Mémoire présenté par
Communications et Société
à la Commission de consultation
sur les pratiques daccommodement
reliées aux différences culturelles
Montréal
octobre 2007
Présentation de Communications et Société
Communications et Société a eu 50 ans cette année. Lorganisme, qui a connu plusieurs formes et raisons sociales au cours de son histoire, a été fondé en 1957 sous le nom de « Centre catholique national du cinéma, de la radio et de la télévision ». Sa création était une initiative des évêques et sinscrivait dans la dynamique de lépoque des ciné-clubs et des premières années de la télévision.
Cétait alors le premier organisme de lépiscopat à être présidé par un professionnel laïc, M. Paul Sauriol, éditorialiste au journal Le Devoir. À ses côtés au sein de ce premier conseil dadministration, on trouvait notamment le Père Jean-Marie Poitevin, qui avait réalisé en 1943 le premier long métrage de fiction sonore au Québec, À la croisée des chemins; le frère Léo Bonneville, fondateur de la revue de cinéma Séquences; le secrétaire général de lAction catholique, M. Claude Ryan, et M. labbé Lucien Labelle, qui allait occuper le poste de directeur général pendant trente-cinq ans, soit jusquen 1992.
Longtemps connu sous le nom dOffice des communications sociales (« lOCS »), lorganisme est devenu autonome en 1975. Ayant adopté en 1999 la raison sociale « Communications et Société », cest maintenant une association sans but lucratif, vouée à la promotion de la qualité, du sens critique et des valeurs humaines et spirituelles dans le monde des communications et des médias, dans une perspective chrétienne.
Communications et Société organise régulièrement conférences, colloques et remises de prix et est responsable du jury oecuménique au Festival des films du monde de Montréal. Lorganisme entretient toujours des liens de collaboration avec lépiscopat, dans le cadre de contrats de services.
La couverture médiatique des audiences de cette commission et des débats qui lentourent nous a incités à concentrer notre intervention sur un aspect de la réflexion en cours, à savoir le rapport entre la religion et la culture chez nous.
On voit en effet que, pour les uns, le fait religieux ne devrait tout simplement pas se manifester sur la place publique. Dans cette perspective, on règlerait le problème des accommodements en reléguant le religieux strictement à la vie privée. Le débat porte donc sur la sécularisation, sur lopposition entre laïcité et confessionnalité.
Pour dautres, cest plutôt lapparition dun religieux différent qui pose question et soulève même les passions. Dans ce cas, différence religieuse se conjugue avec différence culturelle et le débat porte sur les questions daccueil, dintégration et de relations entre communautés.
Dans les deux cas, cependant, il nous apparaît quune partie du problème réside dans la méconnaissance du fait religieux en général et, en particulier, des diverses communautés de foi. Le catholicisme lui-même, pourtant réputé bien connu, lest souvent très mal.
Parmi les événements hautement médiatisés qui ont engendré la présente situation, plusieurs navaient rien à voir avec la question des accommodements raisonnables. Adapter un produit ou un service commercial à une clientèle particulière, par exemple, nest pas un accommodement: cest une règle de base pour réussir en affaires.
Laccommodement sera raisonnable, à nos yeux, sil a pour but et pour effet de permettre à une personne de sintégrer à la vie de la collectivité plutôt que de rester à lécart.
Il sera déraisonnable, au contraire, sil a pour but et pour effet disoler un groupe de lensemble de la société québécoise.
Or, plusieurs de ces demandes daccommodements tournaient autour de symboles religieux.
1. Les symboles religieux dans une culture de limage et du multimédia
En cette ère du multimédia, nous sommes devenus, plus que jamais peut-être, des « visuels ». Nos communications accordent la priorité à limage. Logos, symboles et signes distinctifs sont maintenant des incontournables pour toute entreprise, mouvement ou institution. La signature visuelle est une exigence de notre culture médiatique.
Il vaut la peine de souligner que ce nétait pas encore vraiment le cas au temps de la Révolution tranquille, quand beaucoup de Québécois ont notamment pris leurs distances par rapport à la pratique religieuse et à la foi catholique traditionnelle. Même au sein de la communauté catholique, les réformes des années soixante faisaient grand cas de lélimination des signes extérieurs et des costumes religieux. Les églises se sont dépouillées de beaucoup de leurs statues et décorations traditionnelles. Les prêtres, religieux et religieuses se sont fondus dans la foule. Dans la liturgie, on a mis laccent sur les paroles et les attitudes intérieures.
