Foi et Temps, 6 (1982), 483-516


Les Messes à la télévision:
présence culturelle ou rencontre chrétienne ?

(note n° 1)

par Georges Jehenson



«La contemplation a cessé d'éclairer toute l'existence pour devenir piété individuelle, dans la mesure où la liturgie a cessé d'être l“oeuvre du peuple”: dans l'Orient chrétien, elle s'est partiellement transformée en spectacle, en Occident, elle est devenue source de spectacles, le mystère n'a plus désigné le sacrement mais la pièce qu'on joue sur le parvis, et qui, bientôt prend son indépendance. De sorte qu'on est passé d'une civilisation liturgique à une civilisation théâtrale, aujourd'hui celle du spectateur passif devant son écran de télévision […]»

(Olivier Clément, «La révolte de l'Esprit», Stock, 1979, p. 260)


NOTRE PROJET

Il n'entre pas dans nos intentions de scruter le fait religieux tel qu'il apparaît dans les émissions profanes à la télévision; nous ne voulons même pas aborder l'ensemble des émissions religieuses à la télévision. Notre préoccupation se concentre sur les messes télévisées. Nous aurions tort cependant de ne pas inscrire ce projet dans une réalité qui échappe souvent aux téléspectateurs et même aux réalisateurs. Il s'agit, en effet, de prendre conscience que la télévision catalyse une part importante du potentiel religieux du monde moderne et qu'elle fait resurgir en l'homme la religion primitive: pendant de nombreuses heures par semaine, elle véhicule les mythes archaïques de la vitesse, du sang, du sexe et du chef dans une inversion des tabous qu'elle met en évidence pour affirmer qu'on est libéré. Cette tendance pourrait se retrouver dans la réalisation d'une messe télévisée sous des formes subtiles: recherche du spectaculaire, mise en vedette de groupes ou de personnes.

Pour ne pas nous étendre outre-mesure sur cet avant-propos, ajoutons simplement qu'il serait regrettable que nos messes télévisées apportassent de l'eau au moulin de cette religion électronique en fournissant aux téléspectateurs des produits à consommer alors que notre rôle est de favoriser la rencontre chrétienne.


I. HISTORIQUE DES MESSES TÉLÉVISÉES

1. L'événement fondateur (note n° 2).

Quand la messe «télévisionnée» est diffusée de Notre-Dame de Paris, la nuit de Noël 1948, la télévision française ne fonctionne que depuis trois ans. Grâce à l'intuition et à l'esprit créatif du Père Pichard, L'Église catholique s'est taillée une place de choix au cœur de cet extraordinaire moyen de communication. Pour un réalisateur, raconte Claude Barma, Notre-Dame était un décor fabuleux. Le cardinal Suhard célèbre la messe et affirme dans son allocution: «Cette invention géniale vient à son heure dans le plan du salut du monde».

La retransmission de la messe de 11 heures du matin débutera le 27 novembre 1949. Elle est célébrée en studio en vertu d'un «indult» de l'archevêque de Paris. Une installation fixe s'opérera par la suite à l'Église Saint-Merri, au couvent des Dominicains du faubourg Saint-Honoré. Plus tard, commencera le tour de France des paroisses. Désormais, «Il n'y a pas de paroisse plus grande que celle du JOUR du SEIGNEUR. Les efforts du Père Pichard depuis la messe de Noël 1948 prouvent aujourd'hui qu'il avait trouvé le bon chemin» (Cardinal Marty, 1978).


2. L'histoire de la messe télévisée en Belgique (note n° 3).

En 1956, à l'occasion d'un anniversaire de l'I.N.R. (note n° 4), une messe célébrée à Sainte-Croix, près de la place Flagey, fut portée sur les ondes: c'était la première messe télévisée belge. C'est au moment de l'Exposition Internationale de Bruxelles en 1958 qu'a débuté la retransmission régulière des messes. A. Zech, H. Boone et F. Hosemans sont les véritables artisans de cette émission qui devait acquérir son droit de cité. Dès le départ, fut décidée l'alternance hebdomadaire entre l'I.N.R. et la N.I.R.: cela ne posait pas de problème puisque la messe se célébrait en latin, sans sermon.

Entre les années 1960-1965, s'opèrent des changements importants: les téléspectateurs se multiplient rapidement, la liturgie conciliaire se met en place, l'équipe technique et l'abbé Zech se déplacent de paroisse en paroisse. Au début, l'accueil était quelquefois réticent, la machinerie électronique faisait peur, on craignait une trop grande distraction dans l'église. Pour des raisons idéologiques, il n'avait pas été prévu de prédication. Comme le Concile avait mis l'accent sur une homélie davantage liée à la lecture de l'Évangile, celle-ci fit progressivement son apparition et prit une place importante comme en témoigne le courrier des téléspectateurs. La télévision manifestait une sage prudence devant les nouveautés: les réalisateurs s'arrangeaient pour ne pas trop montrer les instruments sauvages (batteries, guitares…) ainsi que la communion distribuée par des laïcs. Les responsables avaient le sentiment que la messe télévisée n'aime pas ce qui heurte de front les habitudes. Ainsi, l'évolution est passée sans accroc d'autant mieux que la télévision voulait rendre l'Église proche des êtres.

À partir de 1965, une équipe d'animateurs se constitue. A. Pirard (1965) et Ch. Stévens (1971) deviennent collaborateurs d'A. Zech. Dès le départ, ils eurent la conviction qu'il fallait être peu nombreux à faire des homélies de telle sorte qu'il y ait un caractère de continuité. «Nous avons voulu faire de nos homélies des lieux d'encouragement et d'espérance. Personnellement, j'en tire une théologie en ce sens que l'homme âgé a besoin de réconfort. Si on le bouscule, on ne fait que l'inquiéter. Je dirais même plus, il y a en chacun de nous quelque chose qu'on ne peut bousculer. La mission de l'Église est de donner un havre de paix, une solidité sur laquelle reposer. L'âge du vieillard en particulier doit être l'âge de la sérénité» (A. Zech).

En 1980, A. Zech passe la main à G. Jehenson qui assume la coresponsabilité de la R.T.C.B. R. Georges. Transition sans heurt: l'ancienne équipe des prédicateurs reste en place pour un temps. Commence une période d'austérité qui modifie les habitudes et réduit les déplacements vers les églises locales.


3. Le statut actuel des messes télévisées

Le fruit apprécié de l'élan généreux de quelques pionniers fut rapidement codifié. Désormais, la diffusion des messes télévisées entre dans la mission de service public qui incombe à la R.T.B.F. dans le respect de son esprit pluraliste.

Les messes télévisées dépendent à part entière de la R.T.B.F. et non d'une association extérieure (note n° 5) comme c'est le cas pour les émissions religieuses de la soirée.

La R.T.B.F. en supporte les coûts de réalisation dans les limites budgétaires. Les économies imposées par le gouvernement vont frapper à deux reprises les messes télévisées`:

- en juin 1980, les habitudes sont modifiées une première fois: six messes sont réalisées en province (Brabant Wallon, Liège, Namur, Tournai), quatre messes à Bruxelles, six messes dans un endroit fixe proche des relais de la R.T.B.V., quatre messes en studio, six messes reprises à TF 1.

- en juin 1982, les restrictions deviennent contraignantes. La R.T.B.F. soucieuse de respecter le modus vivendi antérieur, propose de réaliser les messes en direct le samedi soir et de les rediffuser le dimanche à l'heure habituelle. Mais le délicat problème de la rediffusion ne rencontre pas la réflexion théologique et la pratique pastorale de l'ensemble des télévisions européennes. À partir de 1983, nous pouvons nous attendre à un accroissement sensible des relais de TF 1 et à quelques réalisations en direct le dimanche matin. Il sera nécessaire de tirer le meilleur parti possible de cette situation nouvelle; les excellent rapports que nous entretenons avec Le Jour du Seigneur et TF 1 nous permettront de nous adapter sans trop de dommage.

Pour sa part, la Radio-Télévision Catholique Belge assure la ligne pastorale et la qualité liturgique des messes réalisées en direct (note n° 6).

Le calendrier, les choix et la mise en route des réalisations font l'objet de réunions communes entre les délégués de la R.T.B.V. et ceux de la R.T.C.B.; nous devons à la vérité et à la courtoisie de témoigner ici des excellents rapports qui existent au sein de cette équipe de travail où chacun s'efforce de rencontrer de son mieux le point de vue de l'autre.


II. LE PUBLIC DES MESSES TÉLÉVISÉES

§ 1. L'audience des messes télévisées (note n° 7).

