déjà écrit. Lentement, jour après jour, au rythme de ma pratique de l’Internet en lien avec d’autres façons d’entrer en contact avec l’univers, mon récit se développe, se précise, s’enrichit.

Cette façon de faire va bien dans la culture actuelle, que j’ai appelé la culture du zapping. Nous avons vu que nous ne sommes pas très enclins à accueillir les synthèses et les traités tout construits. Sur Internet, la chose est impossible. Les communications vont dans tous les sens. Elles n’ont pas toutes la même valeur. Nous ne pouvons pas les aborder de façon systématique. Nous puisons dans tout cela à partir de nous-mêmes. Nous remarquons un aspect ou l’autre d’un récit, d’un site, et nous le laissons nous initier lentement à des réalités nouvelles, à des précisions sur des aspects déjà connus.

Dans ces perspectives, la culture qui se dégage de l’Internet comme d’autres médias nous interpelle dans notre action pastorale. Notre pastorale actuelle permet-elle de se raconter? Y a-t-il de la place dans notre vie communautaire pour se dire? Dans les Actes des apôtres (4, 23-31), Pierre et Jean viennent d’être relâchés après avoir subi un procès devant le sanhédrin. Le récit dit ceci: "Une fois relâchés, Pierre et Jean rejoignirent leurs compagnons et leur racontèrent tout ce que les grands prêtres et les anciens leur avaient dit. On les écouta; puis tous, unanimes, s’adressèrent à Dieu..." (4, 23-24) Suit la description de la célébration liturgique. Pierre et Jean ont pu se raconter, faire le récit de ce qu’ils venaient de vivre. Leur récit a permis aux autres de devenir solidaires de leurs amis. La liturgie a servi d’interprétation de ce qui s’est passé et de relance. Dieu a été mis dans le coup.

Quelle place y a-t-il pour le récit dans nos pratiques pastorales, dans nos liturgies? Souvent, nous célébrons dans une sorte d’intemporalité. Telle eucharistie pourrait être reprise de façon identique un an ou deux plus tard. Telle homélie ferait aussi bien en temps de guerre ou durant les vacances d’été. Le sacrement de pénitence est peut-être celui des sacrements où le récit a de l’importance (aveu et dialogue avec le prêtre). Or, nous supplions nos évêques de nous permettre l’absolution collective, une formule où justement il n’y a plus de place pour le récit.

L’homélie est un lieu possible pour raconter. Pas seulement ni surtout des anecdotes pour accrocher l’auditoire. Mais un véritable lieu où le témoignage est premier. L’homéliste n’a pas à enseigner à la manière du professeur. À la rigueur, il pourrait dire n’importe quoi, du moment qu’il est relié à Dieu, du moment qu’il prêche en présence de Dieu, du moment qu’il conduit son assemblée à la rencontre personnelle du Seigneur dans la prière. Le reste est second, et peut-être secondaire (même si les homélies sans contenu nous déçoivent!). Que le discours soit ouvert, autrement dit: qu’il évoque en donnant à penser. Que le discours soit de l’ordre de l’initiation plutôt que de la communication magistrale: permettre une expérience spirituelle plutôt que de transmettre des connaissances, éveiller plutôt que d’imposer.

La culture de l’Internet nous interpelle également dans notre traitement du symbole. Dans quelle mesure nos projets pastoraux favorisent-ils l’action symbolique? Depuis toujours, la liturgie fait usage du symbole; elle est tout entière action symbolique. Parmi les facteurs qui ont amené la baisse de la pratique religieuse, on mentionne souvent le supposé écart entre la culture actuelle et la symbolique. On parle souvent de symboles déconnectés qu’il faudrait ou faire disparaître ou expliquer. On voudrait des définitions des différents symboles de la liturgie. Gauchement, nous disons à travers ces réactions que nous ne savons pas faire fonctionner le symbole. Nous interprétons le symbole au premier niveau. Quelque chose qui ressemble à l’interprétation fondamentaliste de la Bible. Notre défi actuellement: réapprendre à faire symbole, faire confiance au geste autant que nous faisons confiance à la parole, accepter de nous abandonner au jeu liturgique.

Donc, investir dans la liturgie même si nos églises sont désertées à l’heure des célébrations. Investir dans l’aménagement: créer un lieu qui évoque plutôt que de se contenter de célébrer parmi un bric-à-brac. Investir dans l’atmosphère des célébrations: la lumière, le son, la musique, la couleur. Investir dans le rythme et la gestuelle. Faire beau, faire vrai, faire poétique. Comme les beaux sites Internet nous rejoignent, la liturgie doit s’habiller de manière à nous séduire.