Quarante ans plus tard, ce modèle est remis en question par la nouvelle génération qui redécouvre toute la place du symbolique, de limage et du rituel dans lexpérience religieuse. Il est notoire, par exemple, que dans les mouvements et communautés religieuses catholiques nés au cours des dernières décennies, on accorde beaucoup plus dimportance aux signes distinctifs, aux gestes et même aux costumes religieux. Sur cette question, les jeunes adultes ont une attitude assez différente de celle de leurs ainés. Ils sont nés dans la culture du visuel et du multimédia. Ils sont, comme Obélix dans la potion magique, tombés dedans quand ils étaient petits.
Cest sur cette toile de fond quil faut considérer la nouvelle visibilité des symboles religieux sur la place publique.
Trois facteurs convergent ici:
- premièrement, les signes et les symboles sont une des manifestations fondamentales de la religion;
- deuxièmement, dans une société pluraliste, les signes distinctifs deviennent essentiels, car la différence doit se rendre visible pour pouvoir se dire et être comprise;
- et troisièmement, la culture actuelle est largement une culture de limage et du visuel.
Les signes et symboles religieux seront donc nécessairement de plus en plus visibles et diversifiés. Espérer renverser cette tendance est illusoire. Tout comme le retour à un mythique Québec à culture unique, la vision dune culture sans manifestations religieuses est un fantasme.
Dimensions privées et publiques des options religieuses personnelles
Ce qui nous conduit à commenter une opinion maintes fois entendue et répétée dans le présent débat et souvent avec beaucoup dinsistance et démotion , à savoir que la religion serait « une affaire privée ».
Il faut accueillir cette affirmation avec beaucoup de respect pour ce quelle révèle des attentes et des craintes des gens et des groupes qui lexpriment.
Mais il faut en même temps reconnaître que dans la réalité des cultures et des sociétés, quelles quelles soient, la religion nest jamais confinée à la sphère privée. Elle ne lest pas aujourdhui, elle ne la jamais été dans le passé. Ni chez nous, ni nulle part ailleurs dans le monde. La religion sexprime toujours, dune façon ou dune autre, dans lespace public.
Il ny a pas de culture, par exemple, qui nait pas ses bâtiments et ses monuments religieux. Ça fait partie de lespace public. Montréal, par exemple, est lune des sept ou huit villes du monde à être connue sous le nom de « ville aux cent clochers ». Et on nimagine pas les grandes villes européennes sans leur cathédrale. Parfois, les monuments religieux surgissent là où on les attend le moins: combien de touristes québécois visitant Cuba, par exemple, ont été surpris de voir la gigantesque statue du Christ qui surplombe toujours le port de la Havane, après plus de quarante ans de régime communiste?
Et il ny a pas que larchitecture. Quon pense aussi à lart religieux, à la musique, à la peinture... La musique est faite pour être entendue, les oeuvres dart pour être exposées, contemplées. Cest toujours en public que ça se fait. Les oeuvres religieuses des Bach, Mozart, Haendel, Beethoven et autres ne peuvent certainement pas être reléguées à la sphère privée.
Alors quest-ce quon veut dire quand on affirme que « la religion, cest une affaire privée »? Parle-t-on de la seule pratique des rituels religieux, des activités de culte? Mais même la liturgie, une activité spécifiquement religieuse, est une affaire publique. Les baptêmes, les mariages, les funérailles ne sont pas célébrés en cachette ou en privé. Un dimanche matin, à Montréal, vous pouvez entrer dans une église où la messe est célébrée sans vous identifier, sans payer de droit dentrée, sans avoir besoin de réservation ou de billet ou même de clé: les portes sont ouvertes. Cest un lieu public. Et ça se passe en public.
Et bien sûr, dans toutes les traditions religieuses, il y a les symboles, les vêtements et les objets religieux que des croyants portent sur eux de façon bien visible. Ce nest évidemment pas un comportement destiné à la seule intimité de leur foyer. Cela fait partie de ce quils tiennent à dire deux-mêmes et de leur appartenance sur la place publique.