1. Octobre 1979 - septembre 1980.

L'audience est presque inchangée par rapport à l'année précédente. Les six messes de décembre 79, janvier et février 80 étaient suivies en moyenne par 3,2% tandis que la messe de Minuit de Noël rassemblait à la R.T.B.F. 10%. Les dix-sept messes suivantes donnent 3,05%, avec des sommets relatifs de 4,5 en juillet pour Saint-Aubain à Namur, 4,0 en avril au Sablon à Bruxelles, 3,9 en mars à Saint-Jacques à Liège, 3,5 à Bierges. Les messes en studio: en moyenne 2,5%.

Les trois messes reprises le dimanche matin en Eurovision avec la présence du Pape officiant donnent des scores variant entre 5,5% et 8,1% au Bourget. La messe de Pâques eurovisée à partir de la Suisse: 6,2%. L'assiduité aux messes de TF 1 les dimanches où la R.T.B.F. n'en émet pas semble en légère régression: elle baisse de 2,2% à 1,75%.

Par comparaison, les offices protestants en sont à 0,5%. Enfin les deux fêtes de la morale laïque ont donné 1,3 à Dinant et 0,0% à Namur.


2. Octobre 1980 - septembre 1981

Sur douze mois, trente messes ont été diffusées par la R.T.B.F., avec une moyenne générale d'audience de 3,29% (115 000 téléspectateurs, d'après les sondages). Il y a une légère progression par rapport à 1980.

Les 19 messes réalisées en Belgique donnent un score de 3,27%; les 6 Eurovisions ont une moyenne de 4,1%; les cinq messes françaises reprises en été: 2,6%. Les sommets d'audience: messe de Minuit à Noël 1980 depuis Varennes (Canada): 6,8%. Visé: 6%; Forest Saint-Denis: 5%. Les messes en studio n'atteignent que 2,1%.


3. Les sondages nous proposent une audience moyenne de 115 000 téléspectateurs; ils suscitent une double remarque:

- les sondages touchent rarement les communautés religieuses: or, on peut supposer que nous y avons un public intéressé. Il en est de même dans les maisons de retraite et les cliniques. En plus, nous comptons de nombreux téléspectateurs en Flandre, en Hollande et dans le Nord de la France. Nous avons ainsi de bonnes raisons pour estimer que les sondages ne reflètent pas la réalité.

- les sondages nous renseignent très peu sur l'intérêt des téléspectateurs; ils ne nous disent rien de la manière dont ces gens participent à la messe télévisée. Le profil du paroissien des ondes doit se chercher ailleurs.


§ 2. Le genre de public.

1. Qui est-il?
On imagine facilement que le téléspectateur de la messe télévisée est un isolé, âgé, heureux du contact extérieur que donne la messe télévisée (note n° 8). Ce portait doit être affiné à la lumière d'enquêtes et de contacts sur le terrain.

En lisant les résultats du travail de J.P. Queroy, notre surprise fut grande (note n° 9):

- 57% des téléspectateurs de la messe télévisée (plus ou moins réguliers) vont plus ou moins régulièrement à la messe dans une église. «Après l'Eucharistie du samedi, je suis très souvent la messe télévisée» A.G. Bruxelles.

Ce pourcentage ne laisse pas de nous étonner; il met en doute le cliché habituel du téléspectateur vieux, isolé, malade.

- 37% se déclarent eux-mêmes pratiquants tout en affirmant qu'ils ne vont jamais ou rarement dans une église (14% n'y vont jamais).

L'auteur du mémoire conclut que la messe télévisée induit une nouvelle notion de pratique religieuse, une pratique de substitution.


2. Comment réagit-il?

La réponse est malaisée, ambiguë. Si nous nous laissions influencer par ceux qui écrient et font part de leurs états d'âme, nous dirions que le public de la messe télévisée est un public âgé, recueilli, attentif aux lectures et plus encore à l'homélie; heureux de couper sa solitude, il y trouve la nourriture spirituelle attendue… Au moment de la communion, alors que les gens s'approchent de l'autel, ces braves vieux prennent l'hostie apportée de la messe paroissiale et communient au corps du Christ (note n° 10).

Cette vue est vraisemblable mais fragmentaire. Nous avons d'autres indices qui rejoignent les conclusions de l'enquête de J.P. Queroy. Un autre public nous suit. Un public qui écrit peu. Public qu'on découvre au hasard des rencontres. Public varié: l'amateur d'homélies, le chef de chorale, la religieuse, la maman qui prépare le repas en jetant un coup d'œil sur l'écran, des gosses qui aiment la télévision, celui qui a abandonné la pratique religieuse, celui qui vient de quitter sur la pointe des pieds. Public dont il est quasiment impossible d'analyser les vrais mobiles et les réactions profondes. Et cependant, n'avons-nous rien à lui apporter que des images furtives, spectacle qui le concerne peu?


III. LE THÉOLOGIEN INTERPELLE

«Depuis longtemps des théologiens ont émis des doutes quant à la légitimité de transmettre les célébrations cultuelles à la télévision. On connaît les réflexions de Dietrich BONHOEFFER, les arguments de Karl RAHNER et de Romano GUARDINI, pour ne parler que de l'Allemagne. Notons pourtant au passage qu'aucune réflexion sérieuse n'a jamais été entreprise en France à ce sujet. Les Évêques français ne se sont absolument pas souciés de la chose jusqu'au jour d'aujourd'hui où ils semblent au contraire considérer la messe TV comme allant de soi, comme une véritable institution d'Église!» J. Mansir, opus cit. p. 3 (note n° 11).

§ 1. Les fausses évidences

Le même Père Mansir, responsable des programmes du Jour du Seigneur dénonce les fausses évidences dont les équipes de télévision religieuse sont les prisonnières:

- «Premièrement, nous participons de cette pseudo-évidence que le culte ou la messe TV est une nécessité allant de soi, une véritable institution ecclésiale, en oubliant d'ailleurs que nous sommes pour une large part à l'origine de cette évidence: après tout, en France ce n'est pas la Hiérarchie catholique mais le P. Pichard qui a proposé et même imposé la messe à la TV. Aujourd'hui, nous avons un public fidèle, qui en réclame souvent même plus que nous ne le souhaiterions. On peut se demander si tous les désirs du peuple sont conformes à l'économie de la foi et du salut...

- Deuxièmement, et dans le même ordre d'idée, nous répondons sans critique à la demande qui nous est faite par le Pouvoir: pour des raisons nobles et d'autres plus obscures, celui-ci souhaite qu'il y ait «de la religion à la TV, et pour lui, la religion, c'est le culte. Nous assurons ainsi une fonction nationale, sociale (pour ne pas dire politique).

- Troisièmement, nous tenons pour vraie l'affirmation de téléspectateurs qui déclarent participer à l'Eucharistie par la TV: c'est-à-dire que nous servons la pseudo-évidence selon laquelle il suffit de présenter (ou de représenter?) le culte et la messe pour qu'automatiquement tous ceux qui y assistent y participent.

- Quatrièmement, nous agissons comme s'il était évident que le culte, la messe sont des actions de soi publiques, dans la société d'aujourd'hui, compréhensibles par tous, en tous cas présentables sans précautions.

- Cinquièmement, nous semblons trouver évident que ce que nous vivons avec les paroisses où nous préparons et réalisons nos émissions passe tel quel à travers l'écran TV jusque chez le téléspectateur, ou, en tous cas, que le seul art du réalisateur va pouvoir le restituer.

Bref, j'ai peur que nous n'en soyons trop souvent restés au temps où l'on parlait du «miracle de la TV», c'est-à-dire à cette idée qu'il suffit de transporter des images et des sons, dans l'instantanéité de l'électronique, pour créer l'événement de la communication. J'ai peur aussi que nous n'en restions trop souvent, inconsciemment, à l'idée d'émissions confessionnelles, c'est-à-dire avant tout destinées à nos communautés respectives, et que nous ne soyons pas assez taraudés par l'esprit missionnaire, par la chance que nous avons d'avoir rang sur les antennes publiques. C'est peut-être dans la conjonction de ces deux exigences - celle de la véritable communication TV et celle de l'annonce missionnaire de l'Évangile - , que nous pourrons découvrir de nouvelles voies pour transmettre le culte et la messe à la TV» (Mansir , opus cit., p. 7).


§ 2. L'absence de communauté et de communion eucharistiques.

Le titre fait référence aux deux objections majeures que l'on adresse au principe des messes télévisées. À notre point de vue, il n'y a pas de réponse valable à ces objections fondamentales. Laissons toutefois la parole à celui qui fut le témoin privilégié de ces problèmes durant 25 ans.

L'abbé Zech s'en explique au micro de Caroline Gyselinck, le 23-11-1975:

A. ZECH: […] L'image d'une messe télévisée, ce n'est pas une caméra qui se promène sur de jolies voûtes, ou sur des images particulièrement artistiques, mais c'est la possibilité de montrer de façon directe et vivante ce qui se passe sur l'autel, c'est-à-dire de permettre vraiment cette communication avec l'essentiel du mystère liturgique.

