L'OCIC et les Festivals de films

Robert Molhant : secrétaire général de l'Organisation catholique internationale du cinéma et de l'audiovisuel

(note: l'OCIC et UNDA, l'organisation catholique pour la radio et la télévision, ont fusionné en 2001 pour créer l'organisation SIGNIS, dont relèvent maintenant les jurys oecuméniques.)


L'OCIC participe avec son propre jury international ou avec des jurys œcuméniques à travers le monde, dans 18 villes, Berlin, Cannes, Venise… Ce sont les lieux où se tiennent les festivals. Certains sont fort connus, d'autres, comme Niepokalanov, en Pologne, ou Viña del Mar, au Chili, sont surtout connus par les spécialistes, moins par le grand public.

Il y a d'autres festivals de cinéma dans le monde, où nous n'avons pas de jury. Nous avons pour critère de n'aller que dans les festivals reconnus comme compétitifs et importants par la Fédération internationale des producteurs de films. La plupart de ces festivals sont inclus dans les 18 festivals de notre liste. Il y a cependant quelques exceptions à cette règle, comme par exemple, Niepokalanov, Turnhout.

Sur les dix-huit festivals où nous avons compté un jury en 1998, quatorze ont lieu en Europe, trois en Amérique latine et un en Amérique du Nord (Montréal). Il est vrai que l'Europe a une longue tradition dans le domaine des festivals de cinéma. Cette tradition est d'ailleurs en lien étroit avec le développement de la culture cinématographique dans ce continent. L'Amérique latine a vu, au cours d'un passé tout récent, renaître quelques-unes de ses manifestations cinématographiques les plus prestigieuses, comme les festivals de Mar del Plata, en Argentine ou de Viña del Mar, au Chili.

L'Afrique et le Pacifique sont les parties du monde où les festivals de cinéma sont les plus rares. Il y a heureusement le Fespaco (Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou). Mogadiscio, en Somalie, a connu un moment la tenue d'un festival international, qui n'a pas survécu à la situation politique du pays. L'Afrique du Sud a tenté, à diverses reprises, de mettre en place un festival important. Mais les tentatives successives se sont heurtées à des difficultés financières.

Dans le Pacifique, l'Australie a bien sûr des festivals de cinéma, spécialement à Melbourne et à Sydney. Mais dans les îles, dispersées dans l'immensité océane, ce genre d'événement culturel est pratiquement inconnu.

En 1998, les jurys OCIC ou œcuméniques ont primé 37 films. Ils proviennent de 32 pays différents. C'est dire combien les jurés ont été sensibles à des cinématographies fort diverses. On trouve dans ce palmarès des films venus de Kirghizie, de l'Azerbaïdjan, de Mauritanie, du Mali, du Cambodge, du Pérou, du Nicaragua,…

Un tel palmarès répond précisément à l'une des missions de nos jurys, celle d'ouvrir le public à des horizons cinématographiques plus larges. Il démontre aussi que le cinéma de qualité, porteur de valeurs humaines, sociales, culturelles, spirituelles se produit dans de nombreux pays du monde.

Il nous faut rappeler cependant qu'un tel palmarès naît d'une situation particulière. Nos jurys ne peuvent primer que les films présentés dans le cadre d'un festival, lequel reste maître de sa sélection. Il y a donc, dans la production cinématographique annuelle, de grandes œuvres qui mériteraient un prix OCIC ou œcuménique. Mais comme elles n'ont figuré au programme d'aucun festival, il ne nous fut pas possible de les primer. C'est bien l'une des limites de ce palmarès.

Il arrive qu'on nous reproche de primer des films inconnus, qui jamais ne seront distribués dans la plupart des pays du monde. Cette remarque est fondée. Mais en même temps ce constat est une invitation à l'action. Au long de l'année, nous publions des articles à propos des films primés et nous donnons généralement l'adresse des producteurs. C'est notre manière d'engager à inciter les distributeurs ou les chaînes de télévision à acquérir les droits de ces films et à les mettre en circulation dans les différents pays. Certains de ces films sont des documentaires ou des courts-métrages. Ces films sont de merveilleux outils éducatifs à utiliser dans les écoles, les paroisses, les groupes d'animation.

Il arrive que les choix de nos jurys soient critiqués. Certaines personnes ont été choquées par des scènes de films auxquels nous avions accordé un prix ou une mention. D'autres se sont demandé quelles valeurs, voire quelles contre-valeurs, ces films véhiculaient. Une telle mise en cause est sérieuse. Nous y sommes très attentifs. On ne peut y répondre sans apporter quelques précisions.

Il nous faut bien constater que lorsqu'on nous rapporte des critiques sévères, nos interlocuteurs nous précisent la plupart du temps que les personnes qui ont été choquées ou ne comprennent pas le choix de notre jury… ne vont jamais au cinéma on n'y étaient pas allées depuis de nombreuses années. Le cinéma est un langage qui évolue très vite. Il est ancré dans les cultures d'aujourd'hui. La plupart de nos jurés voient des dizaines, parfois des centaines de films par an. L'actualité cinématographique est leur pain quotidien… C'est bien dans le cinéma d'aujourd'hui qu'il faut que nos jurés cherchent les valeurs, la quête d'espoir, et de lumière de nos contemporains. Et certes, ce n'est pas une tâche facile.

« Les gens heureux n'ont pas d'histoire» dit le proverbe. Or, le cinéma, c'est essentiellement raconter une histoire. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de voir le cinéma puiser ses histoires souvent chez des gens malheureux, dans la haine, le drame ou le péché. Si les films qui s'enferment dans le récit d'une déchéance ne peuvent figurer à notre palmarès, ceux qui s'ouvrent vers l'espoir, le respect des êtres, vers un salut, y figurent bien souvent. Mais ici la sensibilité des spectateurs est importante. Il en est qui restent à ce point marqués par la part de haine, de violence, de péché d'un film, qu'ils ne peuvent en suivre le chemin qui conduit à la grâce. C'est parfois là une source de malentendus autour de nos prix.

Ceci dit, rien ne ferait davantage le bonheur de chacun si nous pouvions à chaque fois couronner des films indiscutables, passionnants pour tous publics, formateurs pour chaque spectateurs, pleins de lumières. De tels films sont rares, pensons-nous ? Et même, sommes-nous certains de ne grandir que par la lumière.