Intervention au colloque de l'OCS
au sujet du reportage
" L'Amour éternel "
de Geneviève Tremblay
sur Les Carmélites de Trois-Rivières

Pauline Vertefeuille, s.j.s.h.

21 février 2003


D'abord, je veux féliciter Geneviève Tremblay de nous avoir préparé un si beau reportage ! Son propos sonne juste par rapport à la réalité de la vie consacrée, non seulement dans le texte qui soutient l'image mais aussi dans l'échange avec Grégory Charles, à la fin de l'émission.

" In cauda venenum "… " dans la queue, le venin ", disait mon professeur Guy Marchessault, de l'Université Saint-Paul, pour nous signifier que les journalistes se servaient souvent de la fin d'un article pour lancer une petite flèche aux interlocuteurs.

Dans ce reportage, L'amour éternel, on pourrait davantage dire : " in cauda divinum. " " Dans la finale, le divin. " car Geneviève nous a livré un message porteur de divin. Juste à la fin de l'entrevue, elle y est allée d'un témoignage personnel: " Dans notre société, on oublie l'importance de la spiritualité, on peut courir après l'amour, l'argent, le succès mais il nous manque quelque chose. " Et Grégory d'ajouter: " Tu crois à ça ? " - Oui ! Oui ! de répondre Geneviève.

Son non-verbal était tellement explicite qu'on ne peut pas douter de la sincérité de sa réponse qui devient, en fait, une conviction ! Conviction qu'elle a marquée au coin de l'objectivité journalistique car elle se défend bien de prétendre être une recrue potentielle, pour le Monastère.


1er atout : Le partenariat.

Le reportage L'amour éternel, voilà, me semble-t-il, un bel exemple qui met en valeur un des atouts indispensables à notre mission de répandre la bonne nouvelle : le partenariat.

Le thème de notre colloque pose la question: " Notre Église sur la place publique, problème d'image ou d'imagination? Quels sont nos atouts? " Oui, comme Église, je crois que nous avons un problème d'image et des personnes plus compétentes que moi pourront en faire l'analyse. Quant à l'imagination, nous en avons à revendre mais souvent, nous n'avons ni le temps ni les budgets nécessaires pour mettre à exécution toutes nos belles inspirations.

Alors, il faut faire avec ce qu'on a !

Nous savons que nous devons compter sur la collaboration des médias de nos milieux pour passer la rampe et transmettre nos valeurs. Particulièrement en régions, nous avons des chances de coopération extraordinaires auxquelles il faut correspondre avec enthousiasme. Je dirais, avec la fierté de ce que nous sommes et la beauté du message que nous voulons transmettre, comme chrétiens !
 
Oserais-je avancer que nous sommes parfois frileux de témoigner de ce qui nous habite. Ces moniales carmélites ont relevé tout un défi en ouvrant la porte de leur vie privée à cette " étrangère ". Ça a été un risque calculé, comme le précise Geneviève, mais un risque quand même. Elles ont osé! Et voyez quels en sont les résultats. Nous avons pu découvrir :
• Des femmes inutiles… et indispensables, à la fois !
• Des femmes invisibles et tellement fécondes ! - comme le levain dans la pâte humaine.
• Des contemplatives, solitaires… mais ô combien solidaires !

Chez nous, à Saint-Hyacinthe, nous avons vécu une situation de partenariat, semblable à celle des Carmélites, dans le sens que les médias sont venus au-devant de nous pour nous demander d'être leurs partenaires.

Figurez-vous qu'à pareille date, l'année dernière, une journaliste de notre hebdo local, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, Denyse Bégin, demande à son rédacteur en chef, Monsieur Jean Vigneault, de faire un reportage sur chacune des cinq Congrégations religieuses de la ville, parce que, dit-elle, " je voudrais montrer que ces femmes apportent quelque chose à notre société. "
Ces reportages se sont échelonnés tout au long de l'année, du 15 avril 2002 au 12 février 2003.

Oui, à Saint-Hyacinthe, nous avons une bonne collaboration. Nous avons une bonne place dans la grille horaire de Cogéco Câble

1. la messe et la récitation du chapelet, tous les jours, en direct de la cathédrale,

2. une émission hebdomadaire, genre magazine, intitulée Signes d'évangile, sans compter les émissions réseaux Parole et vie et Une Église en amour.

3. et la diffusion des grands événements religieux locaux :
• la célébration pour la paix du dimanche 23 février 2003,
• la Marche du Vendredi saint, chaque année,
• l'ordination de Mgr Lapierre,
• la venue des reliques de Sainte Thérèse, et j'en passe…
• Une autre forme de partenariat que nous voulons instaurer, en ce 150e anniversaire de fondation de notre diocèse : remettre un prix à un média du diocèse qui s'est distingué dans la promotion des valeurs chrétiennes. Le Prix Monseigneur Prince sera remis le 1er avril 2003.

Comme institution, il faut miser sur un partenariat aller-retour, en ce sens que souvent c'est nous qui avons besoin des médias et d'autres fois, ce sont les médias qui ont besoin de nous.