C.G.:N'y a-t-il pas, cependant, une lacune irrémédiable? La messe télévisée n'est pas un acte communautaire. Elle ne comporte ni présence au sein de l'assemblée chrétienne, ni participation personnelle aux dialogues et aux chants, ni surtout communion sacramentelle au corps du Christ?

A. ZECH: Oui, le problème posé par l'acte communautaire est intéressant. Disons d'ailleurs tout de suite que cette participation incomplète explique que les autorités religieuses (note n° 12), malgré tout l'intérêt que peut représenter la messe télévisée, ne souhaitent pas qu'elle puisse remplacer la participation physique à la messe dominicale, parce que là, seulement, on s'intègre totalement à la communauté. Mais ceci dit, pour ceux qui sont empêchés de participer à la messe, je ne crois pas que la dimension communautaire soit réellement absente de cette messe, même si celui qui la regarde est seul devant le petit écran. En effet, je constate que la plupart de ceux qui suivent cette messe sont, avant tout à cause des circonstances de leur vie, des solitaires qui souffrent de leur isolement. Alors, au fond, pour eux lorsqu'ils regardent la messe télévisée, ils se sentent pendant la durée d'une messe, incorporés à une paroisse et c'est très important. Notre courrier en témoigne […] En réalité, ce que veut le paroissien des ondes, c'est de se sentir pris dans la communauté d'une paroisse. Ce lien, nous le remarquons très souvent, entre le lieu où nous allons, les paroissiens qui sont là devant nous dans l'église et les téléspectateurs, il est réel.

C.G.: Il reste néanmoins que les téléspectateurs sont privés de la communion sacramentelle?

A. ZECH: Oui, c'est le point le plus grave, le plus important. Quand on sait l'importance de cette communion, on se rend compte qu'il s'agit là d'une lacune. Pourtant, chose très encourageante, de plus en plus, on remédie, au moins d'une certaine manière à cette privation. Maintenant, les laïcs portent la communion aux malades, aux personnes âgées et, dans de nombreuses paroisses, on a pris l'habitude de le faire au moment de la messe télévisée. C'est ainsi que je connais de nombreuses personnes qui, véritablement, participent par les oreilles et les yeux à la messe qui est sur le petit écran, qui ont l'hostie qu'on leur a portée devant eux, et qui se communient au moment de la communion. Alors là, j'avoue que la participation me paraît à peu près complète».

* * *


L'abbé Zech réagit en pasteur soucieux d'offrir à ses paroissiens des ondes, âgés et isolés, un moyen psychologique puissant et une aide spirituelle réelle pour les arracher à leur solitude et les accrocher à une communauté jusqu'au point d'y voir «une participation presque complète».

La réflexion théologique ne va pas dans ce sens. L'agir sacramentel suppose une conjonction entre l'action liturgique et la participation à celle-ci. Or, le téléspectateur - malade ou bien portant - n'est pas inséré activement dans la communauté qui célèbre pour la télévision. La communication est à sens unique dans l'état actuel de la technique (note n° 13): le téléspectateur reçoit le son et l'image sans pouvoir réagir au sein de la communauté qui célèbre (note n° 14).

En outre - ceci est plus significatif encore - la communion eucharistique lui vient de sa communauté locale. Si le téléspectateur - âgé, malade ou handicapé - ne peut aller vers elle, celle-ci vient à lui et lui manifeste par la communion au corps du Christ et la visite d'amitié qu'il reste un membre à part entière de sa communauté qui célèbre. C'est tout le sens de Pâques-Rencontre qui, par le canal de la messe radio ou TV, offre à des auditeurs et téléspectateurs âgés, malades et oubliés, de retrouver le contact avec leur communauté paroissiale (note n° 15).

Enfin, l'appellation «paroisse des ondes» ne peut être employée que par analogie. Elle est sympathique, elle donne de la chaleur humaine à tous ceux qui se sentent ainsi moins seuls. Toutefois, elle appelle une double remarque:

- tous les téléspectateurs de la messe TV ne sont pas des isolés, des personnes âgées, des malades; les recherches et les contacts corrigent cette impression. Les animateurs de messes télévisées, à force de trop bien savoir à qui ils s'adressent, risquent de tomber dans un piège: exclure involontairement les autres tranches de la population (note n° 16).

- une participation par télévision interposée ne tisse guère de liens organiques entre les paroissiens des ondes; les liens affectifs qui se créent se polarisent plutôt sur le prédicateur habituel qu'on aime revoir et entendre.


IV. CONTROVERSE PROTESTANTE

La position que nous venons de prendre ne rencontre pas la problématique actuelle de certains théologiens de l'Église Réformée et de quelques pasteurs luthériens. L'interpellation qu'ils nous adressent a le mérite de nous obliger à réfléchir à l'avenir du culte soumis à la puissance des Mass-Média.


§ 1. La position doctrinale (note n° 17).

1. L'Eucharistie est action de grâce au Père mémorial du Christ, invocation et don de l'Esprit, communion dans le corps du Christ.

2. L'invocation de l'Esprit (épiclèse) est un acte essentiel de la célébration.

3. La présence réelle du Christ n'est pas assurée par l'ubiquité du corps du Christ mais par l'omniprésence de l'Esprit. Elle nous est offerte par la concentration des signes christologiques du pain et du vin et par la diffusion de l'œuvre de l'Esprit au plus intime de l'homme et jusqu'aux extrémités de l'Univers.

4. L'action de l'Esprit n'est limitée ni dans le temps ni dans l'espace. La prière du Christ (et celle de l'Église), en un lieu et en un moment donnés, s'effectue non seulement pour ceux qui se trouvent en ce lieu et à ce moment, mais aussi pour ceux qui sont ailleurs, dans le temps comme dans l'espace.

5. La retransmission télévisée de l'Eucharistie se justifie à condition que la foi de l'Église dans l'Esprit omniprésent rende possible une participation effective du téléspectateur à la célébration eucharistique (note n° 18).


§ 2. La controverse (note n° 19).

Le dimanche 2 mars 1975, lors d'un culte retransmis d'Arles dans le cadre de l'émission «Présence Protestante» à TF 1, le pasteur Bernard Du Pasquier devait inviter les téléspectateurs à prendre la Cène devant leurs récepteurs en se donnant eux-mêmes les espèces (note n° 20).

Cette invitation devait susciter une vive protestation du Frère Max Thurian, de la communauté de Taizé, selon le rapport Mehl. Pour Richard Heinz, la protestation de Max Thurian et le rapport Mehl «mettent en évidence les difficultés d'articuler le kérygme sur les exigences nouvelles d'une société en pleine mutation. Il nous paraît certain que les enjeux profonds sont moins d'ordre doctrinal et qu'ils relèvent davantage d'attitudes philosophiques et psychologiques de refus ou d'accueil de la société en mutation» (opus cit., p. 464).

Passons très rapidement en revue les éléments de la controverse que Richard Heinz propose dans un tableau synoptique suggestif.

1. Le problème doctrinal. Max Thurian affirme: «Une pratique de la communion à la télévision met en doute le lien entre la présence du Christ et les éléments de la Cène, elle entretient une conception purement symboliste de la Cène». Le rapport Mehl réplique: «Pour qu'il y ait véritable Sainte Cène, il faut et il suffit que soient réunis ces deux éléments: la Parole qui fit le sacrement et la foi qui reçoit cette Parole pour vraie […] Dans la Sainte Cène offerte aux téléspectateurs toutes ces conditions nous paraissent réunies. Le doute ne pourrait apparaître que si nous pensions que c'est ce fragment de pain et cette coupe particulière de vin que le ministre a devant lui (à l'exclusion de tout autre fragment de la même substance) qui seules peuvent être pour nous corps et sang du Seigneur. Mais cette pensée impliquerait forcément que le ministre détient un pouvoir spécial à l'égard des espèces qu'il prend pour les donner lui-même aux fidèles».

2. Le problème de la Communauté. Max Thurian l'aborde de la façon suivante: «La Cène suppose une communication entre les personnes qui communient. Or la télévision est une communication à sens unique. Le téléspectateur reçoit le son et l'image sans pouvoir s'exprimer à son tour dans la communauté qui célèbre la Cène. Une telle communication unilatérale peut entretenir une conception très cléricale et magique de la Cène». Roger Mehl se félicite que l'Église ait heureusement redécouvert le caractère communautaire de la Cène; mais, il relativise son affirmation car les mass media ont transformé les conditions de l'existence humaine: «Le lointain peut devenir notre prochain[…] Nous sommes conduits à relativiser la proximité spatiale dont nous savons bien par ailleurs qu'elle ne suffit pas à créer la proximité véritable[…] Il ne faut pas qu'en vertu d'une expérience plus que millénaire de l'humanité, nous nous refusions à comprendre que les hommes ont inventé des moyens pour rendre possible la communauté humaine à distance».

