Hommage Communications et Société
à Monsieur Émile Hacault

Saint-Boniface (Manitoba), le mardi 30 avril 2002



De gauche à droite: Mme Jacqueline Fortier-Silva (Directrice, Éducation permanente, Collège universitaire de Saint-Boniface); M. Daniel Boucher (PDG, Société franco-manitobaine); M. Émile Hacault; M. Bertrand Ouellet; Mgr Émilius Goulet, archevêque de Saint-Boniface; Mme Michèle Sala Pastora (Directrice, Centre diocésain de pastorale de Saint-Boniface)


Allocution de Monsieur Boucher
Président directeur général de la Société franco-manitobaine

Au nom de Communications et Société, et en collaboration avec le Centre de pastorale de l’Archidiocèse de Saint-Boniface et la Division de l’éducation permanent du Collège universitaire de Saint-Boniface, la Société franco-manitobaine est aujourd’hui fière de rendre hommage à Monsieur Émile Hacault, pour sa contribution dans le domaine des communications au Manitoba.

En matière de communication, l’un des objectifs fondamentaux de la SFM, qui apparaît d’ailleurs en toutes lettres dans notre Plan de développement global de la communauté, est d’encourager l’expression vivante de la langue française et de sa diffusion par l’entremise des médias communautaires francophones et il faut dire que, dans ce domaine, Monsieur Hacault s’est particulièrement distingué.

Émile Hacault est d’abord un pionnier qui a grandement contribué à la mise sur pied de la radio communautaire francophone au Manitoba. Président de CKXL de 1988 à 1992, il a reçu un Prix Riel en communication en 1991, l’année même ou CKXL recevait son permis officiel de radiodiffusion par le CRTC. Émile Hacault a toujours formé de nombreux bénévoles, et particulièrement dans ces années (1991-1992), où plus d’une centaine de personnes ont reçu une formation.

Monsieur Hacault a ensuite joué un rôle de tout premier plan dans le démarrage des radios scolaires et dans la diffusion des émissions des écoles francophones sur les ondes d’Envol, à une époque où la Division scolaire n’existait pas encore pour regrouper les écoles francophones.

Enfin, notre artisan ne s’est pas seulement démarqué sur le plan local, mais également sur le plan national en devenant le premier président de l’Alliance des radios communautaires du Canada.

Aujourd’hui, Émile Hacault est encore un animateur fidèle d’Envol 91 FM. Incroyable mais vrai, il produit une émission hebdomadaire depuis plus de dix ans! Son émission actuelle, Muse éclectique, est diffusée tous les mardis soirs de 18h00 à 20h00, pour le plus grand bonheur des auditeurs.

Nous ne pouvons terminer sans souligner la grande passion de Monsieur Hacault pour la langue française, qu’il maîtrise d’ailleurs avec élégance. Son attachement profond à notre langue, et plus globalement, sa contribution remarquable au secteur des communications, méritaient bien d’être reconnus.

Une fois de plus, la Société franco-manitobaine est ravie de se joindre à Communications et Société, au Centre de pastorale, ainsi qu’à la Division de l’éducation permanente pour féliciter chaleureusement Monsieur Émile Hacault.

Daniel Boucher
Président - directeur général
Société Franco-Manitobaine




M. Bertrand Ouellet, M. Émile Hacault et Mgr Émilius Goulet, archevêque de Saint-Boniface.


Remerciements de Monsieur Émile Hacault

Votre excellence Mgr Goulet
Monsieur Ouellet
Monsieur Boucher
Distingués invités
Chers amis

On dit en communication que les premières dix minutes restent les plus importantes. Après ça les gens décrochent. Je me devrais donc de respecter cette maxime même si les gens qui me connaissent savent que ce sera peut-être pour moi un peu difficile.

Je dois sincèrement avouer que lorsque j’ai reçu un appel, un matin à l’école, de Michèle Sala-Pastora, je croyais me faire disputer parce que je n’avais pas retourné une revue que j’avais empruntée pour préparer un travail de classe. Cette émotion s’est vite transformée en une surprise totale quand on m’a appris qu’on me décernait cet honneur que vous me faites et je vous en suis très reconnaissant. J’admets toutefois que le domaine des communications m’a toujours intéressé sans que je puisse nécessairement en trouver la raison originale. Je me souviens cependant ne pas avoir vu de trop nombreux printemps où je me promenais dans la maison, le poing en forme de micro : je chantais et je parlais. Nulle crainte, ce soir, je ne chanterai pas.