Troisième enjeu:

proposer Jésus Christ dans l’univers d’Internet

L’avènement de l’Internet questionne nos pratiques pastorales. Les deux premiers enjeux nous invitent à tenir compte de la culture qui se dégage de l’Internet, en tenir compte dans l’ensemble de notre pastorale. Mais notre engagement ne s’arrête pas là. Nous devons aussi investir sur Internet même. L’Évangile doit être proposé sur Internet, cette nouvelle place publique.

Après la résurrection de Jésus, un ange confie aux femmes venues au tombeau un message pour les disciples: "Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez." (Matthieu 28, 7) Internet fait partie de la Galilée d’aujourd’hui, la "Galilée des nations", pour reprendre l’expression biblique. Le ressuscité nous attend sur Internet sous les mille visages qui se présentent à nous. Et surtout sous le visage de la pauvreté et de la solitude. Un exemple pris sur le site www.spiritualite2000.com, la prière d’un internaute: "Seigneur, je te rends grâce pour cette journée, pour ce site aussi, où je peux te déposer les fardeaux qui me sont confiés, Claudine, ses enfants, sa santé... Geneviève et la santé de son mari... Thérèse, et nos difficultés, tous ceux que j’aime et dont tu connais les noms, et tous ceux qui prient pour nous et pour le monde... Mon Seigneur et Mon Dieu, transforme nos larmes versées... en gouttes d’or transformées par ton Amour..."

L’Église a sa place sur Internet. Bien plus, elle doit être là. Beaucoup d’internautes connaissent le site du Port-Saint-Nicolas. Son webmestre, le père Philippe Louveau, fait l’objet d’un reportage dans la dernière livraison de la revue Prier. Il résume bien l’importance d’être présent sur Internet: "Un: tout support est bon pour annoncer Jésus-Christ. Deux: difficile de prétendre aimer Jésus si l’on n’aime pas les hommes de ce temps, si l’on ne se penche pas sur ce qui les intéresse. Internet est l’une de ces passions. Trois: oser proposer la foi et entrer en débat. Quatre: le besoin religieux de nos contemporains éclate sur le réseau Internet. Il ne faut pas y abandonner cette sphère aux seules sectes. Cinq: Internet est une bonne chance pour les baptisés de découvrir la catholicité de leur Église en accédant à des trésors culturels et spirituels jusque-là ignorés d’eux et en se découvrant des frères dans le monde."

Sur le site www.spiritualite2000.com, nous offrons un service d’accompagnement spirituel. Trois Dominicains accueillent les personnes qui veulent se confier, trouver réponse à leurs questions. C’est une section importante du site. Les demandes vont dans toutes les directions, depuis le mystique aux expériences poussées jusqu’au curieux qui cherche la date de naissance d’un saint. Le livre d’or reçoit beaucoup de confidences. Le partage d’intentions de prière est très populaire. Autant d’indices d’un besoin de communication. Plusieurs internautes se sentent confortables derrière l’anonymat d’Internet, mais ils tiennent à créer des liens, à partager un peu d’eux-mêmes. Certains trouvent enfin un lieu où confier leur souffrance. Le père Louveau le reconnaît: "Nous recevons beaucoup de messages de gens isolés qui dépriment. J’essaie de leur redonner des raisons d’espérer, dans la mesure de ma disponibilité, car je n’ai hélas pas encore de décharge pastorale pour m’occuper de Port Saint-Nicolas. [...] Être chrétien implique de lutter contre toutes les solitudes. Sur le web aussi. "

Nous vivons en société, en réseau. D’autres sont tissés avec nous sur la même toile. Nous sommes responsables les uns des autres à divers degrés. L’Internet peut créer des ponts, ouvrir des routes, rapprocher, favoriser des collaborations. Je suis étonné, parfois surpris, des commentaires que je reçois à propos de l’un ou l’autre billet que je publie chaque semaine. Ainsi, à la fin de mai de l’an dernier, une animatrice de pastorale d’une école primaire dans la région de Portneuf me remercie pour les billets hebdomadaires. Elle m’apprend que les professeurs en prennent connaissance et en discutent chaque semaine. Un évêque d’une autre région me lit chaque semaine et m’avoue s’inspirer de mes sujets pour ses propres billets dans un journal local. Une militante féministe m’écrit qu’elle a recueilli, dans les archives du site des Dominicains du Canada (www.dominicains.ca), tout ce que j’ai dit sur la condition féminine pour le verser à un dossier de travail. Un Québécois, au cours d’un séjour d’enseignement en Chine, s’est relié à son pays d’origine en lisant mon billet et en le commentant à l’occasion.