3. Le problème œcuménique. «Il ne fait pas de doute, écrit Max Thurian, que pour les orthodoxes, les catholiques et les anglicans ce genre de communion à la télévision est théologiquement impossible», et il ajoute que ce genre de pratique rendra plus difficile l'hospitalité eucharistique réciproque. À cela, le rapport Roger Mehl réplique que l'œcuménisme n'est pas la recherche du compromis et ne peut entraver des pratiques nouvelles légitimes.

4. Le problème pastoral. Max Thurian insiste pour que la télévision ne se substitue pas à la vie diaconale de l'Église: «Dans cette visite avec la communion, le contact direct est assuré et la fraternité de l'Église manifestée, bien plus sûrement que dans une communion par la télévision». Le rapport Mehl reconnaît que la communion devant le petit écran «ne doit être recommandée qu'à ceux que des motifs sérieux empêchent de se joindre à une communauté assemblée». Le professeur Chappuis apporte un argument original: «il faut bien se demander si l'on a, dans les Églises, pris conscience et pris acte de la naissance, dans l'histoire, des formes nouvelles de communautés humaines que les communications ont suscitées[…] Les associations sportives, il faut le constater cum grano salis, paraissent avoir réfléchi là-dessus plus activement[…] On peut craindre, au moment où se développent les transmissions télévisées de matches de football, que les stades soient désertés. Il n'en a rien été pour les concerts, et il n'en est rien, apparemment, pour le football (note n° 21). De nouvelles formes de participation se sont juxtaposées aux anciennes sans les annihiler et même souvent, à bien des égards, en les valorisant» (opus cit., p. 175).

5. Conclusion du rapport de Roger Mehl. «Aucun obstacle théologique majeur ne s'oppose à la pratique de la Sainte Cène prise devant le petit écran[…] Cette pratique ne doit être recommandée qu'à ceux que des motifs sérieux empêchent de se joindre à une communauté assemblée».


§ 3. Rappel de la position catholique.

Nous étions quelques responsables européens d'émissions religieuses catholiques invités au séminaire Farel 1980. Interpellés amicalement par les théologiens réformés, nous avons manifesté notre grand intérêt pour la recherche et notre grande fermeté doctrinale. En particulier, nous avons rappelé les points de divergence avec les positions des théologiens réformés:

1. La présidence de l'assemblée qui célèbre est réservée à un ministre validement ordonné en qui se réalise la continuité du ministère apostolique et dont la présence manifeste au peuple, grâce à l'Esprit, qu'il ne se donne pas l'Eucharistie mais qu'il la reçoit du Christ.

2. Toute l'assemblée célèbre. Non pas une assemblée disséminée anonymement derrière les petits écrans de télévision mais un peuple de croyants physiquement présents dans un lieu où ils expriment la joie et la volonté d'être ensemble. Chrétiens qui devraient venir - comme le souhaite la réforme liturgique - non pas uniquement par devoir mais par besoin parce qu'ils perçoivent que leur identité chrétienne est liée à l'Eucharistie. Assemblée qui est prête à accueillir la télévision dans un esprit missionnaire et dans une ouverture fraternelle aux frères isolés ou en recherche de communautés priantes, de foi, de vérité, de beauté.

3. La communion eucharistique est intimement liée à l'action eucharistique qui se déroule dans un lieu donné. La vie diaconale de l'Église y trouve sa source et manifeste à tous ceux qui sont légitimement empêchés de venir à la messe que l'assemblée y rompt le pain eucharistique avec eux pour l'avènement du monde nouveau.

* * *


Il est juste de souligner que la controverse protestante ne nous a pas laissés indifférents. Nous étions unanimes à reconnaître qu'un élan nouveau devait être donné à la recherche télévisuelle afin d'éviter la consommation abusive du cultuel à l'écran et de favoriser une authentique rencontre chrétienne chez les téléspectateur tirés peu à peu de leur passivité et de leur «gloutonnerie optique».

C'est à rêver à ces possibilités futures que nous consacrons la dernière partie de nos réflexions.


V. PRÉSENCE CULTUELLE OU RENCONTRE CHRÉTIENNE?

La retransmission télévisée de l'Eucharistie fait courir le danger de se donner en spectacle et au téléspectateur la tentation de ne guère sortir de sa passivité habituelle ainsi que d'une piété individualiste.

Conscients des fausses évidences que nous véhiculons, nous cherchons à découvrir de nouvelles voies dans la conjonction d'une meilleure communication télévisuelle et d'une annonce plus missionnaire de l'Évangile.

Nous faisons nôtre la réflexion du cardinal Etchégaray: «Le dimanche matin, le petit écran devient une fenêtre ouverte. L'Église ne veut pas d'un air confiné et elle invite à découvrir la variété et la richesse des communautés chrétiennes: au fil des dimanches, se poursuit un long tour de France permettant de rejoindre des croyants rassemblés pour l'Eucharistie dans les cités nouvelles, les villages de campagne ou les métropoles; grâce à l'Eurovision, sont franchies les frontières et les mers[…] Quelle invitation à faire Église ensemble! Quel signe d'espoir peut constituer cette émission pour tous ceux qui, dans un monde souvent desséchant et durci, cherchent des "sources" où se refaire, pour tous ceux aussi que leur santé retient à la maison ou dans un établissement de soins! (note n° 22)».

§ 1. Liturgie et technique (note n° 23).

Ce qui est premier dans la technique télévisuelle, ce n'est pas l'action de fabriquer, d'utiliser des outils mais bien le dévoilement (note n° 24). Cette révélation, caractéristique de la religion, ne se fait pas sans difficultés. Nous l'avons rappelé en parlant du fait religieux (p. 483). La télévision est capable de sacraliser le quotidien et d'imposer à ses adeptes un rythme quasi-liturgique: le journal de midi, la lecture spirituelle de l'après-midi, les émissions d'avant-soirée, le journal de 19h30, la grande émission du soir. Ce n'est plus le son de l'Angelus qui rythme les journées mais l'appel d'une charmante speakerine dont la voix devient plus familière que le battement des cloches du quartier. Le journaliste, mieux connu que le curé de l'endroit puisqu'on le rencontre quotidiennement, représente souvent ce que ressentiront la majorité des gens à l'écoute des nouvelles. Ainsi se sont formés peu à peu de nouveaux mythes et des idoles auxquelles on obéit. On se tait mieux devant les écrans de télévision que dans le fond de nos églises de campagne. Les braves gens consomment cette religion nouvelle comme une nourriture indispensable à la survie quotidienne.

La messe télévisée est sans cesse menacée par ce piège: on lie naturellement la télévision à l'anniversaire d'une association, à la mise en évidence d'une chorale, d'une manifestation profane. Le téléspectateur peut y être - comme dans d'autres émissions - simple consommateur de sons et d'images. S'il fallait en rester là, le reproche du professeur Chappuis aux Églises qui se donnent en spectacle prendrait tout son sens.

Comme le théâtre télévisé est parti de la simple retransmission de ce qui se passait sur une scène pour élaborer progressivement des créations propres à l'art télévisuel, nous sommes invités à la recherche d'un langage et d'une communication qui donnent ses vraies dimensions à l'action liturgique et qui arrachent le téléspectateur à la vision passive d'un spectacle fermé et achevé pour le convier à une action où il s'implique.

«Que meure l'idole afin que vive le symbole (note n° 25)»! La modeste recherche sur le rôle de l'image et le dynamisme de la parole manifeste notre souci - responsables et réalisateurs de messes télévisées - de faire œuvre nouvelle dans les limites que nous fixent le coût élevé d'une émission, les contraintes matérielles locales, la qualité liturgique d'une célébration et l'inspiration du directeur de la photographie, de l'ingénieur du son et de tous ceux qui assurent la retransmission.

1. L'image, parabole de Dieu.

La Révélation, c'est Dieu qui laisse des traces dans le monde et dans l'histoire. Pour se révéler, «Dieu se sert de tous les "media" disponibles aux temps bibliques, leur donne du corps et les inspire de sa puissance de conviction et d'émotion. Il est tellement dans le médium qu'il n'est pas exagéré de dire que le medium est Dieu[…] La corrélation entre la Révélation biblique et les media est impressionnante (note n° 26)».

La réalisation d'une messe télévisée n'est pas simple reportage de ce qui se passe et l'image simple reproduction de la réalité. La télévision-miroir ne sert pas l'action liturgique. Son rôle est de dévoiler l'au-delà de ce qui se voit et de renvoyer au mystère; par des plans appropriés, elle crée des ouvertures à la prière sans distraire le téléspectateur absorbé par ce qu'il voit en le vivant. La technique devient parabole de Dieu et fait voir dans le signe la réalité qu'il rend présente.

