les prix et hommages

Honneur à Novalis pour ses 75 ans

Drôle de phénomène que le père oblat André Guay, le fondateur du Centre catholique de l’Université d’Ottawa, il y a 75 ans, un Centre qui devint un peu plus d’une trentaine d’années plus tard Novalis! Proche du charisme oblat qui voulait que ses membres soient présents au petit peuple, André Guay, semble-t-il, se préoccupera dans les années 1940-50 de formation au cinéma – en lien avec les centres catholiques de Montréal, de Saint-Jean et de Saint-Jérôme –, mais bien avant d’offrir des moyens et des lieux de ressourcement chrétien, ainsi que d’aider les couples se préparant au mariage à bien réussir leur vie conjugale et familiale.

Qu’est-ce qui allumait ainsi l’intérêt du P. Guay à aligner dans ces multiples directions les interventions du Centre catholique? Cela partit d’une situation conjoncturelle : les Oblats de Séminaire de Chambly avait initié le mouvement de la Jeunesse étudiante catholique au pays en 1932; ce mouvement fut rapidement repris par les Pères de Sainte-Croix, lesquels mirent en place des sessions d’éducation au cinéma (un point fort de la J.E.C.), de même qu’une maison d’édition de fiches et de livres justement pour aider leur action militante auprès des étudiants : c’est ainsi que naissaient les Éditions Fides, fondées par le P. Paul-Émile Martin en 1937.

Parallèlement, à compter de 1929, le père oblat Henri Roy fondait l’Action catholique ouvrière à Montréal, après être allé se renseigner en Belgique auprès de Joseph Cardijn. Rapidement, d’autres Oblats allaient le seconder à titre d’aumôniers nationaux des groupes de Jeunesse ouvrière catholique (J.O.C.), puis des travailleurs de la Ligue ouvrière catholique (L.O.C.). Ces expériences d’Action catholique intéressèrent le P. André Guay dès 1934, à Ottawa, à un point tel qu’on y tiendra un congrès en 1935.

Au contact du monde ouvrier, on se rendit vite compte que les ouvriers eux aussi avaient besoin d’outils de soutien, entre autre par rapport à leur vie de couple ou leur vie familiale. On tâta le terrain pour offrir aux futurs couples des formations en vue de leur mariage. Un événement allait donner un essor considérable au mouvement : la célèbre cérémonie des cent mariages jocistes (à ne pas confondre avec la « course aux mariages » de 1942, qui évitait aux hommes d’être embrigadés dans l’armée). La cérémonie des cent mariages jocistes eut lieu au parc Delorimier, à Montréal, à l’occasion du 2e congrès national de la J.O.C. en 1939. André Guay en fut un des témoins, sinon un des acteurs. Or, il avait fallu préparer ces couples à leur mariage. De cette expérience et à l’initiative de l’oblat et futur évêque Albert Sanschagrin, naquit le Service de préparation au mariage, qui testa ses cours à partir de 1941-42, alors que le Centre catholique lança la première version plus structurée à Ottawa, sous la mouvance du P. André Guay.

On comprend ainsi pourquoi deux des premiers lieux d’intervention du Centre catholique de l’Université d’Ottawa furent d’organiser et de lancer des formations en cinéma (déjà initiées avec la J.E.C.), suivis peu après des cours de préparation au mariage. Ces derniers connurent un succès sans précédent, donnant éventuellement naissance à une Fédération de diocèses au niveau national, alors que les regroupements en formation au cinéma aboutirent à la mise en place d’un organisme épiscopal, l’Office des communications sociales, aujourd’hui dénommé Communications et Société, l’organisme que rend justement hommage à Novalis aujourd’hui pour ses 75 ans. L’histoire a parfois de ces racines communes...

Imbu des principes de l’Action catholique et formé au début des années 30 à ses techniques du voir-juger-agir, le P. Guay réalisa rapidement, cependant, que le contact demeurait difficile, entre autre dans la méthode de la révision de vie, entre le vécu des gens et la parole de Dieu. Il fallait rendre la Bible plus accessible au peuple. Comment? On avait essayé quelques petites publications. Ce fut sans doute là l’un des motifs qui poussa le P. Guay à vouloir lancer, en 1936, une publication populaire de la liturgie fournissant justement les textes bibliques : « Prie avec l’Église ». Les prières de l’Église n’étaient plus réservées dorénavant aux seuls propriétaires de missels à tranches dorées.