Je sais que, dans les grands centres, comme Montréal, Québec, Ottawa, ce n'est pas aussi facile. Et les médias d'envergure, tant écrits qu'électroniques, aiment bien se mettre sous la dent quelque événement croustillant pour vendre leur produit.

Pouvons-nous alors nous orienter vers les journaux de quartier de ces grandes villes, qui sont là pour servir le milieu et qui, parfois, attendent des nouvelles de l'entourage, pour remplir leurs colonnes ? Pourquoi viser haut et loin, quand on peut faire simple et proche ? Peut-être que ces médias à petite échelle peuvent devenir une rampe de lancement pour un projet de plus grande envergure… Je serais curieuse de savoir quel événement déclencheur a bien pu inciter Geneviève à s'intéresser aux discrètes Carmélites de Trois-Rivières ?


2e atout : L'audace

Un deuxième atout pour nos chances d'avoir une place dans les médias, c'est l'audace. " Ces femmes retranchées derrière leurs barreaux ", comme le mentionne Grégory Charles, n'ont rien en commun avec notre société de consommation, centrée sur l'immédiateté et l'attitude extrême (en publicité, on parle de sport extrême, de "shows" d'une intensité extrême, il y a même du désodorisant extrême…)

Ces femmes vieillissantes ne font RIEN, sinon du ménage et des hosties. Leur activité principale est de se tenir devant Dieu et d'attendre qu'il leur parle. La belle affaire ! Et pourtant, elles ont eu l'audace de se montrer telles quelles, dans leur fragilité humaine et leur joie toute simple. Et cela a eu pour effet de conquérir le cœur de Geneviève: Écoutons-la…

" Leur humanité, leur pureté, leur beauté allaient me bouleverser.
" Cette expérience m'a plongée dans un grand moment de paix !
" Comment rester indifférente devant ces femmes qui m'ont confirmée qu'on n'a pas besoin de chercher loin pour accéder au vrai bonheur… et ce, peu importe où on se trouve!
" Ça ne peut pas faire autrement que de nous amener vers l'essentiel, parce qu'elles ont accès à un bonheur qui est non conditionnel aux événements extérieurs. "
" J'ai vécu ces cinq jours, connectée sur l'essentiel. "

Geneviève a eu de l'audace et les Carmélites aussi, de l'audace et de l'authenticité. L'authenticité ! Voilà qui est parlant pour nos contemporains !


3e atout: La confiance

Autrefois, dans notre société québécoise, il y avait trois lieux de médiation pour la transmission de la foi : la famille, l'école et l'Église. Et dans ces trois lieux, on transmettait à peu près le même message. Tout porte à croire que ce n'est plus le cas.

C'est pourquoi, nous cherchons à ouvrir une vitrine sur l'évangile, autrement que sur le perron de l'église. Et notre moyen privilégié, à nous, communicatrices et communicateurs chrétiens, ce sont, bien sûr, les médias. Une fois que nous avons fait notre travail, une fois que le message est lancé, il faut faire confiance ! Faire confiance au lecteur ou à l'auditeur. Nous devons nous rappeler que nous sommes des transmetteurs et que nous n'avons aucune prise sur le récepteur.
Nous faisons face ici à deux impondérables :
• le monde de la liberté humaine
• et le mystère de la grâce de Dieu.
Dieu, notre Dieu, qui est toujours neuf, sait comment rejoindre les gens en leur cœur. Dans notre monde médiatique, il suscite sûrement d'autres " Geneviève " et d'autres " Denyse ", à l'affût d'une idée originale et qui goûte vrai.

Par exemple, j'ai appris, par Sœur Louise Stafford, de la CRC, que la maison de Communications Avanti, est à monter un reportage sur la chasteté. Qui l'eut cru ? Un reportage sur la chasteté, en 2003.
Autre exemple : Imaginez qu'en novembre dernier, quatre jeunes du Cégep d'Ahunstic débarquent chez nous, à Saint-Hyacinthe, pour faire un devoir en cinéma, sur… les Sœurs. Heu ! Quel est l'objectif ? Pascale Gendreau, la jeune réalisatrice, nous dit :" À la télévision, on nous montre toujours la religion comme insignifiante. Nous autres, on veut montrer que ça peut faire vivre. " Vous pensez bien qu'on a mis toutes voiles dehors pour les accommoder.

Pour conclure,
je redis il faut oser ! Oser faire des liens avec les médias locaux et oser s'adjoindre des gens du milieu, les témoins vivants qui n'attendent qu'un émetteur pour transmettre ce qui les fait vivre.

Sur le petit Larousse, on peut lire : " Je sème à tout vent ! " Eh bien… Semons à tout vent ! et l'Esprit saint se chargera bien de féconder nos efforts. En n'oubliant pas ce qui est de notre responsabilité : le partenariat, l'audace et la confiance, la confiance en Celui qui est LA Parole !

Pauline Vertefeuille, s.j.s.h.