Cette possibilité est inscrite dans un travail réussi de la télévision. Le réalisateur imprime un récit d'images devant les yeux des téléspectateurs et en révèle le sens subtil; il présente au lieu de représenter: tel serait le souhait de Mac Luhan
(note n° 27). La caméra est un instrument merveilleux qui amène le récit des images en plans multiples; le mélange en cabine favorise le relief, le rythme et les enchaînements. L'espace caractéristique de la TV est de l'ordre du tête-à-tête. L'espace télévisuel comprend le triangle balayé par les caméras (dont la pointe avancée est le gros-plan) et le petit cercle de personnes qui entourent l'écran (note n° 28). Cet espace détermine une certaine manière de jouer. Le jeu à la télévision se fait plus intérieur et plus direct. La dynamique du visage prend une grande importance (note n° 29).

2. Participation - distanciation.

Dans son travail de révélation et d'éducation des hommes, Dieu se fait reconnaître comme le Tout-Autre mais aussi comme le Tout-Proche.

L'image, à la télévision religieuse, sera symbole de participation et de distanciation.

«a) Toute image qui supprime l'un ou l'autre moment du couple participation-distanciation, l'un ou l'autre pôle de la bipolarité est, en fait, idolâtre: supprime-t-on la participation. Dieu est enfermé dans l'incommunicabilité et devient le lointain, l'abstrait, "l'objet" sacré; supprime-t-on la distanciation. Dieu est réduit à la représentation humaine, il est "chosifié".

b) Toute image qui ne s'applique pas à tenir ensemble, littéralement: à symboliser la participation et la distanciation, se condamne à devoir boucher les trous, c'est-à-dire à faire du remplissage, ce qui signifie, en termes d'audiovisuel, faire du spectaculaire, du voyeurisme.

Un exemple cinématographique est particulièrement parlant: celui de la représentation de Jésus dans les films respectifs de Franco Zeffirelli («Jésus de Nazareth») et de Pier Paolo Pasolini («La Passion selon Saint-Matthieu»). Le premier a très nettement tendance à privilégier la participation: il dit tout sur Jésus, il montre les miracles, il fait du spectaculaire. Le second pratique exactement l'inverse: Jésus, en tant que Fils de Dieu, échappe au maximum; il est surtout l'ardent défenseur de l'humain.

c) Tout communicateur chrétien qui n'offre pas à son public la possibilité de s'engager dans la communication à l'appel de l'image participative et, en même temps, la possibilité de s'en distancier, est, en fait, déjà sorti du champ de la communication basée sur l'incarnation et la présence téléréelle.

Cela signifie concrètement, que le communicateur chrétien se refusera à faire, non pas du spectacle mais du spectaculaire; non pas des émissions attractives, mais de l'attraction à tout prix; non pas de la sensation mais du sensationnel[…] (note n° 30)».

3. Image ou icône?

Au temps des cathédrales, une Bible de pierre conduisant le peuple au cœur du mystère du salut et les constructions monastiques lui donnaient le sens, l'ordonnance du beau dans une vision d'éternité.

Au temps de la télévision, l'objet symbolique redevient signe qui disparaît dans ce qu'il annonce et reste riche de ce qu'il tait en l'annonçant. La mise à distance de l'image réelle, par le travail des caméras, brise les effets miroitants d'une vision plate. Dans le récit visuel, la toile de fond des images suscite un autre regard (note n° 31) chez le téléspectateur captivé par le déroulement du mystère liturgique (note n° 32). Son regard peut devenir regard christique, fait de respect, d'admiration, de sympathie.

On peut rêver à l'avènement d'artistes de l'image qui travailleraient à la manière de Bergman: ils feraient sortir de l'anonymat de la foule ces visages humains qui sont épiphanies de la transcendance. La dynamique du visage, si chère à la prise de vues télévisuelle, serait sculptée avec l'art des artistes du Moyen-Âge. Parfois le rêve devient réalité: qui n'a en mémoire ces visages étonnants de moines et de moniales dans la série d'émissions «Des moines et des hommes (note n° 33)»?

La preuve ultime de Dieu aujourd'hui est la face humaine qui se dépouille de faux semblants et devient icône (O. Clément) (note n° 34).

4. Une Parole vivante (note n° 35).

«Nous avons appris de Gaston Bachelard que l'image n'est pas un résidu de l'impression, mais une aurore de parole[…] ici, l'expression crée de l'être» (P. Ricoeur).

La Parole prend corps comme l'image. Une parole dynamique jaillit de l'image biblique et la liturgie de la Parole ne peut en être une expression affadie. «Les prophètes n'ont pas fini leur travail, mais ils reçoivent aujourd'hui de nouveaux auditeurs (note n° 36)». En télévision, image et parole se donnent vie par complémentarité, redondance ou opposition; leur couple est réel et fécond, même en ce qui concerne la radio dont la parole doit être imagée et imageante (note n° 37).

La célébration de la Parole de Dieu est un moment important de la messe télévisée. La technique est en mesure de donner le relief idéal à l'image et la qualité maximale au son. Elle ne peut truquer la réalité: son travail est d'aller chercher au cœur d'une assemblée qui écoute activement et sur le visage du lecteur des signes qui relient Dieu à son peuple. «Jeu de transparence ici encore: lorsque tu entends le lecteur proclamer la Parole - avec foi et modestie - pense que c'est Dieu qui vraiment t'invite et te parle (note n° 38)».

Dans l'ensemble de la liturgie télévisée, célébrant, prédicateur, lecteurs sont invités à recourir à la parole directe: en s'adressant à la caméra autant qu'à leur communauté, ils introduisent le téléspectateur isolé dans la célébration commune. Récemment, un jeune bien préparé à lire adressait de temps à autre un regard pénétrant à la caméra: de nombreux téléspectateurs nous écrivirent pour féliciter ce jeune dont la conviction les avait touchés. Du regard à la foi, l'autre regard: ainsi va et vient la parole vivante.

Un souhait souvent exprimé: que célébrant et prédicateur abandonnent le langage hermétique ou banal pour trouver, dans le respect du sacré, une parole simple et poétique pour émouvoir le téléspectateur!

Travail de catéchèse important par la beauté de l'image jumelée à la qualité de la parole. Claude Santelli, grand réalisateur français, nous a souvent rappelé que le propre de la télévision est de faire accéder à l'idée par l'émotion (note n° 39).

Prêcher à la télévision, s'adresser à un auditoire invisible de plus de 100 000 personnes est une grande responsabilité ecclésiale. De surcroît, la situation est pénible pour celui qui ne peut faire se rejoindre la voix et le témoignage de vie. Le piège est réel de se comporter en acteur de théâtre qui joue son rôle, en reporter qui reste en surface des richesses de la Parole, en vedette qui soigne ses fans. Bossuet a dit que les prédicateurs sont comme des canaux dans lesquels passe l'eau; il faut souhaiter que quelques gouttes restent dans le cœur et l'esprit des auditeurs.

Notre objectif à long terme est de constituer une véritable équipe de trois ou quatre prédicateurs qui reflètent les milieux et les sensibilités et qui sauront assurer une unité dans la catéchèse. On peut même envisager de développer par les moyens de la télévision une liturgie de la parole, une lecture des textes sacrés, une initiation à la prière qui prendraient parfois le relais de la messe télévisée. Il vaut bien la peine qu'on y pense, lorsqu'on a la possibilité de rassembler chaque mois 250 000 personnes volontaires derrière le petit écran.

§ 2. Au fil du calendrier

De quinzaine en quinzaine, l'équipe de la messe télévisée rejoint les communautés qui célèbrent. Grande diversité de la vie ecclésiale de la région francophone qui se mêle quatre ou cinq fois par an aux célébrations de l'Église universelle, grâce à l'Eurovision et à la Mondovision. Variété de rassemblements et diversité d'expressions liturgiques que nous passons brièvement.

1. La messe en paroisse

Notre intérêt se tourne vers des communautés simples et vraies, spécialement celles qui cherchent à vivre de leur mieux la liturgie de Vatican II. Notre premier souci est d'encourager les paroisses dans leur effort de renouveau tant sur le plan de la célébration que du chant (chorales et participation de l'assemblée). Grâce à une première prise de contact avec le curé et les responsables paroissiaux, nous mettons délibérément l'accent sur une mobilisation spirituelle de la paroisse pendant la période de préparation; il nous arrive d'envoyer un membre de l'équipe expliquer les enjeux pastoraux d'une telle réalisation. Préparation spirituelle et matérielle: il ne s'agit pas de se produire en spectacle mais d'éveiller un sens pastoral nouveau dans une communauté appelée à vivre sa liturgie dominicale en ouvrant les fenêtres aux téléspectateurs, nos frères. Notre deuxième souci est de donner aux téléspectateurs intéressés les exemples concrets qu'ils attendent pour les réaliser eux-mêmes dans leur communauté.