Combien de millions de ces petits livrets furent-ils rédigés et livrés chaque semaine et chaque mois un peu partout au Canada français? Si les membres de l’organisation en ont la moindre idée, ils pourraient peut-être nous le dire. Imaginez que chaque « Prions » (devenu avec le Concile « Prions en Église ») a été vu et lu par une ou deux personnes, au minimum : quel rayonnement depuis tout ce temps!

Quand André Guay quitta pour Rome en 1960, où il devint la jonction des Oblats avec le Vatican pendant plusieurs années, l’œuvre était bien lancée. Il reviendra plusieurs années plus tard finir ses jours à Ottawa, dans un esprit malheureusement beaucoup plus conservateur. Mais Novalis grandissait, non sans frapper parfois des écueils.

C’est le directeur Bernard Ménard et son équipe qui choisirent de changer le nom de Centre catholique de l’Université d’Ottawa en « Novalis », en 1969. L’emblème retenu laissait voir que le groupe s’enracinait toujours mieux en sol populaire, alors que fleurissaient ses produits novateurs dorénavant plus diversifiés pour le bien de la communauté religieuse et sociale.

Combien de livres furent publiés depuis toutes ces années? Avec quel tirage? Combien d’autres produits (dont plusieurs revues spécialisées) tentèrent de répondre aux besoins changeants de l’Église et de la société, tant en français qu’en anglais? Les responsables de l’organisme ont préparé un document fort bien documenté à cet effet. Chose certaine, le rayonnement fut énorme, à un point tel que le « Prions en Église » répandit ses intuitions sur les continents européens et africains, entre autres. Mentionnons également le livre sur la visite de Jean-Paul II en 1984, publié sans but lucratif et qui fut tiré à 200 000 exemplaires.

En ce 75ème anniversaire, il importe sans doute de féliciter la congrégation des Oblats, le P. André Guay en particulier, mais aussi les Université d’Ottawa et Saint-Paul, qui ont soutenu l’œuvre contre vents et marées à travers toutes ces années de plus en plus difficiles. Félicitations évidemment à Bayard Presse, qui a pris le relai au bon moment. Merci, bien sûr, aux nombreux administrateurs et gestionnaires – les Gilles Moncion, Bernard Ménard, Elzéar Béliveau, Jacques L’Heureux, Gilles Comeau et Gilbert Lacasse, Jacques Cloutier, Michel Maillé, Michael O’Hearn, Jean-François Bouchard, Yvon Métras et autres – qui auront assuré la survie et l’épanouissement de l’œuvre; merci au quotidien Le Droit, qui a hébergé l’institution quelques années. Félicitations aux nombreux artisans et aux bénévoles de l’œuvre, tant dans l’écriture que dans la musique ou la réussite des mises en pages et de l’impression ou la mise en marché.

En terminant, je voudrais vous citer un vers d’un auteur romantique longtemps méconnu pour les artisans de Novalis, qui vécut de 1772 à 1801 et pourrait avoir quelque résonnance pour eux :

Aux pires heures de détresse / Quand le cœur est près de flancher, / Quand l'angoisse est là qui nous ronge, / Du mal qui va nous emporter : / Songeant au chagrin, à la peine / Qui vont peser sur ceux qu'on aime, / Nos yeux sont voilés d'un nuage / Où ne perce plus nul espoir.

Oh ! c'est alors Dieu qui se penche / Et nous approche Son amour; / Quand nous n'aspirons qu'à mourir, / Son Ange vient et nous assiste, / Portant le calice de Vie, / Glissant en nous le réconfort; / On ne demande pas en vain / Aussi Sa paix pour ceux qu'on aime.

(Friedrich Baron von Hardenberg, dit NOVALIS, poète romantique allemand, 1772-1801, dans son livre Poèmes religieux, Chant XIII)

L’Organisme Communications et Société n’a-t-il pas eu bien raison de décerner son prix hommage 2011 à la maison d’édition NOVALIS en cette année de son 75e anniversaire de fondation?

Guy Marchessault
25 février 2001

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