Alors pourquoi insister autant, malgré tout, pour dire que « la religion, cest une affaire privée »? Une des réponses est sans doute quon veut affirmer sans équivoque que loption religieuse doit toujours être le résultat dune décision personnelle et libre. Cest une affaire de conscience, hautement et absolument personnelle. Il y a un large consensus, chez nous, là-dessus. Personne na le droit de remettre cela en question et cela doit être protégé à tout prix.
Lhistoire a trop connu et connaît encore des régimes politiques qui ont utilisé ou manipulé le religieux comme outil de gouvernement, voire de dictature. Du point de vue politique, cest un abus de pouvoir intolérable. Du point de vue religieux, cest une perversion, une maladie de la religion: il est inadmissible que ce qui doit relever du centre le plus sacré et le plus inviolable de la personne humaine soit perverti à ce point. Or, une partie des Québécois relisent aujourdhui leur histoire, à tort ou à raison, à travers ce prisme. Leur insistance parfois viscérale à insister sur le caractère dit « privé » de la religion est une sorte de réflexe de protection devant la crainte de tout pouvoir qui chercherait à dominer les consciences et à infléchir les options les plus personnelles.
Mais le mot juste pour dire cette conviction, cest le mot « personnel », et non le mot « privé ».
La religion, cest personnel. Mais ce nest pas seulement privé.
Il est de la nature même de lappartenance religieuse, fruit dune démarche libre et personnelle, davoir à la fois une dimension privée et une dimension publique.
Le spectacle récent des milliers de moines bouddhistes menant la contestation de la dictature, au Myanmar, en est une illustration frappante. La foi se manifeste non seulement dans la vie privée mais aussi dans les relations avec les autres et avec la société en général. On pourrait citer nombre de mouvements sociaux ayant leur origine dans les convictions religieuses.
Or, qui dit « dimension publique », dit en même temps « couverture médiatique ».
2. Religion et culture à lheure de linformation continue
La question des « accommodements raisonnables » naurait pas pris une telle importance si nous ne vivions pas dans une société où les médias jouent un si grand rôle. Les événements qui ont déclenché ce mouvement de réflexion nauraient pas eu la notoriété quils ont eue. Et toutes les opinions exprimées depuis, notamment devant cette commission, nauraient pas eu le même retentissement. La couverture médiatique dun fait de société ou dun événement contribue largement à façonner lopinion publique à ce sujet.
Dans nos médias, les questions religieuses sont traitées, dune part, par quelques émissions, publications ou canaux spécialisés qui rejoignent un public particulier , et dautre part, sous langle des nouvelles, dans les émissions daffaires publiques. Pour un grand nombre de personnes, donc, linformation sur les religions passe par le filtre du traitement journalistique de lactualité.
Or, la couverture médiatique de lactualité a ses règles. Comme dit le proverbe, les gens heureux nont pas dhistoire. Ils ne font pas non plus les manchettes et ne passent pas au Téléjournal. Une nouvelle, cest ce qui sort de lordinaire, qui surprend, qui est inattendu, imprévisible. Et, encore mieux, ce qui est spectaculaire ou suscite de fortes émotions. Bien sûr, les controverses, les catastrophes et les scandales feront parfaitement laffaire. Une certaine distorsion dans la perception des choses est donc inévitable.
Ainsi, par exemple, on ne parle pas des deux robots qui explorent la planète Mars depuis près de quatre ans. Mais si, après tout ce temps, lun deux en venait à dégringoler dune falaise, ça ferait les manchettes. Les gens croiraient à un échec et sinterrogeraient sur la compétence de la NASA. Le même genre deffet de sélection est à loeuvre quand on parle de nos systèmes de santé ou déducation, ou des contributions de nos hommes et femmes politiques. Cest ce qui va mal qui fait la une. Les gens heureux nont pas dhistoire.
Leffet est particulièrement senti, actuellement, quand on parle de religion. On en vient facilement à shabituer à des représentations partielles ou tronquées, voire caricaturales, des diverses pratiques et communautés religieuses. Ce sont malheureusement les manipulations, les détournements, les perversions, bref les pathologies de la religion qui prennent le dessus dans les représentations courantes.
On court à la catastrophe si on continue à méconnaître à ce point une composante aussi fondamentale de la culture.