2. La messe en communauté

Messe monastique, messe d'enfants, messe pour les gens du troisième âge… sont autant de célébrations marquées par le caractère spécifique de ces communautés stables ou momentanées.

La messe monastique souligne l'intériorité et la beauté du chant; la messe d'enfants s'inspire de la catéchèse actuelle qu'ignorent souvent nos téléspectateurs.

Il y a également les messes liées à la vie des gens: bateliers, gens du voyage, messe des moissons, messe des travailleurs…

À travers ces types de messes, nous poursuivons quelques objectifs spécifiques:

a) casser le stéréotype de la Messe-en-soi, célébrée à 11 heures, avec plusieurs prêtres et celui des églises bien remplies.

b) faire se rejoindre vie des gens et eucharistie (note n° 40).

3. La messe en studio.

C'est une célébration délicate à faire passer et les sondages manifestent que les gens ont des difficultés à s'y habituer. Imposée par les restrictions budgétaires, elle cherche sa voie avec un certain nombre d'erreurs et d'hésitations.

Elle nous offre cependant un défi à relever. Nous souhaitons la réserver à des groupes de jeunes chrétiens qui vivent et célèbrent entre eux sans se rattacher nécessairement à un territoire; il ne s'agit nullement de groupes en rupture avec l'Église mais d'équipes de foyers, équipes de prière, groupes de Taizé, S.M.J., M.E.J., Scouts, Patros… qui sont habitués à faire des célébrations domestiques.

La réalisation y trouve les conditions les meilleures pour des expériences de créativité technique et liturgique: éclairages appropriés, fond de documents et d'images filmées qui défilent en contrepoint des parties musicales, duplex, effets spéciaux.

4. La messe en eurovision.

Pâques, Pentecôte, 15 août, Noël: les télévisions d'Europe joignent leurs faisceaux hertziens, leurs finances et leurs commentateurs pour souligner les grands événements de la vie chrétienne. À Noël 1980, Radio-Canada nous a offert en direct la messe de minuit célébrée à 18 heures dans l'Église de Varennes. C'était la première Mondovision d'une messe de minuit, à Noël, chez nos cousins partis là-bas dans les siècles passés. Le satellite, annonciateur des temps nouveaux de la télécommunication, avait réalisé ce miracle technique.

Pour parvenir à un accord en ces matières, les représentants des messes télévisées des pays latinophones (France, Suisse, Espagne et Belgique) se retrouvent chaque trimestre pour se proposer, des mois à l'avance, des messes à relayer dans les divers pays. Si l'accord de principe se réalise, les délégués en font part aux services des eurovisions de leurs chaînes respectives qui prennent les décisions.

Peu à peu, ces messes se sont dépouillées de la pompe liturgique pour offrir un visage plus simple et plus profond de la Catholicité.

§ 3. La messe en différé?

En période de crise, des restrictions budgétaires s'imposent à la R.T.B.F. comme dans les autres services publics (note n° 41). Les responsables des émissions nous proposent de réaliser et de diffuser en direct les messes télévisées le samedi soir et de prévoir une rediffusion le dimanche à 11 heures pour rester dans les habitudes. Qu'en penser?

1. La réflexion théologique:

La commission interdiocésaine de pastorale et de liturgie (C.I.P.L.) nous donne un avis autorisé:
a) la santé de l'agir sacramentel suppose une conjonction entre l'action liturgique et la participation à celle-ci. Dans le cas de messes par radio ou TV, cette conjonction est déjà distendue, au point que la messe risque d'être simplement regardée comme un spectacle par certains.

Accentuer ce décalage nuirait davantage au sacrement. Il nous semble que la piste du préenregistrement doit être écartée pour ce qui est de l'eucharistie: à la limite, on pourrait préfabriquer des cassettes pour les dimanches des trois années et se contenter de les reproduire indéfiniment.

b) il y a aussi le «hic et nunc» de l'acte sacramentel. Chaque eucharistie est un acte original: il s'agit de rendre grâce, au cœur du monde, dans une situation historique sans cesse nouvelle, pour la mort et la résurrection du Christ. Admettre la façon naïve les rediffusions de célébrations eucharistiques, c'est négliger cet aspect fondamental. Il est bon de sauvegarder autant que possible les éléments de la célébration: une communauté chrétienne réelle célèbre en un endroit donné, elle rend grâce en connaissance de cause, dans une situation précise (histoire du monde et situation ecclésiale) (note n° 42)».

2. La pratique pastorale européenne.

les responsables des émissions religieuses des pays d'Europe ont toujours rejeté la pratique du différé par respect de tous ceux pour qui la messe télévisée est la seule messe à laquelle ils puissent participer. La messe est acte et non pas simple spectacle. C'est au cours de cet acte-là, en union consciente avec la communauté qui célèbre à la télévision, qu'ils peuvent prier et chanter dans la conviction qu'ils rejoignent l'événement qui se célèbre réellement à ce moment-là (note n° 43).

3. L'avenir des messes télévisées.

En accord avec la conférence épiscopale de Belgique, la Radio-Télévision Catholique Belge a cherché avec les responsables de la R.T.B.F. une solution qui tient compte des restrictions budgétaires, de l'avis des théologiens et de la pratique pastorale européenne. À partir de 1983, la R.T.B.F. ne produira plus que six messes en direct, le dimanche matin: une réalisation en studio et cinq captations (Brabant wallon, Bruxelles, Liège, Namur, Tournai). Le nombre de relais de TF 1 passera à vingt; grâce aux excellent rapports avec le Jour du Seigneur, on peut espérer que les réalisateurs français seront attentifs au public belge.

4. La messe en différé au Canada.

Radio-Canada utilise constamment le différé pour que l'ensemble des programmes soit reçu à la même heure locale dans le pays; cela est dût aux décalages horaires qui sont liés aux cinq fuseaux horaires qui partagent le territoire. Dès les premiers temps de la télévision canadienne, les habitants se sont pliés à cet impératif; peu à peu, la psychologie profonde du Canadien s'est adaptée. Actuellement, cette mentalité permet d'accueillir toutes les émissions - y compris les informations et la messe télévisée - à la même heure locale décalée d'est en ouest.

5. Faut-il renoncer définitivement au différé?

Respectueux de la position des croyants, les professionnels de la télévision se gardent de prendre position sur les données théologiques et pastorales énoncées plus haut. Toutefois, certains d'entre eux se demandent si nos réserves à l'égard du différé ne sont pas excessives et si elles reposent sur une connaissance suffisante de l'acte télévisuel. Ce que nous refusons aujourd'hui, ne devrons-nous pas l'admettre avec un certain retard? L'avenir nous le dira (note n° 44).


VI. AU SERVICE DE L'ÉGLISE

Malgré les pièges qui ont jalonné l'histoire de la messe télévisée, celle-ci garde sa place au sein des activités de l'Église. Les analyse précédentes en ont donné les raisons:

1. La messe télévisée est devenue un service d'Église important pour les malades, les handicapés, les personnes âgées tout en favorisant le service diaconal des paroisses. En outre, elle stimule positivement les communautés qui l'accueillent.

2. Elle reste un lien pour les chrétiens qui abandonnent la pratique dominicale; ce n'est pas en supprimant cette messe que nous pourrions les ramener à l'église. Par contre, les responsables de l'émission souhaitent leur donner à nouveau le goût et l'élan nécessaires pour y retourner.

3. La messe télévisée est un appel missionnaire pour la grande masse des indifférents. Elle a le privilège de pénétrer partout et de ne s'imposer à personne. Au cœur des villes anonymes et des campagnes isolées, elle offre un témoignage direct de la foi des chrétiens d'aujourd'hui. Plus les gens sont éloignés du christianisme et plus la messe reste pour eux une fenêtre ouverte et une vision crédible sur la vie de l'Église.

4. Medium incomparable pour manifester l'aspiration des croyants à un monde plus juste, plus solidaire et fraternel, la télévision peut également amener la vie des hommes, la souffrance du monde dans les yeux et le cœur des téléspectateurs. Si elle prend la peine d'approfondir cette piste, elle manifeste que là où se partage le pain eucharistique, il y a espoir humain et espérance chrétienne pour un monde nouveau.

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NOTES

Note n° 1:
Nous prenons ce titre en souvenir des rencontres amicales et enrichissantes du Séminaire Farel à l'Université de Neuchâtel (Suisse) où se retrouvent communicateurs religieux et théologiens.

Note n° 2:
Le Jour du Seigneur, Information, n° 14, déc. 1978.

