
Texte écrit pour le dossier La liturgie dans les médias
de la revue Liturgie, foi et culture
(automne 2004)
La liturgie dans la marmite
de « potion médiatique »
par Bertrand Ouellet
mai 2004
Ce fut toute une surprise.
Cétait au printemps 2003, à linitiative du Comité de diffusion des célébrations liturgiques (« le CDCL »), de la Conférence des évêques. Nous avions commencé lenquête en sachant quil y avait, çà et là au Canada francophone, des initiatives locales de télédiffusion de la messe, à la télévision communautaire en particulier. Les résultats nous ont tout de même étonnés. Cest que nous avons trouvé quatre-vingt-six émissions ayant un contenu liturgique, réparties en nombre égal entre la radio et la télévision. Vingt-et-un diocèses étaient impliqués, dont quatorze au Québec.
Des quarante-trois émissions de télévision identifiées, douze présentaient leucharistie tous les jours, sur les réseaux de câblodistribution locale, et douze autres la diffusaient une fois par semaine. À la radio, nous avons compté trois eucharisties quotidiennes, dont une en Innu sur la Côte-Nord, et dix eucharisties hebdomadaires, dont deux en Innu.
Un public qui en redemande
Linventaire de ces émissions révèle une grande variété tant dans les moyens utilisés et les compétences des personnes que dans les approches. Le tableau se diversifie encore plus quand on considère aussi ce qui se fait ailleurs dans le monde. Cest maintenant chose courante que de trouver la messe télévisée quotidienne sur les canaux spécialisés religieux ou sur les réseaux privés de câblodistribution. La retransmission par Internet en fait un phénomène à dimension planétaire.
Des responsables diocésains et des câblodistributeurs nous lont confirmé: il y a une demande et un public pour ces émissions, lesquelles peuvent être produites avec des moyens et des ressources modestes. Nous sommes donc dans une situation bien différente de celle dil y a vingt ou trente ans, alors que seules les grandes stations de radio ou de télévision pouvaient réaliser de telles émissions. On peut dire que nous sommes maintenant devant un phénomène qui surgit de la vie et de la base de lÉglise.
Dun extrême à lautre
Les messes radio- et télédiffusées se présentent suivant plusieurs modèles. Beaucoup defforts et de bonne volonté sont de toute évidence investis dans ces réalisations, qui peuvent être de véritables lieux dexpression de la vie de lÉglise locale. Mais bonne volonté nest pas toujours synonyme de compétence. Bien des émissions laissent à désirer, démontrant tantôt le manque de formation liturgique et théologique, tantôt un amateurisme navrant en matière de réalisation et une méconnaissance évidente du langage médiatique.
À un extrême, par exemple, on ne fait que capter la célébration et la transmettre en direct, sans commentaire ni adaptation pour le média: on se contente dun micro sur lautel ou dune caméra fixe, parfois mise en marche par le prêtre lui-même. Ainsi, de toutes petites radios paroissiales, de très faible puissance, il y en a une vingtaine au Québec permettent aux personnes retenues à la maison dentendre ce qui se passe dans leur église.
À lautre extrême, on est en studio, où il arrive que le prêtre soit complètement seul; certains optent pour le direct, dautres pour le différé; il en est qui enregistrent alors une ou même plusieurs célébrations à la suite, font le montage, insèrent des pauses ou de la musique, refont parfois lenregistrement dune séquence ou dune lecture jugée insatisfaisante la première fois, et préparent les cassettes qui seront ensuite diffusées au moment prévu dans la programmation.
Entre les deux extrêmes, toute une gamme de modèles se profile, mariant avec plus ou moins de bonheur la vie de communautés réelles et les exigences de la radio- ou de la télédiffusion.
Tout cela ne va pas sans poser des questions, bien sûr. Mais ce ne sont plus les mêmes quil ny a pas si longtemps.
Il y a une génération, les interrogations provenaient surtout de pasteurs et de théologiens qui réfléchissaient à partir de la nature de la liturgie et de lEucharistie et qui délibéraient sur lopportunité de les présenter ou non à la télévision, et à quelles conditions. Karl Rahner, par exemple, était connu pour son opposition de principe à la télédiffusion de la messe. (1) Aujourdhui, lexpérience vécue par les communautés et le public semble précéder la réflexion.