Car la religion est un élément central dans la vie de millions et de millions de personnes à travers le monde. Elle donne un sens à leur vie et une direction à leurs actions. Elle définit une identité et elle soude des communautés. Elle soutient des familles et façonne des saints et des sages. Elle est source dinspiration pour les artistes et de consolation pour les affligés. Elle est une des grandes valeurs universelles, transcendant les nations et les cultures. Comme la poésie ou la musique, cest un des modes dexpression les plus révélateurs de lâme humaine. Ce nest pas pour rien que la liberté de religion est protégée par les chartes.
Un des fruits positifs que lon peut espérer voir ressortir de cette vaste entreprise de consultation et de débat public pourrait être la prise de conscience de lurgence de ne plus traiter la religion comme un phénomène marginal dans la culture. Ce nest pas un sujet à laisser aux seules chaînes, émissions et publications spécialisées. Si lon veut vivre sereinement le nouveau pluralisme, il faut que dans les journaux, les magazines et les émissions daffaires publiques, la chronique sur les religions fasse bonne figure parmi les chroniques sur léconomie, les arts ou lenvironnement.
Il est dautant plus important de consacrer une attention particulière au traitement des affaires religieuses que la génération du zap et du clic celle qui zappe les émissions de télévision et clique sur le web a pris lhabitude de choisir dans loffre médiatique ce quelle veut, sur demande et sur mesure. Dans une perspective de divertissement et de loisirs, cest merveilleux. Mais du point de vue de linformation, des affaires publiques et des débats de société, cest risqué.
Quelquun peut ainsi choisir, par exemple, de ne lire que les chroniqueurs et de nécouter que les animateurs de radio qui vont dans le sens de ses idées. Si tous les citoyens adoptaient systématiquement la même attitude, chacun en viendrait à nécouter et ne regarder que ce qui convient à ses goûts, à ses opinions et à ses humeurs. À la limite, on ne connaît le monde quà travers ses propres filtres.
Le grand défi des professionnels de linformation est de traverser ces filtres et débranler les fausses certitudes fondées sur lignorance ou la méconnaissance. À la lumière du débat actuel, cela devrait être une priorité absolue.
3. Le visage méconnu du catholicisme québécois
Les audiences de cette Commission et les innombrables commentaires quelles ont suscités ont parfois mis en évidence le fossé quil y a entre les perceptions et la réalité, notamment quand il sagit du catholicisme chez nous.
Deux exemples suffiront.
3.1 Limportance quantitative de la pratique religieuse religieuse chez les catholiques du Québec
Selon lopinion courante, la pratique religieuse hebdomadaire serait devenue chez nous un phénomène marginal, non significatif. Un journaliste commençait récemment son intervention en disant: « Maintenant que presque plus personne ne va à la messe... » Mais quen est-il, en réalité? Les chiffres pourront surprendre.
En décembre dernier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec publiait un document intitulé « La place de la religion dans lespace public ». On y lit, à la page 10, qu « au Québec, 22% des catholiques romains déclarent aller à léglise une fois par semaine ». Évidemment, la proportion varie beaucoup selon les groupes dâge: de 5% chez les jeunes adultes à 35% chez les aînés. Ces chiffres sont basés sur les études du sociologue des religions Reginald Bibby publiées en 2000.
Or, il y a 6 000 000 de catholiques au Québec. 22% de ce nombre, cela représente environ 1 300 000 personnes. Cest nettement plus que les estimations que lon entend généralement dans les paroisses et évêchés: on y parle plutôt de 10% de taux de pratique. Mais même à 10%, cela représente une population significative, soit 600 000 personnes, chaque semaine. Comment cela se compare-t-il à la fréquentation régulière dautres événements ?
Pour avoir un point de référence concret, prenons les chiffres de fréquentation des salles de cinéma au Québec. Au cours des trois semaines précédant la préparation du présent mémoire, fin septembre-début octobre, le box office par week-end, pour tout le Québec, a varié de 1 703 000$ à 1 837 000$ (source:Cinéac. Sur le web, voir: www.boxofficequebec.com) Et les chiffres de lInstitut de la statistique du Québec permettent dévaluer le prix moyen dun billet de cinéma, en 2007, à 6,75$.