Note n° 3:
Cette synthèse s'inspire largement de DEFOURNY, V., La messe télévisée, Mémoire de licence en communication sociale, U.C.L., 1981, p. 4-8.

Note n° 4:
Institut National de Radiodiffusion; en néerlandais: N.I.R.

Note n° 5:
Considérée comme un correctif important au monopole des Instituts de Radio-Télévision, la concession d'émissions à des associations extérieures et fondations est garantie par la loi du 18 mai 1960, art. 25, § 5: un arrêté royal du 2 juillet 1964 réglait les conditions et modalités de reconnaissance des associations et les principes devant inspirer la réalisation des émissions. Dispositions reprises dans le décret du 12 décembre 1977. Parmi ces associations, citons la Radio-Télévision Catholique Belge, La Pensée et les Hommes, les émissions protestantes et israélites, etc.

Note n° 6:
Protocole d'accord établi en juillet 1979 entre la Conférence épiscopale et les nouveaux responsables de la R.T.C.B.

Note n° 7:
Les sondages en télévision réalisés par la RTBF ont lieu chaque jour de l'année et portent sur l'ensemble des stations captables en Belgique. Les résultats sont obtenus en interrogeant un panel de personnes âgées de 15 ans au moins et représentatives des téléspectateurs de Bruxelles et de Wallonie. La tâche de remplir un bulletin de vision pendant une semaine d'affilée est astreignante et entraîne de nombreux refus. C'est pour cette raison que les sondages se basent sur cinq panels de 400 personnes chacun. Chaque membre du panel est interrogé une semaine toutes les cinq semaines et l'ensemble de 2 000 personnes peut être interrogé pour des enquêtes plus approfondies, en dehors des sondages de routine. Les résultats sont livrés environ quinze jours après le passage des émissions. Ils comportent:
- quart d'heure par quart d'heure, pour chaque jour de l'année, la quantité de téléspectateurs à la vision. Les résultats sont donnés en détails pour les six chaînes de langue française…

- la part relative, c'est-à-dire la proportion du public à la vision d'une station, par rapport à tous ceux qui sont à la vision au même moment (notation en points, un point équivaut à 35 000 téléspectateurs).

- le degré de satisfaction de ceux qui ont écouté les différentes émissions (notation sur dix points).

Les sondages d'opinion, Études de Radio-Télévision, n° 29, février 1981, R.T.B.F., Bruxelles

Note n° 8:
Cette impression nous vient du fait que la plupart des lettres qui nous parviennent sont écrites par des personnes âgées, isolées qui sont heureuses du contact extérieur que donne la messe télévisée. Cf. DEFOURNY, V., La messe télévisée, p. 45-46.

Note n° 9:
QUEROY, J.P. «Mémoire pour l'Institut Catholique de Paris», cité par MANSIR, Jean, Les messes et les cultes à la télévision, communication au séminaire Farel, 1980, p. 4-5.

Note n° 10:
DEFOURNY, V., La messe télévisée, p. 125-126. Ce portrait-robot est le résultat d'une analyse quantitative et structurale de près de 2 000 lettres et cartes postales. Construit d'abord avec des chiffres, ce travail ne néglige par la suite aucun indice susceptible de faire parler le courrier: le ton, les digressions, les types de support et le paysage qualificatif nous mettent sur la piste de l'inconscient des lettres.

Note n° 11:
SCHAEFFER, Hein, «La célébration eucharistique à la télévision: réflexions sur une pratique» dans CONCILIUM, FÉVRIER 1982, P. 77-87. Le lecteur y trouvera notamment une synthèse des objections théologiques manifestées entre 1950 et 1970; en outre, la diffusion de célébrations eucharistiques dans le cadre d'un plan pastoral mis sur pied en 1974 aux Pays-Bas rejoint l'essentiel de nos préoccupations.

Note n° 12:
«La vie chrétienne n'est pas un spectacle qu'on regarde. Elle est une rencontre avec Dieu. Regarder la messe télévisée, prier avec des chrétiens qui célèbrent dans une église lointaine est un bien, mais cela ne suffit pas! Cela pourrait même être un alibi, une excuse […] Il faut être proche de celui qu'on veut rencontrer et proche des frères qui prient le même Père». Cardinal Marty, interview à TF1, Noël 1981, émission «Un Noël, une vie».

Note n° 13:
Cette restriction indique simplement que nous ne refusons pas a priori la possibilité technique d'une communication authentique à distance.

Note n° 14:
«[…] dans une même communion de la foi et de charité, nous nous sentons proche de ceux et de celles qui grâce à la télévision sont des nôtres ce matin. Nous les portons toutes et tous dans notre prière, spécialement ceux qui en raison de l'âge, de la santé, de la maladie, du handicap sont privés de la communion et de la communauté eucharistiques». HUARD, Mgr, ouverture de la messe télévisée à l'Abbaye de Soleilmont, le 14 mars 1982.

Note n° 15:
Une fois par an, les associations diocésaines «Pâques-Rencontre» organisent la rencontre avec un prêtre de tous ceux qui se manifestent par téléphone à l'occasion de la messe radio ou TV, aux environs de Pâques, en vue de recevoir une simple visite d'amitié, de renouer le contact avec la paroisse, d'accueillir la réconciliation, l'onction des malades ou la communion pascale.

Note n° 16:
«Ne nous braquons pas trop sur les malades. Je sais qu'ils sont une partie de l'auditoire. Mais outre qu'il est difficile à un bien-portant de parler à des malades sans que cela sonne faux, pourquoi faut-il leur parler autrement qu'aux autres? Nous ne faisons pas une émission “Souvenirs-souvenirs” pour le troisième âge». DUBOIS, Louis, responsable des messes radio, rapport annuel 1980.

Note n° 17:
Cette position nous est connue par le Séminaire Farel, Neuchâtel 1980, débat public animé par CHAPPUIS, J.M., professeur de théologie pratique à l'Université de Genève et par HEINZ, Gérard, «Radiodiffusion et télévision, Approches théologiques», thèse de doctorat d'État présentée à la Faculté de Théologie protestante de l'Université des sciences humaines de Strasbourg, 1981, 557 pages. Parmi les publications ayant trait à cette position doctrinale, nous retiendrons CHAPPUIS, J.M., «La téléprésence réelle», dans Positions luthériennes 2, Paris, 1978. Ajoutons le Rapport officiel au Conseil de la Fédération Protestante de France, en date du 28 septembre 1975, présenté par le professeur Roger Mehl, doyen de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.

Note n° 18:
«Les Églises n'ont pas le droit de se donner en spectacle. Elles n'ont pas le droit de consentir à métamorphoser leurs célébrations en auditions ou en démonstrations. Elles n'ont pas le droit de traiter en simple consommateur de sons et d'images l'auditeur de radio et le téléspectateur. Elles doivent ou bien le respecter assez pour ne plus rien lui proposer, ou bien lui conférer un statut de participation qui soit digne du message de salut qu'elles lui offrent. Le temps des demi-mesures est passé. Le temps est venu de la téléprésence réelle». CHAPPUIS, J.M., «La téléprésence réelle», dans Positions luthériennes 2, p. 176.

Note n° 19:
Nous nous inspirons très largement de HEINZ, R. opus cit. p. 463-476.

Note n° 20:
Le 25 janvier 1976, c'est un luthérien, le pasteur Glemme, qui invite les téléspectateurs à déposer devant eux le pain et le vin et qui fait se dérouler sous leurs yeux un remarquable culte télégénique qui invite à la participation active. Cette émission était transmise de Uméa (Suède).

Note n° 21:
Il faut cependant constater qu'au niveau des pratiques belges, les clubs de football ne partagent pas le même enthousiasme que le professeur Chappuis; ils mettent des conditions draconiennes à la retransmission TV des matches exclusivement internationaux; l'annonce en est faite au dernier moment quand la vente des places est assurée. La vision en différé n'est pas rare. Ajoutons que les gens vraiment motivés pour le sport ou la musique trouvent normal d'être présents au concert ou dans les tribunes du stade. On y communie bien mieux à l'art ou à la compétition.

Note n° 22:
Le Jour du Seigneur, n° 14, décembre 1978, p. 6.

Note n° 23:
Le lecteur pressé ou peu enclin à ce genre de réflexion peut passer sans dommage au § 2.

Note n° 24:
HEIDEGGER, M. «La question de la technique», dans Essais et conférences, Paris, 1958.

Note n° 25:
RICOEUR, P. De l'interprétation, essai sur Freud, Paris 1965, p. 510.

Note n° 26:
HEINZ, R. opus cit., p. 122-124.

Note n° 27:
MANSIR, Jean, Les messes et les cultes à la télévision, p. 13.