La question nest donc plus de savoir si la liturgie et lEucharistie ont leur place à la radio et à la télévision elles y sont, et de façons très variées. Il nous faut maintenant essayer de comprendre ce que cela nous dit de la relation actuelle de la liturgie et de la culture, laquelle est profondément marquée par les médias. Quelle inculturation de la liturgie est en train de se faire sous nos yeux, sur nos ondes et sur nos écrans? Comment une génération née dans la culture médiatique voit-elle et comprend-elle spontanément les pratiques liturgiques? Faut-il sétonner, par exemple, que dans tel diocèse on réclame que la messe chrismale soit télévisée ? « Si tout ce qui est important dans notre vie collective, aujourdhui, est télévisé», ma-t-on souvent demandé, «pourquoi serait-ce différent avec la liturgie ?». LHomo mediaticus laissera-t-il sa marque sur lévolution de la pratique liturgique de notre Église?
Comme Obélix dans la potion magique
Après cinquante ans de télévision, nous avons tous une longue habitude de la présence des médias dans nos vies. Ils marquent nos horaires et notre quotidien. Comme Obélix dans la marmite de potion magique, nous sommes collectivement «tombés dedans quand nous étions petits». Aussi pouvons-nous puiser dans notre propre expérience pour tenter de cerner les enjeux de la diffusion de la liturgie dans les médias.
Considérons cinq cas, des exemples bien familiers. Comparons-les, mentalement, avec le cas de la messe radio- ou télévisée. Quelles sont les similitudes? les différences? Quel éclairage cette comparaison jette-t-elle sur la question qui nous préoccupe?
Premier cas: la soirée du hockey
Pour beaucoup, la soirée du hockey est un événement quasi sacré. Quand la télévision dÉtat a envisagé de la retirer de lhoraire, les réactions furent telles que le parlement fédéral sen est mêlé.
Les téléspectateurs savent que des centaines de milliers de personnes voient lémission en même temps et en direct. Cet auditoire est de fait beaucoup plus important en nombre que celui qui est physiquement présent dans laréna où le match est disputé. La soirée du hockey est un événement qui se produit partout où lémission est captée. Il suffit de marcher sur la rue, en pleine ville, au moment où léquipe locale compte un but important pour sen rendre compte: une clameur se fait entendre, venant de partout.
Les parties de hockey sont toujours diffusées en direct et il ny a pas de diffusion en reprise. Si, à loccasion, la partie est jouée à une heure différente de lheure habituelle (un samedi après-midi, par exemple), on devance lheure de diffusion, déplaçant ou annulant les émissions normalement présentées à cette heure. Le hockey ne souffre ni différé ni reprise.
Très souvent, les amateurs se réunissent pour voir lémission chez lun dentre eux ou, sur grand écran, dans un bar, un cinéma ou une aréna. Le fait dêtre avec dautres fait partie du rituel.
Tout cela sapplique, bien sûr, aux spectateurs et non aux joueurs. Il est évidemment impossible de jouer au hockey par média interposé.
Deuxième cas: le dernier épisode dun téléroman populaire
Ici encore, il y a un événement vécu simultanément par des centaines de milliers, voire des millions de personnes. On attend lévénement, et on en parlera le lendemain. On sait, bien sûr, que lémission a été enregistrée et montée à lavance (savoir quand elle la été na pas dimportance) et que tout ce qui se passe, à lheure prévue, est quun signal électronique est émis et diffusé. Il ne se passe rien, à ce moment, sur une scène, dans un théâtre ou dans un studio. Lévénement nexiste que sur les ondes. Lauditoire nen est pas moins réel, et lévénement, pas moins intense. Il se passe réellement quelque chose au moment de la diffusion.
Si lon manque lémission, on pourra la voir en différé. Beaucoup la reverront en reprise avec plaisir.
