Conférence au colloque Communications et Société du 21 février 2003
sur le thème:
Notre Église sur la place publique: problème dimage ou dimagination?
Quels sont nos atouts?
Invité-surprise
Interview de Dieu en ( trois ) personnes
par Guy Marchessault
Université Saint-Paul (Ottawa)
- Psitt ! Psitt !
- Quest-ce qui se passe, mon Dieu ?
- Oui, cest moi, justement.
- Seigneur Jésus, est-ce que je rêve ?
- Seigneur Jésus, cest moi encore.
- Hein ! vous dites que vous êtes Dieu en personne ?
- Dieu en trois personnes
- Oui, ça je le sais, cest bien assez compliqué
Pourquoi est-ce que vous êtes là ?
- Parce que, la foi chrétienne, ça mintéresse un peu des fois
Si jai bien compris, ils tont demandé de leur parler de limaginaire, de la foi et des médias; quest-ce que tu leur as dit au juste ?
- Je leur ai dit des choses évidentes : que limaginaire était plus puissant que lexpression notionnelle en certaines circonstances.
- En quelles circonstances ?
- Bien, le cur accroche mieux que la tête ; limaginaire se raconte mieux, il est souvent proche du témoignage ; limaginaire devient plus accessible à la culture populaire. Des perspectives du genre.
- Et tu emploies quelle approche pour les convaincre de ça : limaginaire ?
- Bien, non, ils mont demandé une conférence
- Ah, ah, ah ! Te voilà dans une belle contradiction : tu emploies la persuasion intellectuelle pour les convaincre que limaginaire est plus valable que la persuasion intellectuelle
Tu vois le dilemme ?
- Ah oui, je lavais bien vu. Une chance que vous êtes là, vous êtes pour moi comme un " deus ex machina ".
- " Deus ", jaime bien. " Ex machina ", japprécie pas mal moins. Au moins, les as-tu convaincus ?
- Quand je leur parle de cela, ils me répondent toujours quon ne peut pas être spécialisé dans tout à la fois : eux, ils se sentent plus à laise dans les relations publiques et linformation, par exemple quand ils préparent leurs évêques aux entrevues médiatiques.
- Leurs évêques, cest vrai quils en ont bien de besoin
. Je me demande quel genre dimaginaire ils projettent dans le public. As-tu parlé de moi aux gens de la salle ?
- Bien oui, un peu. Je leur ai dit que lun de vous trois, Jésus, était avant tout un conteur dhistoires.
- Ah ! ça, cest vrai.
- Je leur ai mentionné limportance de la narrativité, du " storytelling "
. Oh, Dieu, comprenez-vous langlais?
On ne sait jamais, de ce temps-ci, avec ce qui se passe sur la planète, vous pourriez avoir loreille un peu dure pour langlais
- Hé ! tu as oublié la Pentecôte. Par ma troisième personne, jai multiplié les langues et je les ai distribuées sur les têtes de tout le monde.
- Ah mon Dieu, je ny avais pas pensé, le multiculturalisme trinitaire
- Cest toujours mieux que la tour de Babel.
- Dieu, est-ce que jai été peut-être un peu dur avec les gens ici ? Je leur ai dit que nous manquions de créatifs, dinventifs dans notre Église, de gens qui repenseraient la foi en de nouvelles expressions symboliques. Quest-ce que vous en pensez, vous ?
- Explique-toi.
- Je leur ai mentionné que le langage de lémotion est souvent plus éveilleur de foi, dans un premier temps, que celui de la rationalité ou des approches notionnelles. Autrement dit, le cur joue souvent un rôle crucial avant que la tête nintervienne. Les gens dici sont sans doute daccord. Mais ils ne savent pas par où commencer.
- Ah ! les gens dÉglise.
- Ne soyez pas trop dur pour eux. Mais je reviens à lémotion. Êtes-vous daccord quil faille accorder plus dimportance quauparavant à lémotion, donc à lexpression poétique, à la créativité symbolique ?
- Je répondrai par la bande, comme je le fais souvent. Je suis un Dieu de la joie, un Dieu qui aime la danse et lexpression corporelle, qui aime la musique, qui apprécie les beaux espaces, la peinture, les vitraux, les formules littéraires bien frappées
Mais, par-dessus tout, je suis un Dieu qui aime voir les humains " vivants ", débordant de vie. Lesquels, daprès toi, chez les humains sont les gens les plus débordant de vie ?
- Tout le monde peut lêtre : une personne âgée qui ne se laisse pas vieillir, quelquun dans la force de lâge, les jeunes
- Voilà où je me fais voir le plus facilement. Je suis un Dieu de la joie et de la vie.
- Ah ! Vous venez de crucifier bien des curés de paroisses, il me semble
- La croix, cest essentiel aussi
même si ça me donne encore bien des frissons désagréables. La croix, oui, mais une croix glorieuse, qui ouvre à plus de vie, à plus de joie.
- Les médias, daprès vous, quest-ce quil faut en penser ? Ce nest pas tous les jours quon a la chance de faire une interview de Dieu en trois personnes et quon puisse lui demander ce quil pense de la communication et des médias.
- Écoute : jai passé mon temps à raconter des histoires. Par exemple, lhistoire du salut. Jaime me faire raconter des histoires. Mieux que ça : je suis déjà présent au cur de bien des histoires racontées dans les médias. Mais trop souvent les gens ne savent pas y déceler ma présence. Jaime me faire raconter des histoires de vie, avec des témoins vrais et aussi des témoins inventés par limagination humaine. Des témoins débordant de vie, ou cherchant désespérément à rejoindre la vie. Les médias peuvent beaucoup, pourvu quon nen devienne pas esclaves à travers le danger didolâtrie. Mais ça, cest une autre histoire
- Pour un Dieu joyeux, vous êtes pas mal sérieux.
- Ça veut dire quil est temps que je men aille ailleurs, avant de trop ressembler à certains pans de mon Église, qui manquent souvent dhumour.
- Avant que vous ne partiez, quelle dernière parole de votre part devrais-je transmettre aux personnes ici présentes?
- Dis-leur que lavenir est dans la jeunesse, la jeunesse physique et la jeunesse de cur. Promets-leur de ma part des surprises extraordinaires sils osent impliquer les jeunes dans de nouvelles façons de raconter la foi. Surtout, dis-leur que je mamuse en diable
excuse-moi, que je mamuse comme un petit fou quand les chrétiens et chrétiennes montrent de la créativité.
- Bien, je suis tout ému de vous avoir parlé ainsi live. Il va falloir maintenant laisser tomber les masques.
- Pas du tout. On a déjà dit avec raison que les humains ne sont jamais aussi transparents que lorsquils se cachent derrière un masque pour dire vraiment qui ils sont
- Cré bon Dieu, va ! Alors, dans ce cas-là, on va remettre le micro à quelquun de très trinitaire, puisquil parle trois langues, français, anglais et espagnol ; il vous remplacera un petit peu. Cest Pierre Bélanger, un jésuite. Dieu, est-ce que vous connaissez les Jésuites ?
-
(pas de réponse !)
Guy Marchessault
Février 2003