Un calcul rapide donne donc les résultats suivants: en septembre 2007, environ 260 000 personnes sont allées au cinéma chaque fin de semaine au Québec.
Autrement dit, il y a beaucoup plus de monde qui va à la messe au Québec chaque fin de semaine que de monde qui va au cinéma. Au moins trois fois plus, peut-être cinq.
Personne ne dirait que la fréquentation des cinémas est un phénomène marginal, non significatif. Au contraire. Toutes les émissions et publications culturelles accordent une grande importance à ce public. Alors comment expliquer quon y fasse si peu de cas de la pratique religieuse?
3.2 Le visage multiculturel du catholicisme québécois
Voici un autre exemple de lécart entre la perception et la réalité.
Au cours des débats sur les accommodements raisonnables, on en est parfois venu à donner limpression que les Québécois attachés aux valeurs, aux symboles et aux pratiques catholiques provenaient essentiellement du Québec non encore touché massivement par limmigration. Le catholicisme serait rattaché à la mémoire et au passé des Québécois dits « de souche ».
La réalité est tout autre. Le dimanche à Montréal, dans lÉglise catholique, la messe est célébrée dans une trentaine de langues différentes. Il y a là des communautés culturelles nouvellement arrivées, mais il y en aussi qui font partie de lhistoire du Québec: quon pense notamment aux communautés italiennes et irlandaises qui se sont jointes au Québec catholique il y a des générations. Ce caractère très cosmopolite du catholicisme de chez nous saute aux yeux pour qui fréquente, à Montréal, lOratoire St-Joseph.
Phénomène encore plus récent: on trouve plusieurs paroisses catholiques dont les curés sont des prêtres venant dAfrique ou dAmérique latine. La fécondité spirituelle et vocationnelle des Églises africaines et latino-américaines contraste avec les difficultés de la communauté québécoise. Cela permet aux jeunes Églises du Sud de venir maintenant épauler les Église fatiguées du Nord, renversant la direction du mouvement qui, dans le passé, avait vu tant de prêtres, religieux et religieuses du Québec partir en mission dans les continents du Tiers-Monde.
Le catholicisme québécois est lun des lieux où se voient et se vivent la mondialisation et la rencontre des cultures. Et il faut avoir participé à des rassemblements catholiques internationaux pour comprendre comment la célébration commune de la foi crée des ponts par-dessus les différences de langues et de cultures. On en aura un vivant exemple à Québec, en juin 2008, avec la tenue du 49e Congrès eucharistique international.
En conclusion, nous formulerons quelques considérations relatives à la présence des signes et symboles religieux dans lespace public.
1. Il nous apparaît que le premier rôle du gouvernement est de garantir et de protéger lexercice des droits et libertés dans lespace public, et non de les restreindre. Cela passera principalement par linformation et léducation.
2. Dans la fonction publique, il faut accepter que le symbole ou le signe qui dit lidentité ou la différence nest pas une menace mais une manifestation légitime de la diversité. Après avoir, pendant des années, souhaité que la fonction publique reflète mieux le nouveau visage culturel et ethnique du Québec, on serait mal venu den restreindre déjà la visibilité. Bien sûr, on a raison de refuser, au nom de la neutralité et de la laïcité de lÉtat, que ses employés ou des représentants des institutions publiques se prévalent de leur fonction ou de leur statut pour faire du prosélytisme ou de la propagande. Toutefois, ce ne sera pas en bannissant les signes ou les symboles religieux quon pourra sen assurer, mais en encadrant les comportements dans des codes déthique et de déontologie.
3. Quant à lécole, nous la voyons comme un lieu premier dapprentissage de la vie en société. Elle doit donc refléter la diversité culturelle, ethnique et religieuse de la collectivité. Il serait maladroit de créer comme milieu déducation un environnement artificiellement dépourvu des manifestations habituelles des différences, tant chez les élèves que chez les adultes.
4. Enfin, une société même sécularisée doit savoir valoriser son passé et son héritage. Les monuments religieux, les traditions et les fêtes doivent être appréciés et protégés pour ce quils sont et ce quils représentent. Au nom de la nouvelle diversité, on pourra sans doute même enrichir ce patrimoine, mais il serait navrant de le voir mutilé ou appauvri.
René Laprise
président
Bertrand Ouellet
directeur général
Communications et Société
Octobre 2007