Contrairement aux joueurs de hockey qui doivent être tous ensemble au même endroit au même moment pour que la partie puisse se dérouler, les acteurs peuvent souvent nêtre présents que pour lenregistrement des scènes qui les concernent et ne les tournent pas nécessairement dans lordre où elles seront présentées dans le produit final. Il arrive, par exemple, que les scènes dextérieur soient toutes tournées à la suite lune de lautre, et que lon fasse le reste en studio des semaines ou des mois plus tard.
Troisième cas: la rediffusion den reportage, dun documentaire ou dune entrevue
Les chefs-duvre de la littérature comme les écrits des grands penseurs transcendent le temps et les cultures. Des siècles peuvent avoir passé et pourtant on peut les lire pour la première fois et être profondément touché, bouleversé ou changé à tout jamais. Découvrir les poèmes de Nelligan ou de Jean de la Croix, lire pour la première fois Le Petit Prince ou le journal de Jean XXIII peuvent être des expériences décisives. Il peut en être de même pour des documents électroniques, des enregistrements de radio ou de télédiffusion. Les émissions de reportage sur des événements historiques et les entrevues avec des figures marquantes de la vie publique, par exemple, ont le potentiel de construire un pont par-dessus les ans, voire les générations. Quand, des mois plus tard, jai vu sur Internet la messe célébrée à Notre-Dame de Paris le 12 septembre 2001 (le lendemain du 11, donc), jai été bouleversé par une homélie courageuse, lucide et lumineuse. Que certaines célébrations liturgiques puissent ainsi laisser des traces électroniques et rejoindre des auditeurs ou des téléspectateurs par-delà le temps nest pas si différent, au fond, du fait que nous puissions encore découvrir comme si cétait la première fois des homélies et catéchèses de Pères de lÉglise.
Quatrième cas: les CDs et les vidéos
Les arts classiques de la peinture et de la musique ont produit des oeuvres qui doivent par définition être vues et revues, écoutées et réécoutées. Qui na pas sur ses murs quelques reproductions doeuvres inspirantes, ou sur ses tablettes quelques CDs auxquels on revient régulièrement? Cest le cas aussi de classiques du cinéma et de la télévision. Il y a des oeuvres qui ne se comprennent quà la longue, après immersion et répétition. Jai depuis longtemps perdu le compte du nombre de fois que jai écouté le Requiem de Mozart et le Messie de Haendel. De fait, cela naurait aucun sens de le compter.
Bien sûr, écouter un disque nest pas la même chose que participer à un spectacle. La plupart des fans des groupes populaires, par exemple, ne verront ou nentendront leurs idoles que par le moyen denregistrements. Certains nhésiteront pas, cependant, à faire la queue devant un guichet toute une nuit, sil le faut, pour se procurer des billets pour un spectacle-événement lors du passage des vedettes dans leur ville. Même si on a écouté les disques et vu les vidéos des centaines de fois, être là en personne est une expérience inégalable.
Cinquième cas: le visionnement dune vidéo tournée à loccasion dune fête de famille à laquelle on na pas pu participer
Si on est en voyage lors dune fête de famille, on essaie en général de téléphoner pour participer au moins un peu à lévénement. Il nest pas rare, de nos jours, que lon fasse des vidéos de ces fêtes: les absents, comme ceux et celles qui y étaient, auront donc la possibilité den voir ou den revoir les images. Si on le fait en famille, regarder par la suite lenregistrement est un petit événement en soi, mais cest bien sûr autre chose que davoir participé à la fête elle-même.
Réel ou virtuel ?
Les quelques exemples qui précèdent le suggèrent: on ne peut réduire le contenu de la « marmite médiatique » à un seul modèle. Nous en faisons lexpérience tous les jours, il sagit dune réalité à plusieurs dimensions. Il nen sera pas autrement quand le micro ou la caméra se tourneront vers nos célébrations liturgiques.
Selon dune part les circonstances et les modalités de réalisation et, dautre part, les attentes et les dispositions des auditeurs ou des téléspectateurs, une liturgie médiatisée pourra être vécue, comprise et interprétée de plusieurs façons, avec des accents et des modulations variées et variables.