Note n° 28:
L'image télévisuelle avec sa faible définition n'assouvit pas notre œil comme la photo; elle nous atteint comme un vitrail ou comme la succession des vignettes d'une bande dessinée dont le petit écran rappelle la forme.

Note n° 29:
DEVLEESCHOUWER, Nadine, Approches du langage télévisuel, C.T.V., Bruxelles, s.d.

Note n° 30:
HEINZ, R., opus cit., p. 461-462. Nous ne prenons pas à notre compte l'expression «téléprésence réelle»: nous nous en sommes expliqués précédemment.

Note n° 31:
Les lecteurs auront reconnu au passage le titre de nos émissions et de nos publications, Radio Télévision Catholique Belge, avenue Rogier, 32 - 1030 Bruxelles. Un autre regard c'est essayer de voir comme Dieu voit. C'est le regard de la Foi.

Note n° 32:
Utilisé à dessein dans ce contexte, le terme mystère fait allusion aux religions à mystères du monde antique et plus spécialement encore à la pratique chrétienne ancienne dite «discipline de l'Arcane». Dans ce contexte-ci, il nous rappelle l'initiation que suppose l'émission d'une messe télévisée: nous ne sommes plus en chrétienté homogène et il est indispensable de revenir à des délais, à des rythmes et à une véritable progressivité dans l'initiation chrétienne. Comment la télévision échapperait-elle à cette exigence? Nous aborderons plus loin quelques pistes de catéchèse au travers d'une liturgie dominicale télévisée.

Note n° 33:
Les quatre émissions de Paul Roland et de Philippe Dasnoy, consacrées aux moines et moniales bénédictins, à l'occasion du quinze centième anniversaire de la naissance de Saint-Benoît, sont passées sur la Télé 2 en octobre 1980 et sur RTBF 1 en septembre 1981. Elles ont recueilli un accueil remarquable tant chez les non-croyants, les indifférents que chez les croyants. L'indice d'écoute a été de 14,1% d'audience avec une appréciation de 8,2 (excellent). Les deux journaliste de la RTBF, qui n'avaient pas cependant l'âme «naturellement chrétienne», ont été séduits par l'accueil des communautés, la valeur religieuse et humaine des personnes rencontrées. Il leur a plu de trouver des hommes et des femmes pour lesquels l'important n'était pas de se montrer à la télévision, mais tout simplement d'exister. Paul Roland, qui avait cheminé à travers les sentiers de la poésie, de la musique et des arts pour échapper aux idées reçues sur la religion et aux stéréotypes, a, dès le début, été fasciné par l'art romain. Il a désiré comprendre les hommes qui étaient à l'origine de cette prodigieuse réussite.

L'équipe de la RTBF nous invite donc à regarder vivre ces moines et ces hommes avec le profond désir de comprendre et de découvrir la prodigieuse impression d'authenticité de vie qui se dégage de leur contact, sentir la vérité de leur bouche et de leur cœur. «Des moines et des hommes», cité dans Cahiers de Télévision 1, septembre 1981, C.T.V., Bruxelles, p. 19-20.

Note n° 34:
Ajoutons ces textes d'E. Levinas: «La manière dont se présente l'Autre, dépassant l'idée de l'Autre en moi, nous l'appelons … visage. Cette façon ne consiste pas à figurer comme thème sous mon regard, à s'étaler comme un ensemble de qualités formant une image. Le visage d'Autrui détruit à tout moment et déborde l'image plastique qu'il me laisse, l'idée à ma mesure et à la mesure de son idéatum - l'idée adéquate» Totalité et infini, La Haye, 1971, p. 21 et encore «[…] Le visage, lui, est inviolable; ces yeux absolument sans protection, partie la plus une du corps humain, offrent cependant une résistance absolue à la possession[…]», Difficile liberté, Albin Michel, Paris, p. 22.

«Saviez-vous que je suis devenu chrétien parce que le christianisme m'est apparu comme la religion des visages?» (Patriarche Athénagoras).

Note n° 35:
Lire et méditer HAQUIN, André, «De quelques conditions pour célébrer l'Eucharistie» dans La Foi et le Temps, juillet-août 1981, p. 334-350. Nous avons volontairement écarté toute considération sur les problèmes des communautés acoustiques et électroniques parmi lesquelles l'église électronique des U.S.A. apparaît comme un contre-modèle de la communication chrétienne.

Note n° 36:
HAQUIN, André, «De quelques conditions pour célébrer l'Eucharistie», p. 341.

Note n° 37:
HEINZ, R., opus cit., p. 228.

Note n° 38:
HAQUIN, André, «De quelques conditions pour célébrer l'Eucharistie», p. 341.

Note n° 39:
En ce sens, rappelons la Messe de Stravinsky et la célébration télévisée à l'église Saint-Denis à Liège, en octobre 1981.

Note n° 40:
Un exemple éloquent nous est venu du Canada, lors de l'inauguration du grand barrage LG-2 de la Baie-James, le 28 octobre 1979. Tout au cours de la construction du complexe La Grande, le plus important aménagement hydraulique du monde situé à 1 500 km au Nord de Montréal dans la Taïga canadienne, des séquences avaient été filmées pour montrer la puissance de la technique dans ces terres, ces mers et ces glaces inhospitalières et pour approcher la peine de ces travailleurs pionniers qu'on appelait les géants de la Baie-James. Au cours d'une messe télévisée par la Société Radio-Canada et transmise à la même heure locale dans tout le pays, les travailleurs et leurs familles ont célébré cette Geste moderne de la nation canadienne en arrière-plan d'une eucharistie où Jésus rompt sa vie et la donne à tous. C'était saisissant et significatif: la liturgie pénitentielle déroulait sa litanie d'intentions sur des images dantesques qui présentaient la peine de ces travailleurs; sans cette messe, qui s'en serait rendu compte? Il en fut de même tout au cours de la liturgie ponctuée par des séquences filmées qui semblaient dire: «Tu es béni, Seigneur, Toi qui nous donnes ce barrage, fruit de la terre et du travail des hommes». Comment ne pas évoquer en ces instants la figure du Cardinal Roy, ancien archevêque de Montréal, quittant ce pays de l'eau et du bien-être pour rejoindre les missionnaires du Sahel, pays de la soif et de la misère?

Note n° 41:
Le personnel de la R.T.B.F. reçoit un double salaire pour ses prestations dominicales. C'est la règle pour les services publics.

Note n° 42:
C.I.P.L., Réflexions concernant les messes Radio et TV, La Pairelle, 7.06.1982.

Note n° 43:
En 30 ans, Le Jour du Seigneur (T.F. 1) n'a accepté que deux fois de remplacer la messe TV par des reportages pré-enregistrés des messes à l'occasion du voyage de Paul VI en Terre Sainte et lors du voyage de Jean-Paul II au Mexique. Ce genre d'expérience se justifiait a priori comme une volonté de rejoindre l'Église universelle. Mais, a posteriori, les responsables n'ont jamais caché que les images reçues étaient alors d'une autre nature que les images habituelles de la messe télévisée en direct.

Note n° 44:
Ce point de vue s'appuie notamment sur 25 ans d'évolution de la conception de la réalisation télévisuelle; nous pouvons la résumer comme ceci: 1) les premières réalisations sont parties du direct: tout se faisait sur plateau avec des équipements lourds et des audaces remarquables; ceux qui animaient ces soirées étaient à chaque émission, créateurs à la manière des gens du spectacle. 2) l'introduction des moyens électroniques légers, la conception plus élaborée de l'information et les coûts de production amenèrent progressivement l'utilisation des documents différés; cela ne se fit pas sans difficulté: pour les pionniers ce différé allait dénaturer les émissions; or, 10 ans plus tard, ce procédé est devenu le support indispensable des émissions d'actualités et personne ne s'en plaint.

La messe télévisée - pour ces professionnels - pourrait connaître une évolution analogue: enregistrée le samedi soir au cours d'une émission en direct, elle serait rediffusée le dimanche à l'intention de ceux qui n'auraient pu la suivre la veille. Ils appuient leur point de vue sur une double observation: a) du fait que l'Église a accepté tacitement pendant plus de 25 ans la messe à la télévision, cette émission est devenue un service indispensable pour un public cible; on n'a jamais abordé la nature de cette participation; b) or, dans les autres domaines, les professionnels constatent que le différé ne change pas le type de participation à condition d'en rester à un différé rapproché de l'événement direct; ainsi, le téléspectateur accepte sans décalage psychologique les nouvelles et les interviews préenregistrées; c) au lieu d'accepter une mesure qui accordait un temps d'antenne plus long aux messes télévisées depuis notre région francophone de Belgique, nous allons prendre les relais de TF 1 qui sont en direct mais qui accentuent la distance spatiale et le dépaysement. Est-ce mieux?