La messe radiodiffusée et télévisée

André Gignac, o.p.

Office National de Liturgie



Sous quel angle aborder les problèmes pratiques que posent la radiodiffusion ou la télévision de la messe? Y aurait-il un angle d'attaque - pour employer une image - qui permettrait de chercher des solutions dans une voie assez précise? Je suis porté à le croire, et ce à partir de l'hypothèse que je vais décrire - hypothèse elle-même articulée en vue de rendre compte d'un fait durablement constaté.

Le fait est celui-ci: la télévision et la radiodiffusion de la messe suscitent un intérêt certain et soutenu, nettement plus fort que toute autre émission religieuse, fût-ce une mission de «prière». Comment expliquer ce phénomène?

Certaines explications sont plausibles: habitude de la messe dominicale, trace d'un conformisme ancien, besoin d'une certaine religiosité… À la réflexion toutefois, ces explications apparaissent partielles et demeurent inadéquates.

Une autre explication m'apparaît plus radicale, et, à mon avis, elle rend compte, justement à la racine, de ce phénomène.

La liturgie de la messe n'est pas seulement «parole»; elle est «action symbolique». Le symbole (1) s'adressant à tout l'être, ses harmoniques sont assez riches pour atteindre, même à travers le filtrage de la radio ou de la télévision, l'auditeur ou le téléspectateur bien plus fortement qu'une simple parole ne saurait le faire. Ce serait donc par ce qu'elle comporte de symbolique que, pour une large part et dans la mesure où le medium parvient à transmettre des harmoniques majeures du symbole (2), qu'une liturgie télévisée ou radiodiffusée capte l'intérêt. L'auditeur ou le téléspectateur n'en ont pas toujours conscience, mais tel serait bien le phénomène auquel ils sont soumis et que le medium leur fait «vivre».

Si cette hypothèse s'avère fondée (3), il m'apparaît évident qu'il faudrait, en vue d'améliorer encore le «rendu» de la transmission d'une célébration liturgique,

a) essayer de déterminer les principales harmoniques symboliques de chaque type de célébration;

b) essayer de percevoir, parmi ces harmoniques, celles que tel medium est particulièrement apte à transmettre;

c) essayer de percevoir les conditions de célébration, côté liturgique et côté medium, qui permettent de faire ressortir ces harmoniques.

Il va sans dire qu'en pareil domaine, l'expérience demeure de première importance; sans elle, le risque de l'«a priori» n'est jamais loin.



Notes:

(1) Voir Gérard LUKKEN, «La liturgie, moyen d'expression irremplaçable de la foi», dans Concilium, n° 82 (1973) 11-23 - en particulier, p. 13-16.


(2) L'une des objections majeures qu'on pourrait soulever contre la diffusion radio ou télé d'une action liturgique, c'est l'impossibilité, du moins apparente, où se trouvent ces media de «transmettre» adéquatement la part qui revient à la communauté célébrante dans la constitution de l'acte symbolique de la liturgie. L'élément de base de la dimension symbolique de la liturgie n'est-il pas la communauté elle-même en acte de célébration? À la vérité, il ne semble pas impossible que la radio ou la télévision puissent contribuer, par leurs moyens propres, à constituer, dans une certaine mesure, cette communauté. La condition pour y parvenir revient peut-être alors à intégrer l'auditeur ou le téléspectateur dans la communauté célébrante. L'expérience tentée l'an dernier, côté radio, ne va-t-elle pas dans ce sens?


(3) L'une des façons de la vérifier serait de radiodiffuser ou de téléviser, dans des contextes authentiques, d'autres actions liturgiques que la messe - actions liturgiques comportant, bien sûr, une dimension symbolique.


Montréal, le 5 septembre 1973