On sait que certaines personnes retenues à la maison par lâge ou la maladie ont un rituel bien précis pour regarder la messe télévisée. On ne la regarde pas comme on regarde nimporte quelle émission: on shabille bien (on ne va pas à la messe en pantoufles et en robe de chambre!), on suit dans son missel, on se signe à la bénédiction, etc. On agit comme si on y était. On dira ensuite que cette semaine, on était à telle paroisse, dans tel coin de pays.
Le fait quune émission soit en direct ou préenregistrée na pas la même signification pour tous. Une personne habituée de la messe télévisée me disait: « Je sais bien que ce nest pas toujours en direct. Cest comme les autres émissions. Il ny a probablement pas moyen de faire autrement. Mais ce nest pas grave. Je sais quil y a toujours une messe en cours, quelque part dans le monde. Quand je prie en regardant une messe télévisée, je munis dans la communion des saints à la prière continuelle de lÉglise. »
Il serait téméraire de vouloir enfermer dans des catégories hermétiques ces différentes attitudes et formes de participation. Il faut plutôt parler en termes de dominantes et daccents. Comme lécrivait dans ces pages, il y a vingt ans, Richard Guimond: «Quelque chose de valable est vécu sur toute la gamme des ferveurs qui vont de la simple curiosité à la profonde communion spirituelle. Il est évident... que la messe télévisée nest pas à mettre au même registre liturgique que la messe célébrée en assemblée. Regarder la messe à la télévision ne remplace rien dautre. Cest autre chose que lon fait et qui sy passe. Et cet autre chose nest ni dénué de sens ni fermé à un aboutissement proprement liturgique» (2)
Pour certains, donc, la messe télévisée permet de participer à un événement qui se passe ailleurs, au loin, faute de pouvoir y être vraiment. Cest une forme de téléprésence, de téléparticipation et on sattend à ce que lémission soit diffusée en direct. Pour les assemblées, cest une façon de tenir compte et même daccueillir dans une certaine mesure les personnes incapables de se joindre à elles. On sera tenté de parler dune « communauté virtuelle » qui se joint par les médias à la communauté eucharistique concrète.
Pour dautres, au contraire, lévénement se passe partout où lémission est captée. Une « communauté des ondes » très réelle est réunie. Car ces ondes les ondes électromagnétiques ne sont ni surnaturelles ni virtuelles. Cest une composante bien concrète du monde physique que les ingénieurs et les techniciens manipulent chaque jour. Mais dans notre univers symbolique et liturgique, cette réalité peut devenir évocation dune autre réalité, transcendante celle-là, la communion des saints. Chaque téléspectateur sait que dautres personnes sont là, chez elles, au même moment, à regarder, participer, prier. Par-delà lespace, par-delà le temps, lÉglise est Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de lEsprit Saint. La communauté des ondes en est sans doute une belle image; mais elle peut en outre et surtout être loccasion dune expérience ecclésiale et spirituelle qui en favorise la découverte.
Pour dautres, encore, lévénement se passe chez soi et il importe peu que dautres personnes, ailleurs, voient lémission au même moment. Le visionnement privé dune cassette suffirait. « Ça maide à prier », entend-on, « ça me met en présence de Dieu ». Cest dailleurs une motivation formulée à plusieurs reprises par des responsables démissions liturgiques: permettre à des personnes de prier chez elles en regardant une belle célébration; lun dentre eux me disait: « Limportant est que les personnes soient touchées par Dieu quand elles regardent notre émission; cest pour cela que nous faisons le meilleur montage possible, avec les plus belles images, le plus beau chant, les plus belles lectures, ce quon ne peut pas faire si on doit diffuser en direct. »
Entre la participation et la dévotion
Ce glissement de « participation à distance » à « prière privée » ne doit pas être pris à la légère. De tous les éléments de la réforme issue du mouvement liturgique du siècle dernier et validée par Vatican II, il nen est peut-être pas de plus fécond que la redécouverte, par lassemblée, de la participation active à la célébration de lEucharistie. Les générations précédentes sétaient habituées à aller à léglise pour « entendre la messe » tout en sadonnant à diverses dévotions: lectures pieuses, oraison silencieuse, rosaire... Or, dans le contexte culturel actuel, chez nous, ce sont les pratiques individuelles et personnalisées qui ont la cote. Lheure est à la fragmentation, aux produits sur mesure et aux services sur demande. Les canaux spécialisés se multiplient rapidement dans « loffre numérique ». On ne doit donc pas sétonner que certains producteurs et certains diffuseurs privés, connaissant leur clientèle, ne voient dans la télédiffusion de la messe quune façon de plus dhabiter un certain « créneau » potentiellement rentable pour un certain temps.