Sur le site www.spiritualite2000.com, les commentaires des lectures bibliques de la liturgie dominicale sont plus recherchés que tout le reste. Et je sais pertinemment que plusieurs homélistes consultent le site des évêques de France où se trouvent d’excellents commentaires. Internet prolonge les revues liturgiques, complète, développe. Mais son plus grand service, c’est d’ouvrir des horizons, d’élargir l’espace, de situer le Christ et son Évangile dans un univers pluraliste. Le croisement des religions et des croyances, loin de noyer le christianisme, en fait ressortir toutes les harmoniques. Le dialogue avec les autres confessions religieuses, c’est l’avenir de l’expérience spirituelle. Non pas que toutes les religions vont se fondre dans le syncrétisme. Mais plutôt que chacune va affiner son identité, s’enrichir au contact des autres.

Quatrième enjeu:

proposer Jésus-Christ dans le mouvement de mondialisation

Ces perspectives nous conduisent à un quatrième enjeu pour notre pastorale et pour l’avenir de la foi chrétienne. L’Église doit entrer résolument dans le mouvement de mondialisation. Nous parlons beaucoup de mondialisation, de globalisation. Le Forum économique mondial qui vient de se dérouler à Davos en Suisse et le Forum social mondial de Porto Alegre au Brésil ont attiré notre attention ces jours-ci. Nous serons de plus en plus sensibles à ces questions dans les semaines à venir puisque Québec sera l’hôte du Sommet des Amériques en avril prochain.

Nous devons faire l’effort de comprendre ce que signifie la globalisation. La mondialisation n’est pas un phénomène récent. On peut dire qu’elle est commencée avec les premiers êtres vivants qui ont pu se déplacer à deux ou à quatre pattes. Changer de lieu, c’est s’offrir l’occasion de s’ouvrir, de s’enraciner, de partager, d’entrer en communion. Ces dernières années, avec le développement des technologies de communication, le mouvement s’est accéléré. Nous avons l’impression d’avoir transformé la planète en un immense village, pour reprendre l’image de Marshall McLuan. Nous devons nous intéresser à la question de la mondialisation pour comprendre tous les enjeux de ce mouvement. L’économie a pris le leadership de cette grande entreprise avec tous les risques de dérapages possibles. Il est bon que des groupes humanitaires réagissent et fassent entendre leur voix dans le concert trop unanime des gens d’affaires et des multinationales. Il faut se réjouir qu’un anti-sommet et un carnaval anti-capitaliste s’organisent à l’occasion du Sommet des Amériques. L’Église ne peut rester à l’écart de tout ce mouvement. Le Christ a proposé un Évangile pour le salut du monde. Son Église ne serait pas fidèle à son Seigneur si elle restait à l’écart des grands chantiers sociaux. Nous ne serons pas jugés sur nos institutions internes, mais sur le rôle que nous aurons joué dans la transformation du monde. Nous devons participer au mouvement pour promouvoir une humanité juste, fraternelle, qui porte les traits esquissés par le Christ.

L’Internet peut être un lieu privilégié pour apporter notre contribution à ce mouvement. Avec d’autres, parmi d’autres, en partageant un même idéal comme en contestant une vision du monde qui ne correspond pas à nos valeurs.

Conclusion

Dans cet exposé j’ai suggéré quatre enjeux: proposer Jésus Christ dans une culture du zapping, dans une culture du symbolique, dans l’univers de l’Internet, dans le mouvement de mondialisation. Ce sont des défis assez vastes, mais il y en a d’autres. Et des défis tout aussi importants que ceux-là. L’atelier de cet après-midi nous permettra sans doute de développer ces quelques pistes et de nous engager sur d’autres sentiers.

Actuellement, le vieillissement des effectifs, le déclin de certaines institutions d’Église retiennent notre attention. Les réaménagements pastoraux tiennent les pasteurs en haleine. Cette situation nous préoccupe beaucoup. Elle mobilise beaucoup nos énergies. J’espère cependant que nous n’en restons pas là. J’espère que nous osons aller plus loin. Nous sommes porteurs d’une Bonne Nouvelle à proposer au-delà de nos problèmes de structures. Je souhaite que les défis que créent les technologies de communication, spécialement l’Internet, nous relancent et nous dynamisent. Ils sont pour nous une source de vitalité. Pourquoi Dieu ne nous interpellerait-il pas à travers ce phénomène?