Cette passion du micro à un tout jeune âge s’est rapidement transformée au Collège des Jésuites. Tous les garçons et les filles de mon âge n’ont peut-être pas subi une métamorphose pareille. Il n’empêche que c’est à cette époque que j’ai développé mon intérêt pour la chanson française. Comment, en effet, ne pas l’aimer après avoir vu en spectacle des chanteurs comme le maintenant regretté Gilbert Bécaud, Salvatore Adamo et Hugues Aufray dans une période de douze mois à peu près. Voilà donc qu’au lieu d’acheter des bâtons de hockey, je me suis mis à acheter mes premiers disques de la chanson française tout en ne négligeant pas, dans mon milieu minoritaire, l’invasion des Beatles. C’est donc dans un esprit majoritairement francophone accompagné d’un esprit de minoritaire anglophone que j'ai poursuivi mes achats dans ce domaine.

Mon premier emploi à temps plein s’est fait en éducation dans la petite école de Powerview où, à ma grande surprise, j’ai constaté qu’un enseignant pouvait aussi faire de la chanson en classe dans une école publique…et encore plus surprenant je pouvais même faire écouter de la chanson francophone comme dictée de classe aux élèves.

Mais le tour n’était pas encore joué. Mes expériences en tant que chroniqueur sportif et reporter à la Société Radio-Canada m’ont mené, à toutes fins pratiques, à un mariage des plus heureux : celui de l’enseignement et de la communication puisque, pour enseigner il faut savoir communiquer et communiquer, c’est enseigner. Je me considère privilégié dans mon métier d’enseignement, malgré les quelques frustrations qui pouvaient surgir, de pouvoir faire la promotion de ma langue par le biais de la chanson.

Le grand rêve ne commença à se réaliser toutefois que lorsque je suis revenu d’un séjour de quatre années d’enseignement en Europe où, tout à coup, je découvrais une pléthore de postes de radio francophone et de musique française pour plaire aux plus fins des fous…Imaginez être entouré de cette richesse qui me parvenait sans faire d’efforts. Mais il fallait un jour qu’on revienne me chercher.

De retour au pays donc, j’aboutis au Collège Gabrielle-Roy où les élèves attendaient sans doute sagement le retour d’un Canadien errant en Europe. Mais malheur… le programme de français que je devais enseigner ne ressemblait pas du tout à celui que j’avais quitté dix ans plus tôt… ou plutôt quatre ans. On nous demandait de rendre le cours de français plus pratique qu’il n’avait été auparavant. Horreur! Enseigner pour que les élèves apprennent vraiment! Je suis malade ou quoi !!! Je me suis donc mis à l’œuvre. J’avais intégré, comme d’habitude, la chanson à mon travail quotidien mais il me semblait que je pouvais accomplir davantage en chantant… en chantant les louanges, la beauté et la richesse de la langue française par un outil au charme duquel les élèves ne sauraient résister. Et s’ils faisaient de la radio? Ridicule sublime que d’avoir de telles idées qui te réveillent à deux heures du matin pour essayer de rendre vivant un programme d’enseignement décrété. Le lendemain donc, j’en parle à mon directeur d’école qui me dit: "tiens justement, il existe un programme de subventions pour mettre sur pied de tels projets. Tu pourrais peut-être en faire la demande?" Aussitôt dit, aussitôt fait! Et voilà qu’on accède à la demande. Horreur! Il fallait maintenant vraiment mettre sur pied un studio de radio dans l’école pour que les élèves puissent diffuser de la chanson française, enregistrer leurs opinions sur divers sujets et leur demander de partager ces opinions par le biais de la radio. Et c’est comme ça que sont nées, en 1987 et plus tard en 1989, les radios scolaires qui aujourd’hui encore font ravage dans la Division scolaire franco-manitobaine et dans quelques écoles d’immersion. Quelle belle maladie à propager auprès de nos jeunes francophones innocents.

J’avais aussi entendu parler à l’époque, c’était en 1988, d’un groupe de gens qui voulaient mettre sur pied une radio communautaire au Manitoba. Pas plus fin que deux, je me présente à l’assemblée annuelle en disant, fort de mon unique expérience d’avoir mis sur pied un studio de radio dans une école, que oui, c’est possible de mettre sur pied une radio communautaire qui réponde aux besoins de la communauté. Aussitôt dit, aussitôt élu!