La possibilité dune dérive ne devrait cependant pas occulter la richesse spirituelle et ecclésiale de ce qui se vit dans la « communauté des ondes ». Sans doute que de nouvelles formes de dévotion privée pourront surgir de linculturation médiatique de nos pratiques. Ce ne serait pas la première fois que la liturgie engendre ce quon pourrait appeler des « produits dérivés » qui avec le temps savèrent particulièrement féconds. On pense à lécriture et à la vénération des icônes, en Orient, et à ladoration du Saint-Sacrement, en Occident. Et lart inspiré par la liturgie peut sans aucun doute nourrir la contemplation et loraison; la musique de Bach et de Mozart, par exemple, y ont une place de choix. La peinture, la sculpture et larchitecture fourniraient aussi de nombreux exemples. Qui sait ? des enregistrements en vidéo de magnifiques célébrations liturgiques seront peut-être une des contributions de notre génération à lenrichissement du patrimoine spirituel et culturel de lÉglise.
Vérité, ecclésialité, exemplarité
Léveil au sens profond de la liturgie et le discernement simposent. Dans la réflexion que poursuit le Comité de diffusion des célébrations liturgiques depuis quarante ans, trois mots servent actuellement de points de repère: vérité, ecclésialité et exemplarité.
Le critère de vérité et dauthenticité est premier. Il garantit le respect des communautés, des auditoires et de la liturgie elle-même. Lassemblée réunie pour une messe à la télévision doit être une véritable assemblée, vivant une véritable liturgie, dans le respect notamment du temps liturgique. Il serait inconvenant, par exemple, de forcer une assemblée à « faire semblant », pour fins denregistrement, de célébrer Noël ou Pâques des semaines davance. La question de la diffusion en différé est, on la dit, une question à plusieurs dimensions sur laquelle on ne peut porter de jugement univoque. Le critère de vérité, cependant, fournit une balise fort importante. Autrement on pourrait, à la limite, engager des acteurs professionnels et un réalisateur de cinéma pour produire pour lécran une « messe parfaite ». Ce serait fort beau, sans doute, mais ce serait aussi une fraude et une fumisterie.
Le critère decclésialité est un rappel constant que nul nest propriétaire ou maître de la liturgie. Elle appartient à toute lÉglise. Elle est un trésor que lon traite avec amour et respect. Cela doit paraître clairement quand on la célèbre sur la place publique médiatique.
Le critère dexemplarité, enfin, sinscrit à la suite du précédent. Quon le veuille ou non, ce qui est montré à la télévision peut être perçu comme un modèle à suivre. Cela représente, pour les responsables de liturgies télévisées. une exigence de qualité à laquelle on ne peut se soustraire. Il ne sagit pas de faire du spectacle, bien sûr. La qualité peut être celle de communautés simples et modestes. Elle sera dautant plus assurée quon aura veillé à la formation du sens liturgique et favorisé la préparation spirituelle de lassemblée.
« Faire voir lÉglise »
La messe appartient à lunivers télévisuel depuis les origines du média. Elle sétait dailleurs déjà taillé une place à la radio au cours des décennies précédentes. Cétait, ne loublions pas, avant Vatican II et la réforme liturgique. Au Canada français, la messe télévisée dominicale a fêté son cinquantième anniversaire à Noël 2003.
Les premiers artisans de ce type démission navaient pas que des obstacles techniques à surmonter. Il ne manquait pas de voix pour se demander sil était convenable de célébrer la messe dans un studio ou de la diffuser sur un canal dont la grille-horaire pouvait comprendre des émissions de toutes sortes, dont la proximité avec la messe pourrait, estimait-on, heurter certaines sensibilités.
Si certains éléments de ces débats nous paraissent aujourdhui désuets, dautres peuvent encore nous inspirer. À preuve, cette conclusion dun article paru en 1954 dans la Revue internationale de télévision et de radio:
« Ce que lon veut faire voir [avec la messe télévisée], cest lÉglise. Jentends, la communauté des fidèles, lÉglise du Christ. Les gestes, les chants, lassemblée, sont théologiquement plus importants que le lieu. Les fidèles sont les pierres vivantes de lÉglise, cest saint Pierre qui le dit. La télévision de la messe, telle que jai tâché de lévoquer, fait voir lÉglise. Elle permet, en outre, à des malades ou à des isolés qui nauraient aucune messe autrement, de participer à la prière de lÉglise. Pour dautres, elle est un enseignement, je pense aux enfants dans les familles. Elle est enfin un témoignage porté à la face du monde. Elle est le témoignage de gens qui prient, qui chantent et qui ont la foi. Le témoignage est dautant plus authentique quil est plus désintéressé et quil est davantage tourné vers Dieu. » (3)
Bertrand Ouellet
directeur général de Communications et Société
et
secrétaire du Comité de diffusion
des célébrations liturgiques (CDCL),
de la Conférence des évêques
catholiques du Canada
Tous les textes de lauteur peuvent être lus à ladresse Internet www.Bertrand.Ouellet.name
Notes:
(1) Voir: «La messe télévisée: lopinion de Karl Rahner », dans: LEucharistie, 20 siècles dhistoire.- Textes présentés par François Tollu. (Collection Textes en main), Paris, Cerf, 1998, pp. 380-382. (Le texte de K.Rahner est daté de 1966.)
(2) Richard GUIMOND, op, dans «La messe télévisée: acte liturgique?», Bulletin national de liturgie, no 97, vol. 18 (1984), pp. 276-279. (citation de la page 278-9).
(3) R.P. Louvel (directeur de Fêtes et Saisons), « Comment organiser une messe télévisée? » Revue internationale de télévision et de radio, no 4-5 (printemps 1954), p.38.
Références:
Voir le dossier dans la section du CDCL (Comité de diffusion des célébrations liturgiques, de la Conférence des évêques catholiques du Canada) sur le site Internet de Communications et Société, à ladresse www.officecom.qc.ca.
Quelques articles:
André Raymond, « Ici, la parole cathodique... sans reprise, sans pause commerciale » Liturgie, foi et culture, vol. 44, été 2000, pp.33-39.
Bishop David Foley, « Norms for Televised Masses in the Birmingham Diocese », Origins, vol 29: no 37, March 2, 2000, pp. 593-598.
Cardinal Jean-Marie Lustiger, « The Eucharist: Here and Now you will do this in memory of me », (sur la question de la messe télévisée). Allocution prononcée en anglais au colloque NEW TECH 98 sur les nouvelles technologies de communication organisé par le Conseil pontifical pour les communications sociales et lArchidiocèse de Denver (États-Unis), Mars 1998
Guy Lapointe, « À propos de la messe télévisée - La communication propre à leucharistie », Liturgie, foi et culture, vol. 24, septembre 1990, pp. 44-49.
R. Guimond, o.p., « Les questions posées à la théologie », dans le dossier: « La messe télévisée - Chances et ambiguïtés », Bulletin national de liturgie, no 113, vol. 22 (1988), pp. 57-58.
R. Guimond, o.p., « La messe télévisée: acte liturgique? », Bulletin national de liturgie, no 97, vol. 18 (1984), pp. 276-279.
«La messe télévisée: lopinion de Karl Rahner », dans: LEucharistie, 20 siècles dhistoire.- Textes présentés par François Tollu. (Collection Textes en main), Paris, Cerf, 1998, pp. 380-382. (Le texte de K.Rahner est daté de 1966.)
R.P. Roguet (directeur du Centre de pastorale liturgique, Paris), « Est-il inconvenant de téléviser la messe? », Revue internationale de télévision et de radio, no 4-5 (printemps 1954), pp. 32-35.
R.P. Louvel (directeur de Fêtes et Saisons), « Comment organiser une messe télévisée? » Revue internationale de télévision et de radio, no 4-5 (printemps 1954), pp. 36-38.