Toujours est-il que, plusieurs années plus tard, après bien des réunions, bien des frustrations, bien de la politique, domaine dans lequel j’ai appris comment fonctionnaient les subventions, les octrois et surtout le CRTC, la communauté franco-manitobaine, en octobre 1991, s’est dotée d’une radio communautaire qui est venue enrichir sa vie. Il n’y avait pas, à ce moment là de chanson plus appropriée à faire tourner que celle qui commence par les paroles Finalement, ça y est, le temps qu’on attendait… et c’étaient des artistes de chez nous qui la chantaient.

Depuis, Envol 91, car il semble que parfois les bébés en grandissant changent de nom, cette radio communautaire que nous prisons tous a fait ses preuves. Je n’en nommerai pas mais Envol 91 a permis à nombre de ses artisans de faire carrière dans le monde des communications et à de nombreux autres de partager, en français, leurs désirs et leurs préoccupations. Il y a même un de nos animateurs bénévoles qui a eu l’occasion d’œuvrer pendant trois mois à Radio Vatican, quoique dans ce cas-là, je ne suis pas convaincu que CKXL en soit le seul responsable.

Qu’est-ce qui m’a animé dans tout ça? Quelle abeille m’aurait bien piqué? Eh bien, je crois qu’il existe un principe primordial : le désir de contribuer à l’épanouissement d’une communauté et de l’enrichir par un respect absolu, respect qui se doit d’être perçu par les gens qui écoutent par toute intervention de l’animateur en ondes, si courte soit elle. Ce respect de la communauté ne se fait pas sans un sens de valeurs profondes : le respect de la personne qui qu’elle soit, un sens de responsabilité qui permette à une collectivité de mieux se connaître, un sens profond de la justice qui permet à tous et à toutes de s’exprimer, sachant que ce point de vue sera respecté peu importe sa teneur. Ce sens des valeurs m’est parvenu entre autres et pour commencer, de ma famille, mes frères et sœurs, qui lui aussi doit grandir, ont toujours su appuyer les désirs et les revendications qui m’animaient. Ensuite à une éducation où au Collège des Jésuites, valeurs qu’on retrouvaient alors aussi dans la chanson francophone, ont su raffermir le respect des valeurs chrétiennes qu’on nous enseignait mes propres convictions. Ensuite, je tiens à reconnaître tous les gens avec qui j’ai œuvré et qui caressaient le même rêve, tous ces gens ont permis que CKXL naisse un jour. Car s’il y a des principes qui doivent bercer le cœur et l’esprit de tous les intervenants dans le domaine des communications, c’est bien ceux du respect, de la justice, sociale ou autres, de l’intégrité, et de la probité intellectuelle teintée d’un amour profond pour la race humaine car nous partageons tous la même terre. Il appartient à nous tous d’y mettre notre grain de sel afin que l’humanité entière puisse progresser vers un monde où les valeurs fondamentales sont respectées…mais tout ça, ça commence chez nous.

En signe de respect donc de toutes ces valeurs, je tiens sincèrement à remercier Communication et Société, le centre de pastorale de l’Archidiocèse de Saint-Boniface, la Société franco-manitobaine et la division de l’éducation permanente du Collège universitaire de Saint-Boniface d’avoir osé honoré quelqu’un qui ne s’attendait pas à un tel honneur. Tout cela n’aurait pas été possible non plus sans l’appui inconditionnel de mon épouse, Sylvie, qui a accepté mes nombreuses absences, sachant que je faisais quelque chose que j’aimais et auquel je tenais.

Pour ceux qui auraient déjà décroché, je vous quitte en posant cette question, une parmi tant d’autres, reprise d’une chanson de Gilles Dreu : Pourquoi, bon Dieu, t’es-tu donné tant de mal pour faire tout ça? Je ne le sais pas et je ne le saurai sans doute jamais, mais lorsqu’IL a claqué ses doigts là haut comme s’il voulait un miracle, la communauté franco-manitobaine n’a pas été appauvrie. Elle s’est, en effet, donné un outil extraordinaire pour lui permettre de faire valoir ses valeurs, son point de vue dans un monde qui évolue constamment. Si j’ai pu contribuer à cet épanouissement, j’en suis tout à fait heureux et je souhaite à la collectivité francophone du Manitoba, encore davantage à notre jeunesse, d’utiliser cet outil qu’est une radio communautaire pour approfondir ses racines afin qu’elle puisse faire valoir dans le monde entier sa langue, sa culture, sa vitalité dans un esprit tout à fait unique et solidaire.

Il faut croire à l’été, les amis. Merci!

Émile Hacault